Salut à tous,
J’ai appris à grimper en France, sur goujons, et je me suis mis aux coinceurs quand j’ai voulu faire des trucs un peu plus dure en montagne (où les sangles ne suffisaient plus). J’ai pu trouver facilement des falaises équipées de goujons où je pouvais également placer mes propres protections et ainsi apprendre en toute sécurité à évaluer mes placement. Depuis, je suis allé en Argentine et j’ai découvert que la grimpe sur coinceurs pouvait être autre chose qu’un « entrainement » pour l’alpinisme.
Quand on grimpe sur goujons, on lis la voie à l’avance pour deviner les mouvements et optimiser l’ascension. Dans le « trad. », on doit également (en plus des mouvements) penser à sa stratégie de protection: voir où on pourra placer tel ou tel coinceur/friend/sangle etc. Je trouve cette dimension tactique intéressante et elle fait en grande partie l’attrait du « trad. » à mes yeux, que ce soit en voies de une ou plusieurs longueurs.
Le « trad » offre également un défi physique/gestuel intéressant, celui d’optimiser la pose de la protection quand on est dans une position délicate ou dure à tenir (il faut plus de résistance que pour clipper une dégaine). Découvrir que le « crux » d’une voie c’est de mettre le friend, et pas de faire tel ou tel pas… ça veut dire que savoir choisir et placer rapidement la bonne pièce devient une compétence clé du grimpeur de trad., quelque chose qu’on peut travailler et améliorer au même titre que son placement de pied ou sa capacité à tenir les reglettes!
Tout ça ne m’empêche pas de m’éclater en grimpant sur goujons. Les deux facettes de l’escalade (et toutes les situations intermédiaires du type voies sur pitons, à compléter etc.) m’inspirent dans la mesure où elle mettent à défi le physique, la gestuelle et le mental.
Concernant l’avenir du « trad. » en France, je dois avouer qu’en dehors du Caroux, je ne connais aucune « falaise de trad. » comme on en trouve en Argentine ou aux USA (par exemple les Gunks comme l’explique Tetof). Je trouve ça dommage que faire des voies en trad. oblige soit à attendre l’été pour aller en haute montagne, soit à jouer au sanglier pour passer avant les équipeurs et leurs goujons sur des sites non répertoriés (et devoir éventuellement souffrir du mauvais rocher etc.). D’un autre coté, je reconnais que le goujon « démocratise » la grimpe dans la mesure où l’investissement initial pour débuter en tête est tout de même plus accessible.
Bref, comme pour beaucoup de choses ici bas, tout est dans l’équilibre entre la liberté de faire du trad. si on le souhaite et l’égalité d’accès qu’offre les voies sur goujons. Et vous allez me dire… la fraternité dans tout ça?
Fabien