Place et avenir du Terrain d'Aventure

Ton exemple est faux, Destivelle a commencé par l’escalade. Un exemple ne peut de toute façon pas définir une pratique générale.

[quote=Dam]Il voulait dire que « La Montagne » la bas c’est cette escalade dite « trad » alors qu’ici « La Montagne » c’est l’alpinisme.
Dans l’esprit du citoyen moyen s’entend.[/quote]
On ne parle pas de ce qui se passe dans l’esprit du citoyen moyen, on parle d’accidentologie. Alors comparons ce qui est comparable, l’alpinisme avec l’alpinisme et l’escalade avec l’escalade.

Le sujet c’est le TA non ? pas l’accidentologie hein…
Faut pas confondre.

On était en train d’évoquer le problème de l’accidentologie, c’est parti de la remarque de tetof : « A quelques exceptions près, les pratiques/pratiquant Européens prennent plus de risques que les pratiques/pratiquant Américains. Les bigs walls Yosemitiques sur coinceurs impressionnent la galerie. Mais, il y a moins de mort à Yosemite en 50 ans qu’à Chamonix en 1 été. ». Je lui faisais remarquer qu’il n’était sans doute pas judicieux de comparer de l’escalade rocheuse à de l’alpinisme.

La comparaison entre l’esalade « trad » americaine et l’alpinisme europeen ne peut se faire sur la seule base de l’accidentologie.
Il faut prendre en compte la prise de risque, l’etat d’esprit des pratiquants, le nombre de pratiquants , le regard de la societe envers la pratique pour faire une comparaison aussi globale.

Posté en tant qu’invité par tetof:

J2, c’est toi qui parle d’accidentologie.

Pour ma part, je parlais de prise de risques dans les pratiques grimpantes. Les « pratiques grimpantes » vont pour moi, du pan en SAE à la pente raide à ski en passant par le big wall sur coinceurs.
Par ailleurs, je répondais à maël sur la culture US. En résumé, je compare ce que j’ai ressenti de 2 cultures grimpantes assez différentes (France versus US). Je ne sais pas si j’ai raison et je fais de psychologie de seconde zone. Mais il y a des choses étonnantes quand tu compares d’une part les USA avec la France et d’autre part le Trad et l’aseptisation des voies. La France se comporte dans le domaine de l’escalade exactement comme se comporte les USA en économie. La logique de l’escalade sportive à la française est similaire à la logique Mac Do alors que le Trad se rapproche de la bonne bouffe à la Française. Comme tu connais essentiellement la culture grimpante du Bassin Annecien, je comprends tes difficultés. Mais essaie de faire un effort.

La comparaison est interresante.
D’autres avis la dessus ?
On pourrait pas avoir en particulier quelques avis d’americains sur le sujet siouplait ?
Youhou, les ricains vous etes la ?

Sans aucun doute, c’était bien le sens de ma réponse.

Pardon ? Ce n’est pas toi qui a écrit :
« C’est d’ailleurs très paradoxale que la France avec Chamonix et son plus jeune cimetière de France/d’Europe soit à la pointe de l’aseptisation des pratiques grimpantes.
A quelques exceptions près, les pratiques/pratiquant Européens prennent plus de risques que les pratiques/pratiquant Américains. Les bigs walls Yosemitiques sur coinceurs impressionnent la galerie. Mais, il y a moins de mort à Yosemite en 50 ans qu’à Chamonix en 1 été. » ?

Posté en tant qu’invité par tetof:

L’accidentologie n’est qu’une conséquence logique de la prise de risque.
Personellement, je m’en fout un peu de l’accidentologie car elle consiste essentiellement a assumer les conséquences de ses actes (et de sa prise de risque).

Je te rappele mes propos :

La comparaison du nombre de mort est peut être un raccourci rapide. Néanmoins, il reflète l’acceptation de la prise de risque dans une société. Le cimetière de Chamonix ne pourrait pas exister aux USA.

En France, c’est « normal » d’aller au carton tous les étés à Chamonix.

Posté en tant qu’invité par xtian:

[quote=tetof]Le cimetière de Chamonix ne pourrait pas exister aux USA.

En France, c’est « normal » d’aller au carton tous les étés à Chamonix.[/quote]
bof, aux us, le mount Washington (1917m) a un profil accidentologique identique à celui de l’everest…

oui mais encore une fois je crois qu’il faut bien dissocier la vision qu’on les grimpeurs US eux même et celle que porte la société US sur les grimpeurs. En tout cas la comparaison US-France n’explique pas pourquoi la pratique du Trad est moins développée en France, sauf à admettre que les grimpeurs de Trad US seraient des alpinistes s’ils avaient les alpes sous la main. Cependant ce raisonnement trouve certainement ses limites dans les coins des US où il y a des montagnes (les rocheuses par ex.) … mais comme par malheur je suis dans le Massachusetts, je ne peux pas trop en parler pour le moment.

Posté en tant qu’invité par tetof:

Pourrait tu préciser? J’ai passé 1 semaine au Mount Whashington et je n’avais pas vraiment l’impression d’être dans la zone de mort d’un 8000.
Ok, c’est sérieux pour l’altitude mais c’est nettement à la portée d’un alpiniste moyen habitué à faire des 4000m.

Posté en tant qu’invité par tetof:

Est ce que tu parles du M Washington du New Hampshire ?

http://www.camptocamp.org/summits/40963/fr

Posté en tant qu’invité par tetof:

Le potentiel de rocher n’est pas le même.

Autres réponses à 2 balles : pour les alpinistes français, l’escalade n’était qu’un moyen pour monter le niveau technique. C’est de l’entraînement et ce n’est pas un drame d’adapter ton outil d’entraînement afin de progresser plus rapidement. C’est clair que goujonner des voies et supprimer le danger de la chute permet de progresser nettement plus rapidement.
Cela explique le raisonnement à la con véhiculé depuis des années par les Grands Anciens « le goujon est ok en falaise mais pas ok en Montagne ». Bien évidement, ils se sont totalement plantés et la génération actuelle du grimpeur moyen, élevée à coups de goujons en falaise, souhaite parfois la même chose en haute montagne. Une limite d’acceptabilité du goujon lié à l’altitude où à la notion de falaise école est une connerie. La seule « logique » un peu intelligente serait liée au rocher et à la capacité à grimper sur protections naturels : si on peut protéger, il faut protéger et ne pas mettre de goujons. Un Anglais habitué à mettre des coinceurs dans une fissure à 2 m du niveau de la mer n’ira pas mettre des goujons à 4000m en face nord (si le rocher est protégeable).
Le Trad Anglo-saxon est une fin en soin. Il est donc logique qu’ils n’aient pas modifié les règles du jeu. Equiper des voies Trads revient à casser son jeu. Chez nous, les règles du jeu ne concernaient que la montagne et certainement pas ces petits cailloux appelés falaises écoles ne servant que d’outils d’entraînement.

Je pense que le dernier post de tetof est particulièrement intéressant. On joue en plaine, on est sérieux en altitude. Mais à la longue, on aimerait jouer aussi en montagne. Pour résumer grossièrement.

Posté en tant qu’invité par Ha làlà:

[quote=tetof]J2, c’est toi qui parle d’accidentologie.

Pour ma part, je parlais de prise de risques dans les pratiques grimpantes. Les « pratiques grimpantes » vont pour moi, du pan en SAE à la pente raide à ski en passant par le big wall sur coinceurs.
Par ailleurs, je répondais à maël sur la culture US. En résumé, je compare ce que j’ai ressenti de 2 cultures grimpantes assez différentes (France versus US). Je ne sais pas si j’ai raison et je fais de psychologie de seconde zone. Mais il y a des choses étonnantes quand tu compares d’une part les USA avec la France et d’autre part le Trad et l’aseptisation des voies. La France se comporte dans le domaine de l’escalade exactement comme se comporte les USA en économie. La logique de l’escalade sportive à la française est similaire à la logique Mac Do alors que le Trad se rapproche de la bonne bouffe à la Française. Comme tu connais essentiellement la culture grimpante du Bassin Annecien, je comprends tes difficultés. Mais essaie de faire un effort.[/quote]
Sacré tétof, te lancer comme cela sans baudard dans l’approximation des métaphores culinaires soit-elles, je sais qu’on est en France mais toute de même.
Bon remarque ça apporte un peu de goût au débat.
Mac-do pour toi égalerait à pratiquer l’escalade en falaise avec des points d’assurages spits.
Bien.
Je me demande si tu as jamais grimpé une seule voie avec sa feuille de salade son cornichon et sa tranche de steack hachée identique, reproduite sur tous les secteurs de toutes les falaises du Verdon ou de Navarre ?
Schématiser à ce point, est remarquable.
Mais continuons ta métaphore, pourquoi pas, et allons au bout, et analysons-même le fameux hamburger franchisé de chez mac-do, tu y trouveras tout sauf de l’aseptisé, car c’est empli de putains de bacteries (qui font du bon boulot) et attaquent parfois gravement le système digestif. Donc tout le contraire d’aseptisé, vu qu’il contient de drôles de petits germes virulent.

Ensuite et puisque on nage dans les comparos.
Comparer l’alpinisme et l’escalade c’est vouloir comparer la F1 et le Rallye. Pourquoi pas, il y a d’excellents pilotes dans les deux catégories, mais ce ne sont pas les mêmes partiques du tout, et pas le même essor.
Il y a beaucoup plus d’accidents en rallye certes, mais ça ne fera pas forcément avancer le chmilblick. Ou une autre comparaison ? Entre Derby -descente à skis de piste à toute berzingue par où l’on veut, et une Descente avec des portes et une piste bien dammée et coloriée- les deux étant chronométrées, les deux étant finalement des disciplines bien distinctes. Les deux recélant d’excellents techniciens de la courbe à grande voire très grande vitesse. Le Derby étant plus typé « comme aux origines de la compétition », c’est-à-dire avec un tracé libre. Sauf que vouloir ici opposer comme tu le fais les « originaux » (mais sans les skis en bois, les lanières en cuirs, les pompes et les chaussettes) tu vois l’allusion, aux coins de bois vs coinceurs en matériel avionique… Je crois que l’aspect « traditionel » en prend un bon coup derrière les oreilles. Je te passe les détails de la corde en chanvre et de son éthique et de l’invention du mousquif en plomb, ne te demandant même pas si tu te situes Avant cette invention, ou juste Après… Même topo concernant les espadrilles contre les traces de gommes de nos chaussons.

Et je reviens à nouveau sur ce que disait tout à l’heure Maël, et qui me semble tout-à-fait juste aussi concernant l’impact supposé plus écolo (je ne sais pas si tu l’as abordé mais j’ai l’impression que c’est sous-jacent non ?) de la grimpe assuré sur friends et coinceurs:
"pas de trace, c’est vite dit… je reviens juste d’Indian Creek, 10 ans après avoir fait mes premières envolées verticales là-bas lors d’un séjour universitaire…
quelques constatations:

  • Les crux des voies de « sport-trad » sont devenus très facilement repérables à cause de l’érosion des fissures, provoquée par l’arrachement des cames sur ce grès si fragile. C’est à un point tel que quand tu discutes avec les locaux, ils sont presque prêts à équiper ces crux à demeure, pour sauvegarder les fissures, et leur droit de grimper face au lobby des assurances qui en ont marre de compter les cartons…

  • Chez les jeunes grimpeurs, la plupart préfèrent rester dans les gym(=SAE) ou faire du bloc, faute de moyen pour acheter toute la quincaillerie et d’envie de s’exposer sans connaissance (un friend mal placé ou trop loin dans ces fissures s’arrache ou casse, la sanction est rapide et amère). les autres acceptent de subir ces ‹ gear failure › et que le temps de récupération de leurs blessures fasse partie de l’apprentissage."

Bien, et j’ai une question subsidiaire, comment t’y prends-tu pour passer une ou plusieurs longueurs sans fissures ? Sans becquets ? sans arbre ? Bref au pays du gratton et de la dalle lisse, allez je t’offre une poignée de thym (pour parfumer ton plat) mais tout ça pour te dire, que de devoir tenir et trouver la technique de placement, la série de mouvements qui t’obligent à devoir aller cliper au prochain goujon est pour moi tout aussi excitant voire beaucoup plus que de taper le relais sur un pauvre arbre, à l’écorce bien luisante au passage de la sangle, fantasmant une « autonomie responsabilisante » du fait que j’aurais la sangle de la bonne longueur pour être à l’aise.
Non, pour certains, dont je fais parti c’est de te dire qu’un type a été suffisament couillu ou habile (ou pervers parfois) pour aller placer un spit précisément là où visiblement il n’y a plus rien… Et c’est là que pour moi commence le jeu, le plaisir, la rage qui va avec la ruse. Le bonheur.
Alors que si je dois cheminer dans une cheminée et placer mes N°23 de chez Chanel-Camalot là où c’est possible, en sachant qu’un sur trois ne tiendra pas à ma chute, j’irais forcément au plus facile, je garde la fissure tout du long, pas d’aventure sur la dalle j’y ai pas droit. Une dalle n’est pas protégeable ! Fouchtra, on y va pas ! Bon tu vois un peu l’topo du Restau ?
C’est pas terrible la Nouvelle Cuisine Française avec les noyaux d’olives numérotés, et surtout les olives coûtent Bonbons !

[quote=Ha làlà]Et je reviens à nouveau sur ce que disait tout à l’heure Maël, et qui me semble tout-à-fait juste aussi concernant l’impact supposé plus écolo (je ne sais pas si tu l’as abordé mais j’ai l’impression que c’est sous-jacent non ?) de la grimpe assuré sur friends et coinceurs:
"pas de trace, c’est vite dit… je reviens juste d’Indian Creek, 10 ans après avoir fait mes premières envolées verticales là-bas lors d’un séjour universitaire…
quelques constatations:

  • Les crux des voies de « sport-trad » sont devenus très facilement repérables à cause de l’érosion des fissures, provoquée par l’arrachement des cames sur ce grès si fragile.[/quote]
    L’argument est bon mais pas généralisable ni définitif, et montre :
  • que l’on peut se poser des questions sur l’utilisation des coinceurs en roche tendre,
  • qu’il faudrait pouvoir évaluer ce que serait l’état de la même falaise si elle avait été goujonnée (augmentation de la fréquentation ?)

Si ça ne nuit pas à l’arbre où est le problème ?
S’il en souffre, ce n’est pas compliqué de le protéger.

Mais non, l’idée (la mienne) n’est pas de bannir les broches ou spits, mais de garder la possibilité de grimper avec le plaisir de poser ses protections (recherche d’autonomie), le plaisir d’avoir à gérer plus de paramètres.
Pour prendre une autre comparaison, on peut aussi continuer à exploiter chaque pente neigeuse pour y installer une remontée mécanique, damer la neige et purger tout le domaine autour, il restera des personnes pour aimer et vouloir faire du ski-rando.

Penses tu qu’il faille spiter tout ce qui est spitable, ou bien … ?

Posté en tant qu’invité par tetof:

Merci Ha làlà, c’était interessant à lire.

Tu as bien évidement raison. Il y a des monuments Bocuse avec des goujons. La dalle lisse avec son petit pincement de cœur quand tu dois te décider à aller au prochain goujon et que tu ne peux pas « tricher » en rajoutant un coinceur. J’adore et c’est autrement plus pimenté que la fissure ou je passerai toujours en prenant mon temps.
Ce n’est pas le goujon qui pose problème mais son usage (ou plutôt son abus). Certains de mes potes US disaient que c’était le perfo et la démocratisation des points qui posait réellement problème et non pas le goujon. Ils n’ont pas totalement tord. Si les ouvreurs/équipeurs continuent à ne mettre que les points qu’ils ont besoin cela limite le nombre de goujon à son stricte minimum : ce qu’à besoin l’ouvreur. Cela éviterait toutes ces voies où l’ouvreur se transforme en équipeur bétonnant sa voie pour favoriser sa fréquentation. C’est bien cela l’escalade sportive Mac Do destinés à un public cible (expression reprise d’un texte de MiPi). C’est cela la grimpe fastfood, inodore, sans saveur dont l’interet est évalué en terme de cotation et de nombre de goujon. Le truc mais dont tu ne rappelles plus rien en arrivant au sommet.

Bien évidement que cela nécessite de se rapprocher du niveau de l’ouvreur/équipeur mais cela rajoute du plaisir que d’attendre un peu avant d’aller chez Bocuse.

Merci à tous pour vos contributions.
Pour ceux qui n’ont pas participé au sondage, les réponses à la question « Pour vous le TA qu’est-ce que c’est ? » sont :

a) - 1 substitut quand on n’excelle pas en escalade sportive : 5% - 5

b) - Réservé à des puristes romantiques et nostalgiques : 1% - 1

c) - Une pratique respectueuse du milieu : 22% - 19

d) - Une recherche d’autonomie et de responsabilité totale : 58% - 49

e) - Vous aimeriez, mais manquez de site ou de guide : 11% - 10

Total : 84

Chiffres à légèrement pondérer de la réponse de Nukem :

Merci encore pour la qualité et la bonne tenue du débat.