En fait le soucis n’est pas trop le vélotaff : la position de la région c’est que dans ce cas de figure les gens doivent avoir un vélo qui les attends au départ et à l’arrivée. C’est comme ça que ça fonctionne aux pays bas et ça marche plutôt bien, à condition d’avoir de grands parkings à vélo dans les gares. Dans ce cas de figure c’est effectivement pertinent, le flot de vélotaffeurs est amené à devenir trop important pour pouvoir être absorbé uniquement par des trains plus adaptés.
Le problème, c’est qu’à la région (et à la SNCF) on ne considère que deux cas d’usages : celui-ci et celui du vélo loisir type « vacancier »,composé de personnes qui organisent leurs vacances 3 mois en avance, et peuvent s’organiser autour de la résa vélo et jongler avec ces contraintes. Sauf que … bah il reste énormément de cas d’usages non couvert : sorties loisir à la journée avec nécessité de souplesse, trajet non régulier, déplacement en famille, etc … Et pour tout ces cas, ces nouvelles règles c’est de la merde, tout simplement.
Pour avoir un peu étudié « l’offre » et suivi les associations d’usagers/cyclistes qui pestent contre la mesure, petit florilège :
- les abonnés ne sont pas soumis à la réservation pour leur vélo. Donc malgré votre résa, vous n’avez pas la garantie d’avoir de place : si un abonné a pris « votre » place, vous êtes normalement bon pour descendre du train (sauf à trouver l’abonné et le faire descendre à votre place).
- Si votre train est annulé, vous devez annuler votre réservation vélo et en reprendre une sur le train suivant. Si celui-ci est complet ? Et bien vous êtes foutu, vous pourrez tenter de négocier avec le controleur pour monter quand même, je pense que si vous êtes seuls ça devrait le faire, mais si c’est les 10 cyclistes du train annulé qui tentent de monter à bord, il est probable que le contrôleur ne vous y autorise pas.
- Votre train est annulé mais remplacé par un bus ? Aucun engagement à ce que le dit bus circule avec des racks à vélo pour emporter votre vélo. Vous serez donc bon pour espérer trouver de la place en soute (avec tout les risques que ça comporte, je vous laisse imaginer une grosse valise sur un cadre un peu fragile), et si pas de place, et bien tant pis pour vous, vous n’aviez qu’à ne pas voyager à vélo.
- Vous avez peur du point 2, ou n’êtes pas sur de votre heure de retour ? à 1€ la résa, rien ne vous empêche d’en prendre sur 2,3, 4 trains si vous voulez ! oui, c’est pas cool pour les autres mais après tout ?
Passons enfin sur l’intégration technique absolument hallucinante : le parcours utilisateur pour prendre ces résa est une honte : pas supporté par le vendeur de billet n°1, aka SNCFconnect, et même sur les services de vente TER, impossible de les prendre avec votre billet de train, il faut acheter la résa séparément. En temps qu’usager averti c’est déjà laborieux et source d’erreur, mais dans le cas d’usager occasionel du train, je n’ose pas imaginer le carnage.
Rien que ces différents points montre à quel point cette politique n’est absolument pas au service de l’usager vélo, elle est au service du politique qui peut « traiter » facilement une situation : si vous n’avez pas de résa, vous ne prenez pas le train. Dans leurs stats, ça supprime la saturation (ou en reporte la responsabilité sur l’usager qui a resquillé la résa).
Ah et sujet connexe, rappelons que les remorques non démontées sont interdites à bord des trains. Donc une famille ou du barda, vous ne pouvez juste pas prendre le train, même si celui-ci est vide. J’ai déjà assisté à un contrôleur qui a menacer de faire descendre une famille d’un train, pourtant vide, parce qu’ils avaient une remorque interdite. Ils ont été obligé de réveiller l’enfant qui roupillait dedans, et d’étaler leurs affaires sur les sièges à côté. Et la remorque n’était pas plus grosse qu’une grosse poussette pourtant autorisée (et heureusement).
Bon après, reconnaissons que le sujet est complexe, et qu’il ne suffit pas de commander de nouvelles rames pour le régler : à supposer que la volonté politique soit là, le temps de passer un marché et de recevoir de nouvelles rames, c’est plusieurs années qui vont s’écouler, donc en attendant les solutions doivent forcément passer par de l’adaptation avec les moyens du bord.