Posté en tant qu’invité par Bubu:
Et bien, répondons à la 1ère question :
Le skieur de randonnée est-il réellement si bien placé pour jeter des sarcasmes, voire une opprobe morale sur le pratiquant de ski de piste?
Alors voici ma réponse. Le skieur de rando ou quiconque n’a pas à jeter des sarcasmes ou une opprobre morale sur le pratiquant de ski mécanique s’il veut faire avancer les choses dans son sens. Sinon il n’alimentera que la haine entre personnes d’avis opposés, ce qui ne permet pas de faire grand chose de constructif.
Par contre il n’y a pas de problème à critiquer une pratique, même sans l’avoir pratiquée: on peut bien penser, que ça soit vrai ou non dans l’absolue, que le skieur mécanique ou le skieur de rando ait tel ou tel effet néfaste. Ensuite c’est à chacun à être critique à son tour par rapport à cette critique 
Je suis d’accord sur ce qui a été dit sur les impacts qu’ont les 2 activités, mais ça ne veut pas dire pour autant que je pense que les skieurs font du ski pour le plaisir de dégrader l’environnement !
Le plus souvent, on continue à faire une activité plus dégradante qu’une autre par ignorance:
- ignorance des impacts directs de son activité
- si l’on connait les impacts directs, ignorance des impacts indirects ou à long terme (et donc minimalisation de « petits » impacts directs)
- si l’on est conscient de tout ça, ignorance qu’il est possible de faire autrement sans que ce soit « chiant ».
Si je prends mon cas, ça donne :
Du ski en station (Arêches le plus souvent), avec de plus en plus de hors piste, et en finissant par envier les traces des randonneurs que je pouvais voir alentour (Rocheplane, Mirantin, Grande Journée, Mont Coin, Col du Bresson, Brêche de Parozan, pas seulement des itinéraire proche des remontées).
Mais je me disais que ça m’étais impossible, réservé à quelques « privilégiés » qui ont eu la chance d’être des athlètes nés et de pouvoir s’entrainer dès leur plus jeune age. En plus je trouvais qu’ils prenaient parfois beaucoup de risque en randonnant 1 ou 2 jours après une chute de neige.
Aujourd’hui je fais partie de ces « privilégiés » qui finalement n’en sont pas du tout car ça ne demande pas un effort inhumain, et de ceux qui sortent 1 ou 2 jours après une chute de neige, mais sans prendre beaucoup de risque car j’ai compris qu’il suffit d’éviter les zones dangereuses (et donc de savoir les repérer, c’est là que ça se complique).
Quand j’ai commencé à sortir souvent en rando, en découvrant toutes les possibilités (*) que cela offrait par rapport aux stations et toutes les idées fausses de difficulté et de danger que je me faisait du ski de rando, j’ai regretté que personne ne m’ait dit plus tôt que je faisais n’importe quoi en station, que personne ne m’ait incité à faire de la rando, et que personne ne m’ait proposé de considérer les stations comme une bonne école de ski de descente que l’on est amené à quitter.
iLes stations vendent des centaines de km de pistes, mais la rando permet a priori de parcourir les milliers de km² de montagne enneigée, tout en ayant bien conscience que l’on y passe en visiteur et que l’on ne doit pas tout s’autoriser pour ne pas trop déranger les habitants des lieux (flore, faune et villageois, c’est bête de mettre tout sur le même plan mais c’est plus simple pour ne rien oublier :-).[/i]
Dès lors, beaucoup de mes interventions sur c2c ont pour but d’éviter à d’autres cette prise de conscience tardive. Pour éviter qu’ils ne restent « enfermés » dans des stades où toutes les dérives de la consommation sont présentes (en rando aussi, mais beaucoup moins), alors que le temps de loisir que l’on prend dans un espace non urbain (je ne vais pas dire sauvage, l’homme a façonné la plupart des campagnes et des montagnes) devrait au moins permettre de s’échapper des logiques « urbaines » (compétition, gaspillage, …), tout en évitant de réduire ces espaces à la seule fonction d’évasion car ils représentent et permettent bien plus de choses.
Je préfère donc le ski de rando pour la liberté qu’il permet, ainsi que le plaisir de moins agressé la montagne. Je pourrais encore être moins agressif en n’allant pas du tout en montagne, mais je m’autorise cette agression. Par contre j’essaie de réduire mon impact à celui d’un mammifère de 65kg, en ayant tout d’abord conscience que je suis beaucoup moins agressif avec 180cm sous les pieds qu’avec 500cv sous le capot. Je suis énervé lorsque je dérange de la faune fragile en hiver.
Tout ceci me parait totalement opposé aux logiques du ski mécanique, où avant même qu’un skieur descende une piste les aménagements ont fait bien plus de dégats que des milliers de randonneurs à Chamechaude (où l’on peut toujours y croiser des chamois).
la pratique intensive du ski de randonnée, telle qu’elle se développe à l’heure actuelle dans nos montagnes de Savoie et du Valais (grâce notamment à, fait saillant, des guides écrits par certains de plus grands défenseurs de la montagne qui s’évertue à donner toutes les variantes possibles pour être certain qu’aucun vallon reculé ne sera oublié) est également une forme de vandalisme, et n’est certainement plus aussi indolore que cela.
Aucun vallon n’est oublié depuis longtemps, depuis que les cartes IGN te permettent de connaitre la topographie d’une montagne que tu n’as jamais vue à 10m près.
Sur le fait de diffuser des topos, personnellement ça ne me dérange pas: ça permet de répartir les randonneurs, rendant alors certains jours certaines classiques moins peuplées que le « nouveau » spot mis à jour par un topo.
Ensuite l’impact est réel. Mais j’accepte de sacrifier le secret de certains vallons pour sauvegarder le plus possible leur intégrité (en sachant bien que plus de fréquentation signifie plus de dégradation, mais moins que des remontées et des pistes à nombre de skieur égale). Je suis d’accord avec Emmanuel Cabaud qui écrit dans son topo sur la Savoie que face aux stations, il faut occuper le terrain. Si plus de randonneurs se sentent touchés par un projet d’extension d’une station par une plus grande fréquentation d’un vallon auparavant peu ou pas répertorié dans les topos, la pression sur les décideurs du projet pourra être plus grande.
Au sujet de qui de l’offre ou de la demande engendre les stations, en France les stations ont le plus souvent (comme ça je ne prends pas de risque s’il y a des exceptions) été crées avant que la demande correspondante n’existe (plan neige, projets surdimensionné de communes enrichies par les redevances hydroélectriques d’EDF, …). Mais une fois que c’est parti, l’offre et la demande poussent ensemble aux extensions.
Par contre pour l’arrêt des stations, ça viendra de la baisse de la demande. Et ça vient déjà (comme beaucoup de stations plus petites auparavant). A ce sujet je n’ai aucun scrupule à appeler au boycott des remontées par ceux qui n’en ont plus besoin pour apprendre à skier (et au boycott du tourisme dur en général), étant donné que mes propres dépenses en remontée (hiver et été) doivent s’élever à 60€ en 5 ans (et je m’en serais passé sans problème) sans avoir eu le sentiment de m’être privé de quelque chose. Ca peut paraitre violent de boycotter, mais face à des bulldozers je trouve cela bien soft ! En espérant ainsi réduire l’espace occupé par les stations, libérant ainsi des vallons aux randonneurs l’hiver, dont on peut souvent ignorer jusqu’à leur existence lorsqu’on visite le même vallon l’été (au printemps et à l’automne c’est plus mélangé :-)…
Tiens, je viens d’écrire un truc long et chiant 
[%sig%]