Pourquoi le problème du rééquipement n'existe pas en Espagne?

Posté en tant qu’invité par circus:

Chose promise chose due, meme si une petit retard est intervenu entre la promesse et la réalisation :-(( …

Tout d’abord, tout point de vue étant biaisé par les inclinations de son auteur, je me dois de présenter ma position sur la question : le T.A. doit rester du T.A., mais l’utilisation de spits n’est pas à proscrire (une sorte d’éthique Piola en quelque sorte).

Alors, pourquoi n’y a-t-il pas de problème de rééquipement en Espagne? Et tout d’abord, que signifie cette affirmation?
Elle veut dire deux choses:
1/ On trouve un très grand nombre de falaises majeures consacrées au TA (Montrebey, Roca del Arcs…), sites qui en France auraient majoritairement été spités dans l’ensemble, alors que là-bas c’est l’inverse qui s’est produit : elles sont restées vouées au TA et les voies spitées sont minoritaires. Pour ceux qui ne connaissent pas le coin je vous renvoie au site de Rémi Thivel, qui vous propose une visite photographique de ces parois à coté desquelles le Verdon patit de la comparaison.
http://www.remi-thivel.com/photos/archpyr/montrebey/index.htm
2/ Le rééquipement des anciennes voies TA ne déclenche pas une vague de fureur outragée parmi la communauté grimpante, ni d’actions regrettables du type saccage des points nouvellement installés. Je n’ai jamais vu d’Espagnols revenir au refuge dégoutés de s’etre crus partis dans du terrain montagne alors qu’ils ont fait la voie sans avoir placé une seule pince-à-sucre… Ce qui nous est tous malheureuseument arrivé en France ces derniers temps.

Voici donc quelques pistes de réflexion sur ce sujet hautement polémique et qui nous tient à coeur.
Je crois que la réponse est simple, très simple… Chez les Espagnols il n’y a pas de coupure entre les deux pratiques, TA et grimpe dite sportive. Tous ont le sentiment de faire la meme activité et surtout, TOUS font les deux pratiques!! Car la grande différence avec nous est là : ils sont éduqués à toutes les formes de grimpe, du pan au tapage de clous. Il y bien comme chez nous une spécialisation en fonction des gouts, mais dans l’ensemble tous partagent une palette d’expérience des différents aspects de notre sport bien plus riche que la notre, et surtout infiniment moins cloisoinée.

Les conséquences de cette polyvalence générale vous paraitrons simples et logiques : quand la voie est en TA, on la parcourt en TA (et on la laisse en TA! Voir les réflexions ci-dessous sur les conditions d’un rééquipement), lorsqu’on a envie d’ouvrir une voie équipée, on le fait en évitant de trop empiéter sur les voies TA d’à-coté. N’étant pas enfermé dans un type de pratique, le réflexe de la préservation leur vient immédiatement et naturellement.
Le cas de la Roca del Arcs peut nous servir de cas d’école (voir le site http://www.onaclimb.com/panorams/index.htm pour une vue des différentes parois espagnoles). Sur cette falaise de 250 metres, on trouve une centaine de voies de tous les styles, équipées, semi-équipées, TA totalement, artif entier ou artif d’apprentissage… Bref, vraiment tous les genres!!! Et vous n’avez qu’à choisir en fonction de l’envie et de la forme du moment. On retrouve sur cette paroi toutes les étapes chronologique de la grimpe, toutes cohabitant et aucune n’ayant exercé sa domination au détriment des autres en les effaçant du rocher. Et comme par hasard, on ne trouve aussi nullement personne pour venir mettre un autre équipement que celui voulu par les auteurs… Sauf quand cela est le fait meme des auteurs.

Car effectivement le rééquipement se fait souvent de manière intelligente, cohérente et concertée. Ce que je vais dire maintenant correspond à une discussion passionnante que j’ai eu cet été avec Miquel Sanchez, le gardien du Refuge Ventosa dans le coin des aiguilles de Travessani. Nous y avons passé 6 jours, acceuillis comme des rois (pour une fois que des pyrénéens français venaient chez eux, nous ont-ils dit… « Eh les mecs, bougez-vous et sortez un peu de l’Ossau!! »).
Alors que nous rentrions d’une journée de grimpe à l’Agulla Mangades où nous avions fait deux voies, la première entièrement sur spit, la deuxième semi-équipée, c’est-à-dire relais sur spit uniquement car tout le reste se protégeait parfaitement avec l’équipement TA habituel, je lui ai demandé comment se faisait-il que les voies étaient en partie équipées alors que le topo n’en disait rien. Miquel m’a répondu que les ouvreurs étaient répassés depuis pour sécuriser les relais qui n’offraient pas de véritable protection lorsqu’ils étaient sur pitons, comme c’était le cas depuis l’ouverture.
Pas folle la guèpe, j’en ai profité pour lui demander si le rééquipement des voies posait problème chez eux aussi et qui rééquipait une voie. Sa réponse fut édifiante : ce sont les ouvreurs qui décident du rééquipement, ou alors si quelqu’un a envie de rééquiper une voie, il pose la quesion de l’accord aux ouvreurs. Dit comme ça, ça parait très simple en effet… De plus, ce sont les auteurs qui décident de la forme du rééquipement: tout spité, juste les relais, relais plus quelques points… Pour ce que j’ai pu en voir lors de ce séjour, le rééquipement total n’existe pas; rien de surprenant là-dedans mais au contraire une parfaite cohérence avec leur habitude de pratiquer le TA (la voie entièrement spitée parcourt le flanc droit d’un immense dièdre et n’offre pas de possibilité de placer des protections autres que des spits)
J’ajouterai que son avis est particulièrement autorisé puisqu’il a ouvert de nombreuses voies dans son coin, qu’il en a rééquipé certaines, que d’autres sont entièrement laissées dans l’état de l’ouverture, etc… Et durant ce séjour, sur ses conseils, nous avons pu enchainer tous les types de pratique en fonction de notre humeur du moment. Je terminerai en précisant que néanmoins la très grande majorité des voies du coin demeure dans l’état de l’ouverture, avec une philosophie résolument alpiniste.

Voilà en quelques lignes du grain à moudre pour nous grimpeurs français, tous très suceptibles et jaloux de leur terrain de jeux.
Ces quelques réflexions ne se veulent pas une présentation de tout ce qui se passe en Espagne, dont je ne connais que l’aspect pyrénéen et TA. Ce pays ne se résume pas qu’à ses parois TA, les spécialistes des colonnes vous le diront mieux que moi. Toutefois, je le considère plein d’enseignement enrichissant pour la question du rééquipement.
Et vous, qu’en pensez-vous?

Posté en tant qu’invité par Etienne:

Ouah! C’est beau, c’est idyllique, et maintenant qu’est-ce qu’on fait?

Au fait, ils se transmettent comment, les droits d’auteur?

PS: stp, évite les titres trop longs, ça f… le b… sur les vues en arborescence… :wink:

PPS : et le premier qui demande une étude statistique comparative des pratiques françaises et espagnoles, sous prétexte qu’on serait entre scientifiques, je lui fouts mon e-main (calleuse) dans l’e-gueule! :smiley:

Posté en tant qu’invité par Christophe:

comme le dit Etienne, cela parrait idyllique.
Tu as entierement raison quand tu explique que cela marche bien parce qu’il n’y a pas de coupure entre les differentes pratiques. Ce n’est malheuresement pas le cas en France. La France, avec son raisonement tout sportif, est bien une execption. Malheuresement, j’habite dans l’execption.

Je me mets a l’espagnol et j’arrive demain.

Posté en tant qu’invité par joel:

mon cher Circus lis le message de Piston Hurlant du 17 octobre et les réponses et tu verras que c’est triste ce qui se passe en France,et notamment avec le saccage de la voie du jardin suspendu au pilier de Bartagne (13) .notre intérêt à nous les grimpeurs est de se consulter et de s’entendre avec les ouvreurs des voies s’il y a besoin de rééquiper ou de laisser la voie en terrain d’aventure .se serait tellement mieux et tout le monde y trouverais son intérêt …

Posté en tant qu’invité par Benj:

Parce qu’effectivement, une voie équipée « à l’espagnole » est considérée par le fraçais moyen comme une voie TA…
Bon, j’ai une vision un peu biaisée car je n’ai vu l’oeuvre des ouvreurs espagnols qu’au Maroc, et pour nous, une voie équipée « avec des plaquettes espagnoles » signifiait que tu pouvais emmener tes coinceurs car lesdites plaquettes ne risqueraient même pas de t’être d’un secours même psychologique.

Du coup forcément, s’ils ré-équipent comme ils équipent, ça reste du TA vu qu’il faut emmener tes coinceurs si tu veux te sentir e sécurité!

Posté en tant qu’invité par ram:

Voila l’avis d’un espagnol, (soyez benevoles avec l’ortographe svp).
Cela que tu racontes Circus est un peu pret la realite mais ça ne se passe si bien toujours.
Si vous voulez, il y a une ethique qui n’est pas ecrite mais qu’une grande partie des grimpeurs respecte
Le point cle c’est que chez nous est tres enracine l’idee de que la voie dois rester comme les ouvreurs l’ont equipee,je veux dire avec le meme emplacement de points.
Si jamais il y a un reequipement, ce que l’on fait c’est juste de reemplacer les vieux points par de nouveaux ( et modernes, pas de plaquettes merdiques pour faire ça il est mieux de ne rien faire), mais toujours au meme emplacement.
Quand meme, il y a des exceptions, ce que je vous raconte ce la norme, mais bien sure des fois il y a des problemes, par example des re-equipiers qui elargissent des longuers, de gars qu’enlevent les nouveaux points…
En fin, jusqu’a maintenant ça a ete cet ethique et le sens comun qui ont gere les re-equipements et ça n’a pas mal marche; mais depuis quelque temps il y a des gens qui font appelle a la creation d’un organisme pour controler autant les nouvelles overtures et les reequipements.
Du coup ça me fait bizarre cette discussion, nous on regarde toujours vers la France en nous dissant que chez vous il n’y a pas de soucis parceque c’est le cosiroc qui gere tout ça mais maintenat je ne sais pas quoi penser…
A+
RAm

Posté en tant qu’invité par Christophe:

Non en France, il y a beaucoup de problemes parce que beaucoup re-equipe en modifiant l’equipement d’origine.

Posté en tant qu’invité par David:

Du coup ça me fait bizarre cette discussion, nous on regarde
toujours vers la France en nous dissant que chez vous il n’y
a pas de soucis parceque c’est le cosiroc qui gere tout ça
mais maintenat je ne sais pas quoi penser…

Le COSIROC (heureusement ou malheureusement, selon le point de vue politique …) ne gère pas tous les ré-équipements. Son rôle : « Outre le présent inventaire, cette commission [Commission escalade du COSIROC] a réfléchi à ce que devrait être une politique cohérente d’équipement des falaises. » www.cosiroc.org

Aujourd’hui, ceux qui nuisent aux voies TA par leur (ré-) équipement sont principalement des individus (très) difficiles à gérer …

Je ne pense pas que la régulation soit une bonne manière de faire. Je crois d’avantage à l’éducation et au changement de mentalité. Comme écrit récemment, le temps du tout-spitée est en partie révolu. Je pense que l’on assiste en ce moment à un renouveau pour l’escalade « traditionnelle » (au sens anglo-saxon).

Posté en tant qu’invité par circus:

Mon cher Etienne,

Bien le bonjour déjà, ça fait plaisir d’avoir de tes nouvelles…

Rigolade et salutations mises à part, ce long message est en fait plus ou moins une commande de la part d’un mec du site qui voulait savoir comment se posait et se passait la question du rééquipement en Espagne.
Il n’était nullement question de proposer des solutions, mais on peut lancer la discussion vers cette direction là. Seulement, je t’avoue etre un peu étonné de voir que peu de monde est venu sur ce post apporter sa pierre à l’édifice. Je conjecture qu’il y a sur C2C moins de pyrénéistes que d’alpinistes, mais quand meme, ce n’est pas parce que ça se déroule loin de chez eux que cela n’offre pas matière à réfléchir ensemble aux solutions. Je m’attendais aussi je te l’avoue à ce qu’on me sorte de derrière les fagots la question de la paroi des Terradets (paroi de 400-500 m, anciennement TA, et qui a vu quasiment toutes ces voies rééquipées sur goujons), mais là encore… que nenni!! N’y a-t-il donc pas de pyrénéistes TA-istes adeptes de l’Espagne sur C2C?

Enfin, oui, l’Espagne c’est idyllique!!! Allez-y en particulier dans les sierras dont je parle, c’est le Verdon avec 200 m de plus et la possibilité de grimper quasiment toute l’année. Et avec un potentiel -pour ceux qui peuvent…- à froler la syncope.

ps: ils te plaisent pas mes sujets?? ;-))

Posté en tant qu’invité par circus:

C’est justement en partie à cause du débat que tu évoques que j’ai écrit ce post. Et je crois que j’ai été clair en disant que je ne cautionnais ni le rééquipement sauvage ni la destruction d’un rééquipement, le remède étant pire que le mal à mon sens.
Enfin, « cautionner »… c’est un bien grand mot vu que je ne suis nullement une autorité morale ou politique…

Posté en tant qu’invité par circus:

les plaquettes espagnoles s’appellent des « burils » et ne sont effectivement pas faites pour qu’on y vole dessus. Je garde quelques souvenirs émus de rencontre avec ce type d’équipement…
Comme toi!

Posté en tant qu’invité par circus:

oupps!!
J’ai oublié de préciser qu’effectivement maintenant, comme le dit Ram, les rééquipements sont généralement bétons quand ils sont faits dans l’optique d’offrir une voie mieux protégée, tout en gardant son caractère d’origine (TA, semi-équipée, équipée…). Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un jour un rééquipement qui ne ressemblait à rien.

Posté en tant qu’invité par circus:

Comme le précise plus loin un intervenant, il est très difficile de gérer des gens qui décident d’agir hors de toute concertation. Il se trouve que cela marche très bien chez vous grace à l’éthique dont tu parles et à votre éducation de montagnards: ne changez rien!!! N’allez pas créer un organisme qui ne ferait qu’alourdir le monde de la grimpe. Vu de France, c’est plutot nous qui aimerions etre dans votre situation!!

Posté en tant qu’invité par Etienne:

Disons que tu réveilles régulièrement mes cauchemars de mauvais élève qui ne sait pas quoi répondre à son prof! ;-))

Sinon, je t’assure, avec des titres aussi longs et un écran pas très large, sur les arborescences ils prennet deux lignes avec le décalage, et au bout d’un moment il n’y a plus moyen de savoir qui répond à qui…

Ta question sur les scientifiques était si hénaurme que, si ça n’avait pas été toi, j’aurais cru à un troll. J’ai voulu désamorcer une prévisible lutte des classes en sortant un réponse bien caricaturale, mais apparemment ce n’était pas si évident, et je le regrette…

On sort tout juste d’un mois de guerre entre partisans du TA et du tout-équipé, on n’avait sans doute pas envie de remettre ça tout de suite sur ce sujet-ci. En plus, ta « question » est plutôt un constat, et ce n’est pas si facile de développer. Comment changer les mentalités? Ou bien faut-il placer des radars anti-perceuses sur les voies classiques? pas évident, tout ça…

L’Espagne est un état « fédéraliste » ( assez large autonomie des provinces ), alors que la France a un lourd passé jacobin. Serait-ce pour ça qu’ici on tolère si peu les pratiques minoritaires?
Autre remarque, qui aurait pu aussi passer dans « US paradoxe ». J’avais lu il y a +/- un an un article qui faisait remarquer que la démocratie à l’américaine insistait avant tout sur la notion de liberté, alors que la démocratie à la française favorise celle d’égalité. Ramené au cas de l’escalade, peut-on dire que d’un côté, on respecte le choix de l’ouvreur d’un engagement plus ou moins marqué, de l’autre on veut à tout prix niveler la pratique?
Scuz’, j’ai passé tous mes cours de philo a essayer de rattraper mes devoirs de maths en retard, alors je ne suis pô très doué pour les discussions métaphysiques :slight_smile:

Posté en tant qu’invité par circus:

Salut Etienne,

j’avais bien compris pour la longueur des titres, dorénavant je ferai plus court. Remarque néanmoins que j’ai lancé une mode (quoiqu’elle soit un peu ironique à mes dépens, mais j’aime assez ça: j’ai bien ri avec le sujet grimpeuses esthéticiennes!).

Je suis aussi un peu étonné que tu aies trouvé la question sur les scientifiques « hénaurme ». Je ne la pensais pas polémique, elle n’a pas été formulée sur ce ton et ce n’était nullement mon intention; les réponses prouvent que ton inquiétude était pourtant fondée et que je me suis trompé: je suis encore étonné de voir que certains se soient laissés aller à leur complexe de superiorité, d’autres à l’étrange réaction/sentiment que nous cherchions à les exclure, sans que toujours d’ailleurs les derniers réagissent aux propos des premiers! J’ai quand meme eu une confirmation de ce que je pressentais : les scientifiques sont bien surreprésentés, sans d’ailleurs qu’il soit possible de mesurer cette surreprésentation, et sans savoir pour quelles raisons (meme si certaines réponses avançaient des arguments valables).

Il est vrai qu’on sort d’une période de guerre entre les partisans du TA et du tout équipé, mais je m’étais justement dit que c’était l’occasion de faire le point entre nous (c’est-à-dire les premiers cités)et d’avancer quelques pistes de réflexion. Cela n’a pas marché, tant pis: on essaiera à un moment plus propice!
J’aime assez ta réflexion sur le passé - et la différence - politico-culturel de la France et de l’Espagne. Elle rencontre bien évidemment mon assentiment d’historien. Pour celle qui concerne la différence entre la France et les Etats-Unis, je préciserait en disant que la différence que tu mets en avant entre les deux démocratries est tout simplement la différence entre la droite et la gauche, la première préférant la liberté, la seconde l’égalité. Et comme par hasard, la France est majoritairement de gauche (je parle en terme de social-démocratie), et les US de droite. Donc je suis là encore d’accord avec toi, en précisant toutefois que si là-bas on respecte effectivement la volonté de l’ouvreur ici on cherche plutot à ce que tous puissent accéder aux memes activités et terrains de jeu (dans une volonté égalitaire), démarche qui n’exclut pas d’ailleurs des relents d’antiaristocratisme (voir les réflexions sur ceux qui peuvent et ceux qui peuvent pas, le TA étant étant assimilé par ses partisans et ses adversaires à une sorte d’activité « noble » -le mot est choisi à dessein)ou d’antiélitisme. Je ne suis donc pas d’accord avec toi lorsque tu dis « nivellement », car cela fleure un peu le complexe de superiorité (entendons-nous bien: je pense personnellement que le TA est une démarche que tous les grimpeurs n’ont pas le courage de faire, donc quelque part je suis aussi dans un positionnement élitiste; seulement je ne crois pas que les rééquipeurs agissent par volonté de niveller la pratique par la base, mais plutot par ce présupposé égalitaire dont je parlais précédemment. Il n’y a donc entre nous qu’une différence d’analyse, pas de tempérament). Mais peut-etre as-tu employer « nivellement » comme synonyme d’« uniformisation »? Ce qui frapperait d’inanité tout ce que je viens de dire… Arghhhhhhhhh…

enfin, ne fais pas le modeste, tu maitrises assez bien des concepts qui ne sont pas ceux avec lesquels tu travailles : tu ne devais pas tant dormir que ça en philo ou en histoire!!!
A bientot!

Posté en tant qu’invité par Christophe:

Tes éléments sur l’Espagne avancent des bonnes pistes de reflexions. Mais je me refuse à aller dans le sens d’une interprétation politico-grimpante.
Les notions égalité/liberté ne sont pas de droite ou de gauche. D’ailleur, je ne comprends pas pourquoi on raisone encore en terme de droite et de gauche.

Posté en tant qu’invité par Etienne:

D’abord: je ne mets aucun jugement moral ou sens politicien dans mes remarques sur égalité/fraternité, sinon d’ailleurs ma pratique serait en contradiction avec mes idées. Les deux notions sont précieuses, à condition de ne pas en abuser, surtout au détriment l’une de l’autre.

Quant au terme de « nivellement », nulle part je n’ai ajouté « par le bas ». J’ai pourtant déjà eu affaire à cette volonté. J’ai été affilié d’autorité à la FSGT par le biais du club omnisports de Villejuif dont j’avais créé la section d’escalade. J’y ai suivi un stage d’initiateur/équipeur, et la volonté politique était clairement affichée: toutes les voies doivent pouvoir être sorties, et en sécurité, par tous les grimpeurs. Ce qui menait directement à des aberrations du genre toutes les voies équipées pour le A0, avec un clou tous les mètres y compris dans les passages très en-dessous du niveau du crux. Heureusement cette démarche est extrêmement minoritaire, et a probablement disparu.
Par nivellement, j’entendais plutôt normalisation, et je voulais aussi traduire ce que disent les défenseurs de l’équipement lorsqu’il déclarent qu’une voie doit être accessible à tous ceux qui ont le niveau ( d’escalade pure ). Il ne s’agit pas vraiment de nivellement par le bas, puisqu’au contraire cela permettrait à tous de progresser techniquement en sécurité plutôt que de stagner dans le à-vue -avec-marge. C’est pourtant priver les grimpeurs d’autres dimensions ludiques, plus riches mais pas nécessairement supérieures.

L’inégalité d’accès entre une voie TA et une autre sportive, à niveau égal, n’est d’ailleurs pas que technique ou psychologique, mais tout simplement financière. Je ne suis toujours pas autonome matériellement pour aller dans n’importe quelle voie. Pourquoi? parce que pour être prêt à toute éventualité dans un terrain inconnu il faut disposer d’une quantité de coinceurs, friends ou autres qui outrepasse allègrement le prix d’un simple équipement en dégaines. Je suis absolument certain que c’est un des freins majeurs pour ceux que la pratique tenterait. La démarche d’équipement systématique procède donc bien d’une volonté « antiaristocratique », mais dans un sens un peu différent de celui que tu décris… Contrer cet argument passe par l’existence au sein des clubs d’une activité TA, avec initiation en toute sécurité aux techniques nécessaires (ce qui justifie le maintien de terrains faciles non équipés, quoi qu’en pense Sa Majesté Fara ), mais aussi la mise à disposition du matériel, par échange, prêt, mise en commun etc…
Est-ce que la formation des BE inclut la sensibilisation et la préparation à ce type d’activités? Une réponse négative expliquerait déjà bien des choses… Mais j’ai été très agréablement surpris de croiser au Caroux un des ex-moniteurs de la salle de Grabels encadrant une collective de débutants intégraux sur l’arête de la Tête de braque, et non à Valflaunès. Tout n’est pas perdu!

Posté en tant qu’invité par Christophe:

ce n’est pas faux, mais il faut comparer le cout d’un jeux de Friends/coinceur avec le cout global de l’activité escalade.
Ce cout global intégre :

  • corde (à changer tous les 3 ans)
  • chausson (à changer tous les 2 ans)
  • baudrier (à changer tous les 5 ans)
  • dégaines (sangles à changer tous les 5 ans), casques, mousquettons à vis, descendeur etc…
  • frais de transport
  • entrée dans une salle/pan
  • fringue
    etc…

Au final, le cout des coinceurs/friends n’est pas si élevé que cela car c’est du matos qui s’achétent quasiment pour la vie et qu’il est possible de partager avec son partenaire.

C’est pourquoi, je ne pense pas que la contrainte soit financière mais plutot psychologique.

Posté en tant qu’invité par Etienne:

Tu compares deux types d’achats un peu trop dfifférents.

D’un côté, le matériel nécessaire et suffisant pour le sportif, cordes, dégaines, baudrier, chaussons, descendeur, soit à peu près 500 €. C’est déjà lourd pour le budget d’un étudiant, jeune, stagiaire… Si il lui reste des sous, et qu’il les consacre à l’achat de quelques coinceurs, et que du coup il n’a plus de quoi se payer le voyage, à quoi ça sert? OK, il devra tout racheter dans un délai de 3 ans, mais il aura eu le temps de se refaire.

De l’autre, toujours les mêmes 500€ pour le même matériel, toujours nécessaire mais cette fois insuffisant pour le TA. Il devra en plus se payer coinceurs et friends. Surcoût pour un jeu de chaque: 800 à 1000 €, soit un budget de départ triplé. Là, autant dire que c’est trop pour la plupart des débutants, surtout si ils ne savent même pas si l’activité va vraiment les brancher.
Or je ne parle que d’un jeu de chaque. Dès que tu attaques des voies comportant des fissures bien régulières, tu as vite fait d’être obligé de poser plusieurs exemplaires du même n° de coinceur par longueur. Avec les friends on peut jouer sur des 1/2 tailles, avec des hexentrics on peut aussi gagner quelques mm en profitant de l’asymétrie des différentes faces, avec des bicoins il y a souvent une seule taille qui convient. Donc en réalité tu as vite fait de te retrouver avec 2-3 jeux complets de protections, soit pas loin de 3000 € de matos ( et je n’ai même pas compté tous les autres « accessoires », casque, sangles, plaquettes, mousquetons à vis, shunt, nut-key, sac de grimpe…). Pas démocratique du tout . Tu ajoutes que au moins ce matériel-là c’est pour la vie. On ne doit pas avoir les mêmes seconds. Les miens en laissent en moyenne trois par an qu’ils ne sont pas arrivés à récupérer et qu’il faut donc racheter - OK, ce sont le plus souvent des stoppers, moins chers que les friends.

Ajoute ce frein économique à un petit blocage psychologique, et tu arrives au renoncement. Quand les adultes ont enfin les moyens de se payer le matos, ils ont pris l’habitude de grimper sur du terrain équipé, et perdu le goût de l’aventure ( et quand il le retrouvent enfin, c’est plutôt pour les aventures… coquines ). Bref, c’est râpé.

Posté en tant qu’invité par Christophe:

Ton calcul n’est pas valable car tu compare les couennes au TA.
Les autres « accessoires » sont déja pour la plupart necessaire pour faire des grandes voies sportives.
Tu ne prends pas en compte

  • les déplacements qui est probablement le poste de dépense le plus important (voiture, camping etc…).
  • l’inscription à un club, à une salle
    etc…

Par ailleurs, en France il n’y a pas besoin d’avoir 2 jeux de friends/coinceur dans la plupart des voies.

Change de partenaire car pour ma part je n’ai laisser qu’un friend en plusieurs années de pratique et j’ai trouvé plus de stoppeur que j’en ait laissé :slight_smile:

Attention, je ne dis pas que le matos est gratuit. Mais c’est comme pour tous les sports. Au début pour débuter tu empruntes du matos et ensuite tu achétes.
Combien coute une semaine de ski avec tous le matos : 3000 balles à l’UCPA et tu n’as pas les fringues.