Posté en tant qu’invité par circus:
Chose promise chose due, meme si une petit retard est intervenu entre la promesse et la réalisation :-(( …
Tout d’abord, tout point de vue étant biaisé par les inclinations de son auteur, je me dois de présenter ma position sur la question : le T.A. doit rester du T.A., mais l’utilisation de spits n’est pas à proscrire (une sorte d’éthique Piola en quelque sorte).
Alors, pourquoi n’y a-t-il pas de problème de rééquipement en Espagne? Et tout d’abord, que signifie cette affirmation?
Elle veut dire deux choses:
1/ On trouve un très grand nombre de falaises majeures consacrées au TA (Montrebey, Roca del Arcs…), sites qui en France auraient majoritairement été spités dans l’ensemble, alors que là-bas c’est l’inverse qui s’est produit : elles sont restées vouées au TA et les voies spitées sont minoritaires. Pour ceux qui ne connaissent pas le coin je vous renvoie au site de Rémi Thivel, qui vous propose une visite photographique de ces parois à coté desquelles le Verdon patit de la comparaison.
http://www.remi-thivel.com/photos/archpyr/montrebey/index.htm
2/ Le rééquipement des anciennes voies TA ne déclenche pas une vague de fureur outragée parmi la communauté grimpante, ni d’actions regrettables du type saccage des points nouvellement installés. Je n’ai jamais vu d’Espagnols revenir au refuge dégoutés de s’etre crus partis dans du terrain montagne alors qu’ils ont fait la voie sans avoir placé une seule pince-à-sucre… Ce qui nous est tous malheureuseument arrivé en France ces derniers temps.
Voici donc quelques pistes de réflexion sur ce sujet hautement polémique et qui nous tient à coeur.
Je crois que la réponse est simple, très simple… Chez les Espagnols il n’y a pas de coupure entre les deux pratiques, TA et grimpe dite sportive. Tous ont le sentiment de faire la meme activité et surtout, TOUS font les deux pratiques!! Car la grande différence avec nous est là : ils sont éduqués à toutes les formes de grimpe, du pan au tapage de clous. Il y bien comme chez nous une spécialisation en fonction des gouts, mais dans l’ensemble tous partagent une palette d’expérience des différents aspects de notre sport bien plus riche que la notre, et surtout infiniment moins cloisoinée.
Les conséquences de cette polyvalence générale vous paraitrons simples et logiques : quand la voie est en TA, on la parcourt en TA (et on la laisse en TA! Voir les réflexions ci-dessous sur les conditions d’un rééquipement), lorsqu’on a envie d’ouvrir une voie équipée, on le fait en évitant de trop empiéter sur les voies TA d’à-coté. N’étant pas enfermé dans un type de pratique, le réflexe de la préservation leur vient immédiatement et naturellement.
Le cas de la Roca del Arcs peut nous servir de cas d’école (voir le site http://www.onaclimb.com/panorams/index.htm pour une vue des différentes parois espagnoles). Sur cette falaise de 250 metres, on trouve une centaine de voies de tous les styles, équipées, semi-équipées, TA totalement, artif entier ou artif d’apprentissage… Bref, vraiment tous les genres!!! Et vous n’avez qu’à choisir en fonction de l’envie et de la forme du moment. On retrouve sur cette paroi toutes les étapes chronologique de la grimpe, toutes cohabitant et aucune n’ayant exercé sa domination au détriment des autres en les effaçant du rocher. Et comme par hasard, on ne trouve aussi nullement personne pour venir mettre un autre équipement que celui voulu par les auteurs… Sauf quand cela est le fait meme des auteurs.
Car effectivement le rééquipement se fait souvent de manière intelligente, cohérente et concertée. Ce que je vais dire maintenant correspond à une discussion passionnante que j’ai eu cet été avec Miquel Sanchez, le gardien du Refuge Ventosa dans le coin des aiguilles de Travessani. Nous y avons passé 6 jours, acceuillis comme des rois (pour une fois que des pyrénéens français venaient chez eux, nous ont-ils dit… « Eh les mecs, bougez-vous et sortez un peu de l’Ossau!! »).
Alors que nous rentrions d’une journée de grimpe à l’Agulla Mangades où nous avions fait deux voies, la première entièrement sur spit, la deuxième semi-équipée, c’est-à-dire relais sur spit uniquement car tout le reste se protégeait parfaitement avec l’équipement TA habituel, je lui ai demandé comment se faisait-il que les voies étaient en partie équipées alors que le topo n’en disait rien. Miquel m’a répondu que les ouvreurs étaient répassés depuis pour sécuriser les relais qui n’offraient pas de véritable protection lorsqu’ils étaient sur pitons, comme c’était le cas depuis l’ouverture.
Pas folle la guèpe, j’en ai profité pour lui demander si le rééquipement des voies posait problème chez eux aussi et qui rééquipait une voie. Sa réponse fut édifiante : ce sont les ouvreurs qui décident du rééquipement, ou alors si quelqu’un a envie de rééquiper une voie, il pose la quesion de l’accord aux ouvreurs. Dit comme ça, ça parait très simple en effet… De plus, ce sont les auteurs qui décident de la forme du rééquipement: tout spité, juste les relais, relais plus quelques points… Pour ce que j’ai pu en voir lors de ce séjour, le rééquipement total n’existe pas; rien de surprenant là-dedans mais au contraire une parfaite cohérence avec leur habitude de pratiquer le TA (la voie entièrement spitée parcourt le flanc droit d’un immense dièdre et n’offre pas de possibilité de placer des protections autres que des spits)
J’ajouterai que son avis est particulièrement autorisé puisqu’il a ouvert de nombreuses voies dans son coin, qu’il en a rééquipé certaines, que d’autres sont entièrement laissées dans l’état de l’ouverture, etc… Et durant ce séjour, sur ses conseils, nous avons pu enchainer tous les types de pratique en fonction de notre humeur du moment. Je terminerai en précisant que néanmoins la très grande majorité des voies du coin demeure dans l’état de l’ouverture, avec une philosophie résolument alpiniste.
Voilà en quelques lignes du grain à moudre pour nous grimpeurs français, tous très suceptibles et jaloux de leur terrain de jeux.
Ces quelques réflexions ne se veulent pas une présentation de tout ce qui se passe en Espagne, dont je ne connais que l’aspect pyrénéen et TA. Ce pays ne se résume pas qu’à ses parois TA, les spécialistes des colonnes vous le diront mieux que moi. Toutefois, je le considère plein d’enseignement enrichissant pour la question du rééquipement.
Et vous, qu’en pensez-vous?


