Posté en tant qu’invité par Step’:
Nuit fraîche.
Réveil glacial.
La différence ?
Une bonne dizaine de degré.
L’absence de matelas n’a pas arrangé les courbatures.
« Il est quelle heure ? (Julien) »
Julien n’est pas encore bien acclimaté à notre périple.
Je le rappelle, pour les distraits (et les franc-comtois*) : nous n’avons absolument aucun moyen de savoir l’heure.
La question de Julien entraine donc des réponses diverses, selon l’interlocuteur et son degré d’éveillement.
« 7h31. (AnSo) »
« Grblmbmrtmln. (Johann) »
« On s’en fout ! (Phan) »
« Ouais ! (Jisse) »
« Voyons, AnSo, vous plaisantez ? Regardez plus attentivement la position du soleil. C’est simple : on ne le voit pas. Selon l’orientation NO de notre vallée - qui, je le précise, est une vallée glaciaire - s’il était vraiment 7h31, comme vous le prétendez, nous devrions voir ses premiers rayons sur l’aiguille de Bionnassay. Les voyez-vous ? Non. 7h, au plus tard. (votre serviteur) »
Pour vérifier mes dires (ça m’énerve, ça m’énerve), quelques têtes sortent furtivement des tentes, après avoir, pour les plus réveillés, dézippé la moustiquaire.
Des têtes curieuses.
Cheveux en bataille.
Joues rouges.
Yeux collés.
Duvet qui remonte jusqu’au menton.
« Vache ! Y’a du givre sur les tentes. (Johann) »
« 1°C, grand maximum. Nous n’aurions pas eu cet inconvénient si vous vous étiez abstenu de respirer inutilement. (votre serviteur) »
« Bon. Je vais prendre ma douche. Où est le savon ? (Phan) »
Et là, sous nos yeux médusés, il se passe un truc incroyable. Extraordinaire. Vous n’allez pas me croire - c’est pas grave, j’ai l’habitude.
Phan sort de la tente, en caleçon et T-shirt, et se dirige, d’un pas nonchalant, vers le ruisseau tout proche.
Le ruisseau qui sort du glacier de Miage.
Arrivée à bon port, elle ôte le T-shirt, et fait trempette.
Non, elle n’ôte pas le caleçon. Elle sait que désormais, ce sont au moins quatre têtes qui scrutent la suite des évenements.
« P… ! Comment elle fait ?? (Jisse) »
« Incroyable… Ho, les gars, on va pas se laisser ridiculiser ? Faut qu’un mâle se dévoue. (Johann) »
« On te regarde. (Julien) »
« Bof. Je l’ai déjà fait. Au début, ça brûle, mais on s’y fait très vite. Bon, ce matin, j’ai pas la forme. (votre serviteur) »
« Si elle tombe dans les pommes, j’interviens. Le temps de sortir du duvet, d’enfiler 4 pulls, et j’interviens. (Johann) »
Hélàs, Phan ne tombe pas dans les pommes (à propos de pommes… non, rien). Et c’est tout naturellement qu’elle revient, propre et rasée de frais, dans la nuit finissante de ce matin glacé.
Après un petit déjeuner vite expédié pour cause de caillante infernale, une petite clope qui nous confirme dans notre statut d’adulte en devenir - ça ne saurait tarder - nous remballons notre campement.
Nous ne prenons pas la peine de secouer les toiles de tente avant de les plier.
« En devenir », j’ai dit.
Puis c’est le départ.
Notre but est en vue : le col de tricot, 2120m.
- 560m, indique le topo, implacable.
Au début, tout se passe bien. Nous marchons vite, éperonnés par le froid et les douleurs diverses (ampoules, courbatures, amour propre). En milieu de peloton, je surveille mon troupeau.
Puis c’est le drâme.
« Mes lunettes de soleil ! (AnSo) »
AnSo a oublié ses lunettes de soleil aux chalets, 200m plus bas.
C’est de la marque.
L’oubli des lunettes de soleil menace de doubler le budget de notre périple.
Il faut faire quelque chose.
« Bon. On t’attends. (votre serviteur) »
« Mais… Je suis malade, ça me fatigue terriblement… (AnSo) »
« T’inquiètes, on t’attendra tout le temps qu’il faudra. (votre serviteur) »
« Enfin, mon beau, mon doux, mon adorable compagnon de vie (en certaines circonstances, les filles n’hésitent pas à mentir. Je préfère vous prévenir.), vous n’avez donc pas de coeur ? (AnSo) »
« Non. Par contre, j’ai un cerveau. (votre serviteur, qui sait mentir également, quand la nécessité s’en fait sentir) »
AnSo en sera quitte pour un aller-retour express jusqu’au lieu du délit.
Je sais ce que vous pensez.
Mais, non, ce n’est pas de la cruauté.
Du pragmatisme, tout au plus.
D’ailleurs, l’avenir me donnera raison : AnSo n’oubliera plus ses bijoux aux bivouacs.
Merci qui ?
Entre temps, le soleil n’a pas daigné se lever.
Soit il fait la grasse mat’, soit on est partis plus tôt que prévu.
La petite troupe repart dans la froidure et l’ombre bionnassaysque.
Pressés d’arriver, mes compagnons pressent le pas. Enfin, autant que faire se peut, avec le gros sac, les courbatures, le zona intercostal.
Au col, c’est l’illumination.
Soleil droit devant.
Le glacier de Bionnassay a mis les feux de route.
On en prends plein les yeux pour pas un rond.
Hein, que c’était une bonne idée, de venir faire de la montagne ?
La rencontre de randonneurs nous permet de nous encquérir de l’heure. 8h. Vache. On s’est levé vers 5h30. Dire que, quand c’est pour aller au lycée, certains (que je ne citerais pas) n’attérissent pas avant midi.
La rencontre d’un troupeau de moutons nous permet de nous délester d’une bonne moitié des ordures ménagères de la veille. Ça bouffe n’importe quoi, un mouton.
A la descente, la température s’envole.
Nombreuses pauses réhydratantes.
Il me semble aussi que je nous ai un peu paumé, sur la fin. Je me souviens vaguement d’errances, sur quelque pierrier instable, entre les rives droite et gauche du glacier de Bionnassay. J’ai dû trouver un raccourci, ou un truc du genre. Mais ça m’étonne de moi.
Survient ensuite une montée, que j’ai promis très brève.
(
Remarquez bien que je ne sais pas pourquoi je me suis emmerdé à promettre quoi que ce fût.
Après tout, ce sentier, c’est pas moi qui l’ai fait.
Que j’eûsse à le tracer, je l’aurait fait vachement plus plat. Sans blague. Monter de 560m, descendre de 570, remonter de 230, non mais qu’est-ce que ça veut dire ? Un tunnel sous le col de Tricot, un petit coup de dynamite pour faire remonter le glacier de Bionnassay d’un chouille, et ça passe avec une montée progressive des chalets de Miage jusqu’à l’hôtel Bellevue. Dans le tunnel, on mettrait les photos de ce qu’on verrait si c’était pas un tunnel, avec des filles en bikini sans piercing au premier plan. Sous le glacier, on mettrait des bouts de séracs dans des congélos géants en plexiglass. Comme ça, le passant serait instruit. Il s’extasierait devant les merveilles de la nature, et serait vachement plus respectueux.
Bref, les promesses, stratégiquement, c’est pas une bonne idée.
Conseil : commencez toujours par « l’IGN dit que… » ou « d’après l’IGN ».
Inutile de s’engager personellement.
Vous éviterez plus facilement les remarques qui suivirent.
)
De « on est bientôt arrivé » en « ce coup-ci, c’est sûr, on arrive », nous progressâmes péniblement à travers la forêt.
Nous ne nous éloignâmes cependant jamais du but, et finîmes donc, fatalement, par l’atteindre.
L’hôtel Bellevue, planté au beau milieu d’une colline sans grâce, entouré de voies de chemin de fer et autres remontées mécaniques, guettait naïves et naïfs.
- : comment je sais que les franc-comtois sont distraits ?
Ma longue expérience de la bête, déjà.
Mais surtout, regardez : ils ont oublié le « p » après le « om ».
Et ça vient nous donner des leçons d’orthographe…
[%sig%]