Posté en tant qu’invité par Step’:
Buse a écrit:
Et je veux bien l’anecdote croustillante de l’autostop avec les
mannequins de lausanne
Ça ne m’étonne pas de toi, espèce d’obsédé.
Puisque c’est comme ça, tu auras celle du vieux pervers.
Ça te donnera une idée de ce que les jolies filles supportent au quotidien.
Auto-stop au parc Mistral, Grenoble.
Ouais, je sais, c’est pas le meilleur endroit pour auto-stoper.
La technique est toujours la même : sourire enjôleur, bout de piolet qui dépasse du sac pour appater le collègue alpiniste ou le touriste en mal de sensation forte qui veut que je lui raconte le Mont Blanc (je l’ai pas fait, mais je le raconte très bien), et décourager le malhonnête.
Aujourd’hui, ça mord, puisqu’à peine dix minutes plus tard, une grosse berline s’arrête.
Au volant, un homme, la soixantaine avouée (70, donc), costume deux pièces, passe la tête par la vitre.
« Vous allez où ? »
« Albertville. »
« Bon, je vais à Chambéry, je veux vous déposer vers Chignin. Montez. Vous pouvez mettre votre sac sur la banquette arrière. »
Sur la banquette arrière, s’empilent pêle-mêle quelques journaux qu’on qualifie pudiquement de « pour adultes », alors qu’en fait, c’est juste des vulgaires (le mot qui suit ne passe pas l’anti-spam c2cien).
« Pour adultes », tu parles, tu crois qu’ils bouquinent quoi, les collégiens ?
On allait les acheter la peur au ventre.
De nos jours, avec internet, c’est quand même plus simple pour nos gamins. Sauf qu’après, le PC est tout vérolé, et qui c’est qu’on appelle pour venir formater le disque dur ? Bibi… Ne répondez jamais aux spams, même si le pénisse enlarger est ultra-soldé.
Bref, je pose mon sac délicatement, pour ne rien froisser, et je m’installe sur la place du blessé grave (une berline, tu parles, le mort, il sera dans l’autre voiture).
Et nous voilà partis.
« Ha, excusez-moi, j’ai laissé trainé des journaux pour adultes… Ça ne vous a pas choqué, j’espère ? »
« Noooon… »
Il me prend pour qui ? J’ai déjà vu des femmes nues. En très gros plan, dès le jour de ma naissance.
« Ha ? Vous en avez déjà lus ? »
« Bein… ça a pu m’arriver… »
« Vous préférez les couples ou les femmes seules ? »
Là, ça commence à sentir mauvais. Autant, je n’ai rien contre un peu de grivoiserie, comme ça, en passant, autant faudrait pas qu’on s’attarde trop non plus, parce que le trajet est encore long.
Je tente habilement de noyer le poisson.
« Heu… Le fond de l’air est frais… Halala, c’est joli, la montagne, quand même… »
Pendant dix ou vingt kilomètres, nous roulons paisiblement. Je suis rassuré.
Puis le type revient à la charge.
« Et quelles sont vos positions préférées ? »
« Heu… La brouette austro-hongroise, c’est pas mal… où le dromadaire paraplégique… mais je suis pas un spécialiste, hein… »
« Et le missionnaire-qui-a-trop-bu, vous connaissez ? »
Bon. Ça devient franchement lourdingue.
Un coup d’oeil sur la banquete arrière m’apprend que le piolet est à portée de main.
Courage : plus que trente bornes.
« Halala… Quelle belle lumière, j’adore la dent de Crolles sous cet angle… »
S’ensuit un court moment de tranquilité.
Puis le vieux revient à la charge.
« Le dernier auto-stopeur que j’ai pris, il était super sympa. On s’est arrêté un petit moment, pour feuilleter les magazines… »
« … à gauche, là, c’est le grand pic de Belledonne… »
« Si vous voulez, je vous emmène jusqu’à Albertville ? On trouvera bien un petit coin tranquille sur les bords de l’Isère… »
Je suis descendu à Chignin.
Maintenant que j’y pense, le type a dû retourner à Grenoble, voir si y’avait pas un autre auto-stopeur.
Plus sympa que moi.
Qu’on ne s’y trompe pas : je suis du genre à respecter mes ainés.
Mais y’a des limites.