Les voies du seigneur (TMB, part I)

Posté en tant qu’invité par Step’:

Bertrand a écrit:

Presque de quoi concurrencer « La
Croix de Belledonne » que j’achèverai la semaine prochaine sous
les tempêtes de Narvik…

Tu nous prépare une histoire ?
Chouette.
Tu vas voir, ça paye assez bien.

Finalement pour quelqu’un qui devait rotir en enfer tu sembles
avoir plutôt bien tourné.

En tout cas je n’ai jamais recommencé.
Ça me tourmente encore.
Même si, de toute évidence, quelqu’un les avait oublié, ces foutus piochons…

Posté en tant qu’invité par Marc:

apres tant d’annees, j’ai enfin des nouvelles de mes piolets !!!
ils vont bien j’espere ? tu en as pris le + grand soin ?

par contre depuis le temps, je ne me souviens plus de la marque ni de la couleur. ils m’avaient ete offerts par une ex avec qui ca s’est mal passe donc j’ai fait le vide depuis.

tu as raison, ils portent LE malheur… bonne chance a toi, je ne reclame pas mon bien :wink:

Posté en tant qu’invité par La voie du Seigneur:

Step’ a écrit:

En tout cas je n’ai jamais recommencé.
Ça me tourmente encore.

Bien …
Très bien …
Trrrrrès bien, même !

Allons, je vois que je sers encore à quelque chose.

Si, si : tourmenter les gens, ça me plait assez, en fait.

Posté en tant qu’invité par La voix du Seigneur:

Arggghhh !

Désolé : chacun aura réctifié l’orthographe de mon pseudo.
D’avance : merci !

Posté en tant qu’invité par Step’:

Ça veut faire le malin, et ça sait même pas écrire correctement…

Posté en tant qu’invité par La voix du Seigneur:

Step’ a écrit:

Ça veut faire le malin, et ça sait même pas écrire
correctement…

Continue comme ça, et tu en déduiras que Qui tu sais est comtois !

Tssss…
Et pourquoi pas ardéchois, tant qu’à faire, hummm ???

Posté en tant qu’invité par Step’:

Buse a écrit:

Et je veux bien l’anecdote croustillante de l’autostop avec les
mannequins de lausanne

Ça ne m’étonne pas de toi, espèce d’obsédé.
Puisque c’est comme ça, tu auras celle du vieux pervers.
Ça te donnera une idée de ce que les jolies filles supportent au quotidien.

Auto-stop au parc Mistral, Grenoble.
Ouais, je sais, c’est pas le meilleur endroit pour auto-stoper.
La technique est toujours la même : sourire enjôleur, bout de piolet qui dépasse du sac pour appater le collègue alpiniste ou le touriste en mal de sensation forte qui veut que je lui raconte le Mont Blanc (je l’ai pas fait, mais je le raconte très bien), et décourager le malhonnête.

Aujourd’hui, ça mord, puisqu’à peine dix minutes plus tard, une grosse berline s’arrête.
Au volant, un homme, la soixantaine avouée (70, donc), costume deux pièces, passe la tête par la vitre.
« Vous allez où ? »
« Albertville. »
« Bon, je vais à Chambéry, je veux vous déposer vers Chignin. Montez. Vous pouvez mettre votre sac sur la banquette arrière. »

Sur la banquette arrière, s’empilent pêle-mêle quelques journaux qu’on qualifie pudiquement de « pour adultes », alors qu’en fait, c’est juste des vulgaires (le mot qui suit ne passe pas l’anti-spam c2cien).

« Pour adultes », tu parles, tu crois qu’ils bouquinent quoi, les collégiens ?
On allait les acheter la peur au ventre.
De nos jours, avec internet, c’est quand même plus simple pour nos gamins. Sauf qu’après, le PC est tout vérolé, et qui c’est qu’on appelle pour venir formater le disque dur ? Bibi… Ne répondez jamais aux spams, même si le pénisse enlarger est ultra-soldé.
Bref, je pose mon sac délicatement, pour ne rien froisser, et je m’installe sur la place du blessé grave (une berline, tu parles, le mort, il sera dans l’autre voiture).

Et nous voilà partis.

« Ha, excusez-moi, j’ai laissé trainé des journaux pour adultes… Ça ne vous a pas choqué, j’espère ? »
« Noooon… »
Il me prend pour qui ? J’ai déjà vu des femmes nues. En très gros plan, dès le jour de ma naissance.
« Ha ? Vous en avez déjà lus ? »
« Bein… ça a pu m’arriver… »
« Vous préférez les couples ou les femmes seules ? »

Là, ça commence à sentir mauvais. Autant, je n’ai rien contre un peu de grivoiserie, comme ça, en passant, autant faudrait pas qu’on s’attarde trop non plus, parce que le trajet est encore long.
Je tente habilement de noyer le poisson.
« Heu… Le fond de l’air est frais… Halala, c’est joli, la montagne, quand même… »

Pendant dix ou vingt kilomètres, nous roulons paisiblement. Je suis rassuré.
Puis le type revient à la charge.

« Et quelles sont vos positions préférées ? »
« Heu… La brouette austro-hongroise, c’est pas mal… où le dromadaire paraplégique… mais je suis pas un spécialiste, hein… »
« Et le missionnaire-qui-a-trop-bu, vous connaissez ? »

Bon. Ça devient franchement lourdingue.
Un coup d’oeil sur la banquete arrière m’apprend que le piolet est à portée de main.
Courage : plus que trente bornes.

« Halala… Quelle belle lumière, j’adore la dent de Crolles sous cet angle… »

S’ensuit un court moment de tranquilité.

Puis le vieux revient à la charge.

« Le dernier auto-stopeur que j’ai pris, il était super sympa. On s’est arrêté un petit moment, pour feuilleter les magazines… »
« … à gauche, là, c’est le grand pic de Belledonne… »
« Si vous voulez, je vous emmène jusqu’à Albertville ? On trouvera bien un petit coin tranquille sur les bords de l’Isère… »

Je suis descendu à Chignin.

Maintenant que j’y pense, le type a dû retourner à Grenoble, voir si y’avait pas un autre auto-stopeur.
Plus sympa que moi.

Qu’on ne s’y trompe pas : je suis du genre à respecter mes ainés.

Mais y’a des limites.

Posté en tant qu’invité par visse:

Excellent,

le vieux, il devait vouloir réveiller 2-3 souvenirs, ta bonne conscience altruiste aurait due te dicter de lui tenir la conversation !!

Posté en tant qu’invité par grimpeur13:

et depuis, il n’amène plus de Bolini au refuge !

Posté en tant qu’invité par pierre:

Step’ a écrit:

Y’a pas à dire : mes potes sont vachements plus sympas que les
vôtres.

Et tes nuits, hein ?
Comment qu’elles sont, tes nuits ?
Par rapport à nos jours …

Si tu ne sais qu’en faire, tu peux toujours les utiliser à nous paufiner la suite : depuis le 13 avril, 2 H 07, les voies du seigneur restent impénétrables …

On commence à s’ennuyer.

Posté en tant qu’invité par pierre:

Step’ a écrit:

L’hôtel Bellevue.

Nous nous contenterons de trois omelettes pour six. Soit 90
francs, pour un oeuf par personne.

Et les fraises, après l’omelette de famine, elles étaient à combien, les fraises ?
Non, parce que j’essaye de suivre les méandres de l’urbaine pensée …
Même que ça n’est pas si facile.
Par exemple, je n’ai pas réellement compris le rôle du chien de l’hôtel, dans la fabrication de l’omelette.
Par exemple.
J’ai d’autres lacunes … mais pour l’instant ce qui me titille, c’est la suite de l’itinéraire.

Donc, après l’hôtel Bellevue, notre sympathique bande de djeunes s’est mise en route vers … vers ???

Ps : si tu crois qu’on a oublié le TMB, ce que tu te goures, fillette, fillette, ce que tu te goures !
Pis : compte sur moi pour faire régulièrement remonter le sujet.
Ne me remercie pas.
Ç’est tout naturel.

Posté en tant qu’invité par Jah Rastafaraï:

Ha ! pierre…

Comme je regrette de ne pouvoir t’alimenter quotidiennement.

Ceci dit, tu as une benne de retard : nous sommes au plan de l’aiguille.

Posté en tant qu’invité par pierre:

Jah Rastafaraï a écrit:

Ceci dit, tu as une benne de retard

Tu veux dire plusieurs bennes de retard !
Et de manière chronique, en plus.

« Pardonnez-moi, Sire, si je
Suis bougrement moyenâgeux ! »

M’enfin, sur ce coup là: non, mon orientation spatio-temporelle était curieusement calée sur celles de mes contemporains.
Simplement, il m’a paru plus facile de faire une association entre des fraises et une omelette, qu’entre des fraises et des pioch’ … disons : empruntés… (Pourquoi utiliser un vocabulaire trop suggestif, trop cru, voire franchement vulgaire?, hein : pourquoi ?.. Et puis, j’ai toujours été partisan de la réappropriation prolétarienne… Oui, oui : je sais : par les temps qui viennent, il vaut mieux parler de ces choses-là à voix basse …).

OK, nous saurons être patient, mais causer un peu fait tout de même remonter le sujet !

Posté en tant qu’invité par Step’:

Quel monde enchanteur que le plan de l’aiguille.
Partout, ce ne sont que creux et collines verdoyants, parsemés de petits rochers, de torrents et de flaques dans lesquelles se reflètent les aiguilles de Chamonix.
Bon, c’est sûr que quand on lève la tête, ça rigole moins.
De l’aiguille du midi à Blaitière, les pics acérés le disputent aux glaciers précaires, et comme tout ce beau monde regarde quand même pas mal vers le nord, brrrrrrrrrrr…
C’est quafi* de voies.
D’ailleurs, faites gaffe, si vous y allez de nuit, à pas marcher sur un anglais.

Au sortir de la benne, les chenapans s’éguaient, tels des cabris impatients, et en moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire, se dispèrsent dans la nature.
Votre serviteur, heureux possesseur de deux piolet dont il brûle de se servir, a décrété quartier libre : chacun va là où le conduit son incitation naturelle.
Julien obsèrve l’alignement des rochers, et émet des hypothèses quant à leurs masses volumiques comparées.
Johann reluque les hollandaises, surtout celles en short.
Jisse s’allonge et ouvre -enfin ! - un bon Henry James.
AnSo se lave.
Phan dort.

Puis, le soleil déclinant, nous nous retrouvons, comblés, autour des sacs, et choisissons avec soin nos emplacements pour la nuit.
Les lieux plans et moelleux se retrouvant principalement au fond des creux ou au sommet des bosses, nous établissons le campement le long d’un vallon miniature.

Si j’en crois le carnet de doléance, la nuit fût fraiche.

Le lendemain, Yohann et moi gravîmes brillament les Petits-Charmoz par le pilier S.
Une ascension sans problèmes majeurs.
Sauf qu’on a pas trouvé le sommet.
Ni le pilier S.

Je le savais, qu’il fallait pas les prendre, ces foutus piolets.

Un peu de médecine, maintenant.
AnSo est bien mal en point.
Accompagnée de son fidèle JC, elle s’en va quérir des soins à Chamonix.
3h de descente. Il était temps qu’elle s’occupe de sa santé.
Le premier pharmacien rencontré lui explique qu’il veut bien lui vendre des médicaments, mais qu’ils seront de toute façon inopérant.
Que pour un zona intercostal, le mieux, c’est d’aller voir madame Machin, voici ses coordonnées.

Nos amis débarquent donc chez madame Machin.

Témoignage d’AnSo :
« Pas sorcière avec verrue sur le nez, non, mère de famille avec gentils geraniums dans son jardin. Elle regarde, appose les mains (sans toucher), c’est fini, et gratuit en plus, les jeunes je sais que vous n’avez pas beaucoup d’argent. »

Le zona disparaitra dans les trois jours.
L’argent sera utilisé dans le supermarché le plus proche.
C’est que ça bouffe, un adolescent.

A leur retour, heu, et bein, rien, je crois qu’il ne s’est rien passé.
Enfin, je subodore - de toute façon, j’étais pas là.

A notre retour, nos amis fêtent dignement notre demi-victoire avec du riz cru.
Ça, du riz, y’en a.
Nos champions nous en ont acheté des tonnes.
Mais du gaz pour le réchaut, y’en a plus.

Après ce repas martial, nous nous installons pour le spectacle : un vif orage s’annonce.
Et les orages, en montagne, c’est beau, bien avant d’être dangereux.

On l’entends d’abord gronder au loin, du côté du Léman.
Les premiers éclairs francs sont salués par des ovations.
Le violent coup de vent qui suit stimule les coeurs.
Les trombes d’eau et de grêle dispèrsent les malheureux.

La fameuse nuit du vendredi 9 au samedi 10 juilllet 1993 venait de commencer.

  • : je vous conseille de googliser quafi. F’est tordant.