Les voies du seigneur (TMB, part I)

Posté en tant qu’invité par Step’:

Avertissement :
si vous pouvez lire ce message, c’est qu’il a passé, par je-ne-sais-quel miracle, l’antispam.
Ce n’est pas une raison pour le lire.
Il est notament fortement déconseillé aux depressifs de tout poils. A écailles, aussi.
Il est également déconseillé aux impatients : le fameux carnet n’est pas arrivé, la suite viendra, mais en son temps. Au siècle prochain, peut-être.

Aux optimistes adeptes de la méditation transcendantale : bonne lecture.


La Beauce, il faut le voir pour le croire.
La beauce : un habitant tous les 100 000 hectares. Un agriculteur, évidemment. Il a racheté toutes les terres environnantes. Sa maison se voit à dix kilomètres à la ronde. Forcément : on a tout dégagé. Les arbres, les bleds, les futaies. On a fait table rase - le terrain s’y prête - pour permettre la culture de la betterave.
Pour trouver femme, vu qu’aucune française n’accepterait d’aller s’enterrer en ces lieux maudits, il faut passer par une agence, qui fournit gracieusement des russes ou des malgaches. Jeunes, jolies. Pour deux russes achetées, une malgache offerte. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour un visa…
En beauce, quand le soleil se couche, on est pris d’une furieuse envie de se pendre. Mais on peut pas : y’a pas d’arbres.

La sologne… circulez, y’a rien à voir.
De toute façon, si y’a un truc à voir, c’est une propriété privée : défense d’entrer, pièges à loups.
Là, par contre, c’est plein d’arbres. Ça facilite la pendaison.
La forêt pullule de sangliers, de chevreuils, de cerfs, de lièvres, de renards, de piafs de toutes tailles.
C’est le paradis du chasseur. Le sanglier se tire, le chevreuil se tire, le lièvre se tire. Mais c’est compliqué, parce que, pour ne pas être tiré, le gibier se tire. Le gibier n’est pas coopératif.
Le renard ne se tire pas : il est généralement plus rusé que le chasseur.
Pour le piaf, c’est plus simple. On l’élève, on le gave, puis on le lâche. A l’automne, on le voit errer sur le bord des nationales. « Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », semble-t’il se demander. Quand le chasseur arrive, il dit « petit-petit-petit », et le piaf vient chercher sa becquetance. Il se la prend en plein entre les deux yeux, ça lui arrache la tête, non mais franchement, quel con, bien fait pour lui.
Pour le cerf, il existe une variante intéressante : on lui lâche les chiens. Quand les chiens ont bien mordus, les chasseurs arrivent, à cheval, et achèvent la bête, puis se partagent les abattis. Double avantage : c’est les chiens qui se tapent toute la traque, c’est le cheval qui se tape toute la marche. La classe.

Coincée entre beauce et sologne, Orléans hisse bien haut les couleurs de la région centre.
Les loisirs y sont légions : golf, alcool, meumeu, coke, champignons hallucinogènes et teuteu pour les plus pauvres.
Quand on a vraiment plus les moyens, pour se marrer un bon coup, on peut également se jeter sous un train, s’ouvrir les veines, ou se tirer un bon coup de chevrotine dans le bide - à condition d’avoir des parents chasseurs.

Au sud d’Orléans, à douze kilomètres très exactement, se trouve un quartier annexe, une « ville nouvelle » : La Source. C’est là que j’ai passé dix-sept années de ma courte vie.

Je cite Wikipédia :
« Il s’agit du plus vaste quartier d’Orléans… »

La classe.

« …où le lieu le plus important est l’Université d’Orléans… »

Là, tout de suite, ça en jette moins. En gros, ça signifie que si t’es pas étudiant, pour trouver un « lieu important », il va falloir prendre les transports en commun.

« …qui se trouve entourée de nombreuses entreprises et habitations, mais de peu de grands commerces. »

Bon, là, ça y est on est au coeur du merdier. Traduction : ville-dortoir.

« L’habitat est essentiellement en immeubles avec appartements à loyers modérés… »

Tu vois le tableau ? Sinon, je peux te faire un dessin, comme je dessine très mal, ça risque d’être pas mal conforme à la réalité.

« …avec parfois des problèmes inhérents aux cités des banlieues. »

Tout est dans le « parfois ». Parfois oui, parfois non. C’est clair ?

« Le quartier fait l’objet à ce titre d’un projet de renouvellement urbain signé avec l’ANRU. »

Haaa, les projets… Demain, j’arrête la dépression.

« Il existe plusieurs zones pavillonnaires plus cossues. »

Pour ne rien vous cacher, notre maison familiale se trouvait dans une de ces zones pavillonnaires plus cossues. Les sourciens l’appellaient « les cages à lapins ». Véridique - comme tout ce que je raconte.
Les « cages à lapins » étaient dotées de cours de tennis, d’une piscine ou le plongeon exposait dangereusement le plongeur de plus d’ 1m50 (j’y ai laissé des bouts de dents), et d’un lac-déversoir puant l’égout, grouillant de poissons-chats et de mobs volées, autour duquel nous aimions nous rassembler le soir pour jouer de la guitare et discuter filles, tout en fumant des trucs interdits. Les gitans du camp d’à côtés avaient exactement les mêmes goûts, d’où d’épiques rencontres.

Il existait trois types de maison : F3, F4, F5. Toutes sur le même modèle. Pratique : quand tu allais chez un copain, t’avais pas besoin de lui demander où se trouvait la cuisine. Et tu savais tout de suite si le papier-peint était d’origine, vu qu’ils avaient mis le même partout. Interdiction de repeindre les murs extérieurs, de toucher au toit : le quartier devait garder toute sa cohérence.
Les maisons étaient organisées en placettes. Chaque placette avait son fou-furieux. Sur la nôtre, le fou-furieux était dingue de sa voiture. Une fois, j’ai pris une claque, parce qu’avec ma soeur, on avait dessiné, avec nos doigts, des têtes de cochons sur le givre du pare-brise avant. Ma soeur, plus rapide, s’en était tirée sans dommage. Je me souviens encore de son nom : Monsieur Bolini (pas ma soeur, hein). Plus de vingt ans plus tard, j’ai encore des frissons rien qu’à prononcer son nom. Brrrrrr.

Les gars de l’aménagement du territoire, de vrais génies, avaient bien pris soin de séparer les quartiers riches des quartiers pauvres. Ici : les immeubles roses (peut-être ont ils été repeint depuis ?), avec ses chômeurs et ses smicards alcooliques, et de l’autre côté de la route, les « cages à lapins », avec ceusses qui ont de quoi se payer la coke pure.
Ces castes ne se mélangeaient pas, sauf à l’école, au collège et au lycée. Grâce à l’Education Nationale, on s’en est mis plein la gueule, ce qui nous a permis de nous cotoyer, parfois même de nous entendre (entre deux racquets), et d’avoir des réductions substancielles sur le teushi.

Pour survivre, dans un tel environnement, il n’y avait pas trente-six solutions : les études, ou la dope. La musique, éventuellement, mais je vous parlerais de Joy Division une autre fois.

Je suis un marginal.
J’ai opté pour l’alpinisme, dès l’âge de onze-douze ans, sans aucun savoir ni aucune expérience.

Les voies du seigneur…

Posté en tant qu’invité par Step’:

Incroyable…
Faudrait voir à remettre l’antispam à jour.

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Bolini,Bolini,Bolini,Bolini,Bolini,Bolini,Bolini,Bolini,
Bolini,
Bolini,
Bolini,
Bolini,
Bolini,
Bolini,
Bolini,
Bolini…

Ça calme, non ???

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par jc:

Tu ne t’appelles pas « Step’ » par hasard, donc !
Ona un peu les couleurs, mais pas les odeurs. Tu pourrais développer un peu?

Posté en tant qu’invité par Antoine:

Et la suite, pour déjouer les éventuelles failles de la mise à jour de l’antispam, tu vas nous la coller dans un nouveau « piège à c… » ?

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Naaaan, j’ai des infos !!!

Ce coup-ci, je sais tout, il m’a tout raconté ce naÏf d’ Étienne !!!

( mince, je peux pas en dire plus, vu que c’est lui qui s’occupe ( très onéreusement ) de l’entretien de mon pc … )

Posté en tant qu’invité par Step’:

Non non, je reste sur ce fil.
Je ne m’arrête pas tant qu’on a pas atomisé le « défouloir ».
Bientôt, seul les heureux possesseurs de l’ADSL pourront nous lire.

Bien le bonjour à la cathédrale de Chartres.

Posté en tant qu’invité par Step’:

jc a écrit:

Tu pourrais
développer un peu?

Les odeurs du lac…
En fait, ça dépendait.
Les jours de pluie - c’est à dire, 350 jours par an - ça ne sentait rien.
Mais quand le beau temps s’éternisait, en même temps que les carpes crevées, les effluves envahissaient peu à peu les alentours du bassin. Une belle odeur humide de matériaux divers en décomposition, qui se mêlait guaiement à celle, plus tenace, des poissons morts. Parfois, ils n’étaient pas morts, et ce qu’on prenait pour un cadavre se mettait brutalement à gigoter, ce qui nous faisait sursauter.
C’est sur la rive Est que s’entassaient les poiscailles, les pneus de vélos et la mousse blanche d’origine inconnue. Le vent vient toujours de l’océan, en ces contrées. Quand on faisait le tour du lac, on marchait toujours beaucoup plus vite côté Est que côté Ouest.

Et puis aussi, sur le lac, il y avait des cygnes. Beaux, majestueux, mais méchants comme des vigiles de la FNAC, en plus hargneux, en mieux armés. Beau mais cruels. Comme les filles.

Les gamins adorent jouer au bord de l’eau. Aussi, chacun d’entre nous y est tombé, au moins une fois. Dans mon cas, j’y ai même fait plusieurs séjours, ce à quoi je dois, sans aucun doute, ma robuste constitution. C’est la dose qui fait le poison…

Posté en tant qu’invité par jc:

Merci. Tout de suite, ça sent meilleur…

Posté en tant qu’invité par Step’:

Pas facile, de se faire des amis, à La Source, quand on aime rien sauf la haute-montagne.
Remarquez qu’avant d’aimer la haute-montagne, je n’aimais rien du tout, alors c’était encore plus compliqué.
Mon seul pote, c’était le chat, mais il ne connaissait rien à l’alpinisme. Nos conversations étaient donc limitées.
Aux voisins de mon âge, le mot « montagne » étant absent de leur vocabulaire, je parlais du chat, ce qui faisait ricaner tout le monde.
Il faut dire que c’était une femelle.
J’ai compris des années plus tard.

Bref, à la fin du collège, j’étais déjà plutôt mal barré. Et ça commençait à se voir. Y compris au niveau des résultats scolaires, mais pas que.

Et puis, j’ai rencontré Jean-Christophe.

JC, Jisse, Jeancre… ses surnoms étaient multiples, signe parmis tant d’autre d’une grande popularité.
Jean-Christophe connaissait tout le monde, ce qui est déjà un exploit, mais surtout, était apprécié par tout le monde - et là, ça tient carrément du prodige.

On pourrait croire qu’une personne qui s’entend avec tout le monde manque singulièrement de caractère.

C’est vrai.

Mais Jean-Christophe était l’exception qui confirme la règle.
Sa culture, phénoménale pour un collégien, lui permettait de s’adapter à toute les situations.
Cinéphile avertis, lecteur increvable, fin amateur de musique classique, de jazz, de pop-rock indépendante, d’extraction modeste, il était aussi à l’aise avec mademoiselle de machinchose qu’au barbecue du voisin camionneur.

Là encore, vous allez me dire : quel faux cul, ce JC…

Même pas !

Jean-Christophe aimait tout le monde, sincèrement, de tout son coeur, qu’il avait énorme. Ce qui provoquait, chez moi comme chez tout ceux qui auraient aimé l’avoir pour eux tout seul, de fréquentes crises de jalousie.

Bon, là, j’ai mis trop de qualités, je vais devoir modérer : Jean-Christophe ne s’aimait pas. Ouf, c’est bon, il est normal.

Comme je vous l’ai dit, Jean-Christophe connaissait tout le monde.
Les garçons voient déjà où je veux en venir, mais je vais développer pour les autres.
Or donc, parmis la cour de Jean-Christophe, on trouvait de tout. En particuliers, de belles et gracieuses jeunes filles, aussi riches qu’intelligentes, mais point trop farouches, avec lesquelles il nouait des relations amicales.
Non non, vous avez bien lu : des relations amicales.
Et ça ne s’est pas arrangé avec l’âge, soit-dit en passant.

Ses amis pouvaient donc, sans vergogne, puiser dans le vivier, ramenant à l’occasion une truite, une étoile de mer ou une murène - auquel cas nous enlevions vivement la main, avant de se faire emporter un bras. Oui, bon, des fois, on pouvait aussi tomber sur une algue ou une méduse, c’est la vie, qu’est-ce que vous croyez.

Parfois, du samedi soir au dimanche midi, Jean-Christophe recevait. Ses parents étant d’infâmes gauchistes - des professeurs, pouah - les filles étaient tolérées. J’ai ainsi découvert les joies de l’érotisme de groupe, lors de fameux concours de massage… Nous faisions tourner nos partenaires, et à la fin, les filles votaient. Il m’est arrivé de gagner. C’était l’époque bénie où il m’arrivait de gagner.

On l’aura compris, grâce à Jean-Christophe, je sortais enfin de ma chrysalide, papillonant de ci de là, en compagnie de diverses personnes toutes plus intéressantes les unes que les autres.
Enfin, surtout les unes.

Et parmis elles…

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Attends Étienne, tu vas pas t’y coller toute la nuit à ta saga ??

Je vais me pieuter moi, yen a qui bosse demain, et pis, n’oublie pas que t’as un rendez-vous de première bourre demain matin …

( tu veux que je te mette le réveil sur quelle heure ? )

Posté en tant qu’invité par Step’:

Bon bon, ok, j’arrête.
Pourtant, ça aurait pu te donner des idées, surtout si tu vas te pieuter.

Enfin, tout le monde est témoin, tu veux pas que j’écrive…

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Concurence déloyale, t’as que ce mot là à la bouche…

Finis donc, je t’enverrai mon Bérenger II plus tard !!!

Posté en tant qu’invité par françois:

quand je pense que ma famille est originaire de cette cité radieuse
tu me donnes pas envie de retrouver la trace de mes ancêtres…

a part ça, joy division, ça arrive quand?
je verrais bien les happy mondays dans le tableau aussi

Posté en tant qu’invité par Step’:

françois a écrit:

a part ça, joy division, ça arrive quand?

Jamais… ou peut-être plus tard !

je verrais bien les happy mondays dans le tableau aussi

Bez est mort, Shaun s’est pris un procès par se femme, tout fout le camps…

Posté en tant qu’invité par jc:

Step’ a écrit:

Et puis, j’ai rencontré Jean-Christophe.
JC, Jisse, Jeancre

Je sens que je vais devoir lire la (les?) suite(s?) de cette histoire loufoque, vu que mon pseudo et mon prénom sont engagés…
Honneur oblige !

Posté en tant qu’invité par Step’:

Bez est mort

…il a pourris par le bras.
C’est là qu’il avait le cerveau.

Posté en tant qu’invité par Ed:

C’est Ian dans la nuit :
http://www.youtube.com/watch?v=_oqNxe1Uyz0
http://www.youtube.com/watch?v=0We9d5J3BLQ

Posté en tant qu’invité par Step’:

Bon.
On ne va pas hierarchiser.
Surtout qu’il y avait, comme on dit, l’embarras du choix.
Enfin, surtout le choix, parce qu’en amour, à cet âge là, on ne s’embarrasse guère.

Au hasard, j’avais choisis la plus belle.
La plus jolie, pour être exact - la beauté, ça vient plus tard, avec l’expérience, les douzes gamin(e)s, les trois divorces, les deux remariages, les licenciements économiques, les rides, la cellulite, tout ça.

Comme je connaissais (vaguement, mais ne le dites à personne) déjà la baise, j’étais fermement décidé à tomber amoureux. Comme dans les films américains, quand le héros décapite le méchant, et que, plein de sang et de sécrétions diverses, il prends la mannequin dans ses bras, et qu’elle se pâme en pleurant « John ! Ho, John, John. Ha John, comme je suis contente ».
J’aurais pu me satisfaire de la baise, mais non. Quel abruti ! Dieu me pardonne, je ne savais pas ce que je faisais. Je ne savais pas que les amoures éperdues se terminent mal, en général. Enfin, si, je le savais, mais bon, j’imaginais que c’était comme le loto : ça n’arrive qu’aux autres.

J’avais donc choisi la plus jolie, ne manquait que le type à décapiter.

Sophiane, qu’elle s’appellait, et comme elle ne m’a toujours pas envoyé le carnet, je vais vous détailler un peu plus ses qualités, on ne sait jamais.
Ça vous fera poireauter en attendant que je vous raconte les histoires de glaciers, de pics vertigineux, et d’avalanches dantesques qu’on se jette dans le ravin pour les éviter.

Sophiane était grande, ce qui faisait mon affaire. Vous connaissez les filles : hors de question qu’elles se montrent avec un type plus petit qu’elles. C’est cruel, mais c’est comme ça.
Du haut de mes 1m75 de l’époque, je n’avais pas des masses de concurents.

Sophiane était distinguée, pas vulgaire pour un sous, la grande classe quoi.
Là encore, vous me connaissez, depuis le temps que je vous éduque, bande de petits cons, ça n’était pas pour me déplaire.

Mais surtout, Sophiane était doté d’un organe exceptionnel, inouï, rare et précieux comme… heu… je ne sais pas, à part l’organe de Sophiane, j’ai pas rencontré grand chose de rare et précieux sur cette planète.
Je veux parler de sa voix.
Une voix de saxophone. Alto. A base de concentré de suavité non dilué.
Une voix à faire pâlir d’envie Nina Simone, Abbey Lincoln et Janis Joplin réunies. Bon, peut être pas B¨jork, mais B¨jork, c’est pas sa voix qui est géniale, c’est ce qu’elle en fait.
Avec sa voix, Sophiane pouvait me demander ce qu’elle voulait. Bon, bien sûr, je refusais systématiquement : ça la faisais parler, et j’adorais sa voix.

En fin de compte, Sophiane n’avait qu’un défaut : son père, ou plutôt - je ne me permettrait pas… - le dégoût que son père nourrissait à mon égard. Le bougre s’est pourtant bien contenté du candidat suivant…
Je n’ai jamais compris pourquoi, mais il semblait m’en vouloir personnellement.
On ne se croisait pourtant pas souvent. Je sonnais, le père ouvrait, me disais « elle est dans sa chambre », j’enlevais mes santiags cloutées et mon manteau en peau de serpent « no future », et je filais directement dans la chambre de Sophiane.
Nous nous jetions sur le lit, et entamions de longues et passionnantes parties de Monopoly.
Sophiane était nulle au Monopoly.
Grâce à ma patience légendaire, et à un certain sens de la pédagogie, je lui ai tout appris. Sur la fin, elle me battait même.
C’est comme ça : l’élève dépasse le maître, et au moment où ce dernier, ému, tente de l’embrasser, l’élève hurle « casse toi, connard, de toute façon j’ai jamais pu te blairer ! », puis il lui plante un poignard dans le dos. C’est le beau, le merveilleux cycle de la vie.

Bon, j’étais en train de vous parler de mon ex-beau père, et je crois que je me suis égaré.
Pardonnez-moi.
N’empêche, j’aurais mieux fait d’y rayer la carrosserie de sa bagnole. Ou alors, tiens, tant que j’y pense, c’était le décapité idéal !
Bon, avec Sophiane, on aurait galéré un moment, mais finalement, elle aurait finis par me dire, avec son élégance habituelle : « je ne te hais point », ou un truc classe du même topo.
Mais à l’époque, il me faut bien le reconnaître, j’étais plutôt doux et serviable.
Quel con !
J’aurais dû prendre exemple sur Johann.

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par Step’:

Johann.
Musclé, menton carré genre « la perfection au masculiiiiin », sûr de lui.
Il habitait sur la placette d’en face.
On pouvait pas se saquer.
C’est tout juste si on se mettait pas sur la gueule.
En fait, ça tenait à pas grand chose : la peur.
Je me méfiais de sa stature d’athlète, il se méfiait de mon canif.
Et de mon pote punk.
Il est bon de se munir d’un pote punk pour parcourir les chemins tortueux de la vie. Si vous n’avez pas de pote punk sous la main, un boulanger rugbyman peut éventuellement faire l’affaire.
Bon, le canif, en fin de compte, je ne conseille pas : y’a toujours un jour où on l’oublie à la maison, et là, ce qu’il faut avoir sur soi, c’est une bonne paire de jambes, je vous passe les détails.

Johann.
Evidemment, les filles lui tournaient autour.
Avec Jean-Christophe, ça nous énervait.
Mais qu’est-ce qu’elles lui trouvent ?
Il doit avoir un truc qu’on a pas.
Je vous passe les détails.

Petite consolation : nous énervions pas mal Johann.
Dès qu’il draguait une jolie fille, c’était une copine de Jean-Christophe. Qui était mon ami. Qui était le pire ennemi de Johann.

Très vite, il devînt évident qu’une alliance nous serait mutuellement profitable.
Celle-ci se fît autour de la musique, évidement.
C’est que Johann avait un grand frère, qui lui refilait, entre autres, tous les albums cultes de l’époque. « Closer », « The queen is dead », « Ziggy Stardust », « White light / white heat », « Crocodiles », j’en passe et des meilleurs. Demandez à françois de vous expliquer.
Mes grands frères à moi étaient trop vieux, déjà has been, et à part quelques vieux Clash, Sex pistols et BMW, il n’y avait pas grand chose d’intéressant à la maison.
Quant à Jean-Christophe, encore pire : c’était l’ainé. Il devait donc se contenter de « Hair » ou du rocky horror picture show de ses parents. La honte.
Nous fîmes donc une sorte de troc : l’accès aux copines de Jean-Christophe contre l’accès aux disques du frère de Johann.
Je vous passe les détails.

Très vite, il nous apparut que Johann faisait un très mauvais usage des copines sus-mentionnées. Problème épineux.
Il les séduisait, puis les abandonnait à leur triste sort, sans même consommer.
Je vous passe les détails.

Avec le temps, nous apprîmes à le connaître mieux. Ce type était d’un cynisme épouvantable, machiavélique. Son seul plaisir était de mettre mal à l’aise, de perturber. C’est un sport extrême comme un autre. Et puis, il n’y avait pas de réelle méchanceté dans ses actes. Juste de la curiosité. Je ne crois pas qu’un alpiniste aie des leçons à lui donner.

Un jour, il me fît ce terrible aveu, ce jeune homme à peine pubère, dont le livre préféré était « voyage au bout de la nuit » : il s’emmerdait. Terriblement. Tourmenter les âmes sensibles, les naïfs et les candides, lui était d’un grand réconfort, ça lui permettait d’oublier son propre ennui.

Mais on n’agace pas les jeunes filles sans en payer le prix, un jour ou l’autre.
AlbanK, fais-le comprendre à qui-tu-sais.
La punition de Johann ne tarda pas.

Elle s’appellait Phan.

[%sig%]