Est-ce grave, docteur?

Posté en tant qu’invité par Biquette du 38:

Voilà, docteur, j’ai 28 ans et 20 ans de grimpe derrière moi. Faut dire, quand on a passé toute sa vie dans un village de montagne, on est un peu obligé. J’ai commençé en baskets avec la corde d’un copain récupérée dans une grange. On grimpait avec les copains. On emmenait nos petits-frères, on jouait aux grands. On ne savait pas ce que « répeter » voulait dire, d’ailleurs on n’avait presque jamais de topos. On montait et si on n’y arrivait pas, on redescendait en se disant qu’on y arriverait une autre fois… peut-être. C’était souvent des surprises ! On ne recherchait pas la performance, juste le plaisir de toucher le rocher, de se retrouver entre copains, de faire de beaux mouvements, dans une nature quasi sauvage et silencieuse. D’ailleurs je n’ai jamais crevé des plafonds. A part quelques 6c, j’ai pas fait grand’chose.

Maintenant que j’y repense, on n’a jamais eu ni casque ni accident. Certainement que les enfants, s’ils y sont confrontés, prennent conscience du risque et savent le gérer. On a aussi dû avoir un peu de chance…

Un jour, une salle a ouvert dans la grande ville d’à-côté. J’y suis allé par curiosité et parce qu’il pleuvait ce jour d’automne. J’y ai vu des gens qui suivaient des lignes toutes droites en posant leur main sur des prises qui ressemblaient à du rocher mais qui n’en était pas. Il fallait poser ses mains sur les prises de la même couleur. Comme un tapis danseur. En bas, il y en avaient qui faisaient la queue. Les points étaient tous espacés de 1m. On pouvait mousquetonner un point en ayant le noeud qui touche encore la dégaine du dessous. Bien que les gens grimpaient encordés, il y avait des tapis au sol ! Plus tard, j’ai même vu une salle où le sol entier était fait de cartons pour amortir la chute !
Mais le plus bizarre c’était, qu’en plus du prix (assez cher), ce n’était ni beau, ni silencieux. C’était même plutôt sale avec la poussière et la magnésie. Pas comme en montagne. Alors je me suis demandé à quoi ça servait puisque, à part monter en haut et redescendre, il n’y avait rien à contempler et on ne s’entendait même pas réfléchir. Moi ça me stressait autant que les 2-3 fois où je suis allé faire les courses un samedi après-midi !

Et puis plus tard, plein de gens sont venus grimper dans les sites que je fréquentais. J’avais l’impression que les salles avaient crée une nouvelle espèce d’homo-grimpatus qui, une fois l’hibernation terminée, envahissaient les sites de plein air ! Il n’y avait plus de barbus avec de vieux pantalons fluos et troués et des débardeurs, ni d’enfants qui grimpent en baskets avec leurs petits frères. Que des gens qui avaient tous le même casque, les même chaussons et les même topos. Ils avaient des cordes toutes neuves.
Les sites ont été balisés, nettoyés, sécurisés et pattinés.

Quand je me promène sur les forums de grimpeurs, je me sens bien seul. On y parle matériel, bobos, performances, salle, cotations. On se dispute pour une cotation trop basse ou pour une performance discutable. Pour un « à-vue » pas « flash » ni même « enchaîné ». On y discute de « pas » dans des voies dont tout le monde semble connaître le nom et parfois, même on à l’impression que si les gens se rencontraient ils en viendraient aux mains !!! Moi je croyais qu’il n’y avait que dans les stades de foot où les gens en venaient aux mains !!

Dernièrement, un post a été envoyé sur un nouveau site de bloc. Ca m’a fait rire parce qu’il y a 10 ans j’y allais souvent. Dernièrement ils ont tout rasé pour faire une zone artisanale. Il reste bien quelques rochers et désormais ils sont photographiés, étudiés, balisés, indiqués, cotés, topographiés…

Pour mon boulot j’ai dû partir dans une ville plus grande et plus loin. Je ne grimpe plus. Mon matériel dort dans une vieille caisse en bois chez ma mère. Des copains que j’imaginaient faire tout sauf de la grimpe « s’y sont mis ». Enfin, ils ont « acheté un carnet de 10 entrées » pour le soir après le travail. Ils me demandent d’aller avec eux.
Et moi j’ai vraiment pas envie…

C’est grave docteur ? Je suis encore passionné ou pas ?

Posté en tant qu’invité par seb:

Je ne suis pas doc mais ça ma tout l’air d’un petit coup de blouzzzzz…
seb

Posté en tant qu’invité par nico:

tu m’as l’air bien blaz ma pauvre biquette, un peu trop nostalgique à mon avis. aprés aller grimper en salle, je te comprend, c pas trop mon trip non plus. va faire du terrain d’aventure, ça te rapellera ta jeunesse peut être !!

Posté en tant qu’invité par Clint Eastwood:

Barre toi vite de cette ville c’est pas ta place…

Posté en tant qu’invité par captain iglo:

une binch, un coup de rouge un gros pète et tout redevient normal

Posté en tant qu’invité par Paul G:

Mais non, biquette, c’est pas grave. Tu as plus une approche « montagne à
l’ancienne » qu’une approche « escalade moderne ». Mais ne le répètes pas trop
fort, ca pourrait faire venir du monde sur d’autres itinéraires. Ils écraseraient les edelweiss, et feraient peur aux marmottes. Ils oublieraient quelques emballages de barres energichose emportés par le vent. Ils transformeraient la montagne en chiffres là où on est bien mieux à regarder le paysage…
Continues à grimper comme tu grimpes, et dis toi que les gens se retrouvent plus ensuite autour d’un verre que sur les sites internet…

En montagne, l’important c’est de se faire plaisir.

Posté en tant qu’invité par gregorianlight:

Il faut admettre l’évidence: on a une « escalade à 2 vitesses » (give mi zi esprezione!) : les grimpeurs de la sortie du bureau et du week end, qui passent plus de temps dans leur hangar qu’en extérieur (même si tous te jureront leurs grands dieux que « la falaise Ya Qu’ça d’vrai »)
et ceux, comme toi, qui grimpent comme ils respirent, et surtout POUR respirer, pas « parcequ’il faut bien faire du sport ».
Perso, je suis claustrophobe, donc les salles c’est niet, de plus, le perspective d’aller mettre mes doigts dans de grosses prises malodorantes et suintant la sueur magnésiteuse ne m’enchante guère. On ne peux pas dire que cela reproduise fidélement le contact du rocher…
Allez remet toi biquette ! nesombre pasdans le passéisme ! certes l’escalade se démocratise, certes les clampins enquechua-isés viennent souiller « nos » falaises (LES falaise, faut pas exagérer non plus), certes, certes, certes… tout comme le vieux guide pleurant sur le télésiège planté en plein sur son itinéraire de rando , on est démuni, mais que veux tu : il faut bien les occupper toutes ces RTT…

Posté en tant qu’invité par Jib:

Et puis après ? ça change quoi …

J’embraye sur un autre post escuse moi, enfin si vite fait ton probleme c’est pas que c’est l’escalade, c’est que c’est la nature qui te manque !

_Mais sinon au fond, que yen ai qui aime grimper dehors et d’autre dans une salle, que yen ai qui veulent pas depasser le 5c ou d’autre qui evolue dans le 8c+ … ça change quoi, _On a tous un point commun c’est l’escalade le plaisir de grimper, apres chaqun le pimente a ça sauce. certain avec un soupçon de nature d’autre avec une pincer de sport … on aime l’escalde qu’on pratique et si on nous laisse tranquil je vois pas l’interet d’aller denigrer celui des autres.

Posté en tant qu’invité par wils:

une frite une bière et c’est reparti (avec l’accent Belge c’est mieux)

Posté en tant qu’invité par papy_ours:

une tartiflette et un litron de rouge et c’est reparti aussi , même avec l’accent des petites falaises qui donnent du relief au plat pays …

Posté en tant qu’invité par Clint Eastwood:

Vous pensez qu’a bouffer et picoler,y’a pas que ca dans la vie!

Posté en tant qu’invité par boris:

Ha non, y en a qui fument aussi !

Posté en tant qu’invité par jesus:

je ne suis pas docteur non plus …
pourtant je comprends assez bien ce que tu veux dire … je commençais petit à grimper avec une « corde » risible sur des arbres à défaut d’une falaise à proximité. Ensuite j’ai grimpé aux arbres pour élaguer avec quelques années de plus. Enfin la révélation en grimpant avec mon frère pour les premières fois dans le peak district sur coinceurs et une ambiance grimpe nature. ça y est l’histoire de l’escalade commençait …
Bien sûre je me suis retrouvé en salle assez rapidement et là au premier abord j’étais très surpris de voir que c’était bien différent. Les couleurs dans lesquelles je me perdais, toutes ces voies enchaînaient à la mitraillette par mes confrères … je me sentais perdu.
Et je me suis très vite habitué à grimper en salle et en extérieur, à essayer de perfer en salle (parce que sinon tu t’ennuis vite, il te faut qqchose qui compense avec la magnificence des sites naturels). Aujourd’hui le plaisir est là et la perf, telle ou telle corde, l’entraînement idéal, le poids, … sont des considérations qui me passent au-dessus de la tête m^me si je m’y suis bcp intéressé pour comprendre l’approche, les techniques, les matériaux.
Aujourd’hui, même si je grimpe régulièrement j’ai tout de même l’impression d’être un grimpeur du dimanche … ce n’est plus la même implication que lorsque je ne connaissais qu’un environnement nature.
Mais je ne regrette rien et je vais de l’avant, on évolue quoiqu’on en pense et je pense que cette nostalgie d’antan est bénéfique, une source d’inspiration, un rappel des choses essentielles ! En grandissant il y a plus de choses, de compromis, de nouveautés, de découvertes qui nous poussent à réfléchir mais qui ne sont pas pour autant moins bonnes.
Et puis l’éthique est en perpétuel évolution aussi, la sienne comme la collective. Il y a aussi bcp plus d’approches dans notre activité qu’auparavant comme tu le soulignes très justement et je crois que ça il faut l’accepter ou trouver un nouveau terrain d’aventure …

Posté en tant qu’invité par captain iglo:

t’as raison y’a la baise aussi !!! quan t’es pas trop bourré

Posté en tant qu’invité par Dinosaur CH:

Mais non Biquette c’est pas grave, c’est juste qu’on a connu autre chose. J’ai bien aimé ton « post » car bien qu’étant un peu plus agé (45 ans) je ressens exactement la même chose.

Je grimpe depuis plus de 20 ans avec le même copain et on se fait plaisir dans des voies de niveau 5c/6a. Il y a les sites de notre région où l’on retourne régulièrement et surtout il y a le plaisir de découvrir des sites que l’on ne connaît pas, prétexte d’aller passer un week-end ailleurs. Les voies, nous les faisons « à vue » la notion de travail n’ayant pas beaucoup de sens pour nous. Tout au plus se permet on de « refaire un pas » lorsqu’on est en moulienette sur une falaise école et qu’on a un peu « m…é » en passant la première fois. Un des premiers plaisirs de l’escalade, pour moi, c’est la lecture du rocher et le fait de trouver comment passer en fonction de mon niveau, mes capacités, ma corpulence, etc… alors bien sûr, la seule fois que suis allé dans une salle (pour voir) et qu’on m’a dit qu’il fallait suivre les prises rouges (ou bleues, ou vertes,…) j’ai vraiment eu l’impression d’être sur une autre planète.

Des comme nous, il y en a encore (heureusement), mais c’est vrai que l’on voit débarquer une nouvelle « faune » qui sort droit des salles. Ils ont des principes (« il ne faut pas dévier de la ligne de spits »), ils ont un bon niveau (j’ai vu des gamins d’une douzaine d’années dans du 5C hier) et ils sont assez cool (« on n’est pas encore encordés et on n’a pas encore mis les chaussons, mais on va faire la voie qui est là… alors z’avez qu’à attendre! C’est le week-end, on n’est pas là pour faire la course! »). Mais bon, hier j’en ai quand même vu plusieurs qui, arrivés au relais après avoir fait une longueur en tête, ne s’avaient plus ce qu’il fallait faire pour redescendre, se trouvant face à une chaîne avec un simple maillon (« mais y’a pas de mousequeton qui s’ouvre, comment je dois faire ? »)

Il n’y a d’ailleurs qu’à se balader sur ce forum pour comprendre qu’aujourd’hui, tout doit être codifié. On trouve plein de posts du style « et quand je suis dans telle situation, comment je dois faire ? » alors que nous comptons sur nos années d’expérience et notre créativité pour faire face aux différentes situations que nous pouvons rencontrer.

Donc Biquette, ne te fais pas de soucis, ça n’est pas grave… tu fais juste parti de ceux qui pratique un sport de montagne, appelé escalade… Les autres ont repris ce même nom, mais pour moi, ce qu’ils font, c’est tout simplement un autre sport !

Posté en tant qu’invité par soia:

C’est grave de se la péter à ce point oui …

J’ai 45 ans aussi et j’ai commencé l’escalade à 25, mes EB super grattes et one rose me rendaient très fier.
Au début ca a été les blocs à Fontainebleau et le plaisir de se ballader dans une très belle forêt, de sentir les odeurs et de toucher ce grès si particulier.
En été la tiédeur du rocher me faisait ressentir la douceur de la saison,
En hiver la fraicheur bienvenue du bloc procurait un contraste bien agréable avec les bonnes suées des réalisations.
Puis mon pote d’initiation m’a proposé un stage dans les Calanques, et là j’ai failli abandonner définitivement terrorisé que j’étais (voies sur coinceurs etc …).
Même si ma passion pour les paysages des Calanques est née ici c’était beaucoup trop stressant pour moi.
De retour à Paris j’ai été très content de faire le cake fluo dans les salles d’escalade ca nous a permis moi et mes potes de nous tirer la bourre et d’essayer autre chose et ca m’a bien plus.
Ca ne nous empêchait pas de rêver de la prochaine sortie en falaise, et on s’est donné les moyens.
Nous allions loin et très souvent et ma peur a disparu, nous faisions de l’escalade sportive mais des papis de 70 berges nous mettaient volontiers le premier point là ou nous n’osions pas aller sans protection (respect !!!).
L’hiver nous faisions du bloc de la résine ou de la carrière, le plaisir du mouvement n’a jamais fait défaut sauf les jours de crève ou de grosse fatigue et encore.
Maintenant je suis à l’aise dans le 5 et j’en suis très content, le fait de n’avoir jamais mis une paire dans du 7 est bien le dernier de mes soucis.
J’aime réaliser une 6b en tête à vue etc …
Je râle quand je bute sur un pas qui devrait être facile.
J’apprécie les voies avec un clou tous les 2,5m mais je prends un gros plaisir à étre 8 mètres en confiance au dessus du dernier dans une voie pas si facile que ça.
Bref ca a plein de formes l’escalade et ma passion revêt plein d’aspects différents, le jour ou ça ne me plaira plus peut-être que je justifierai ca en disant que, avant c’était autre chose …

Désolé pour moi l’escalade n’est pas une religion et le rocher un temple où il faut se prosterner.

Posté en tant qu’invité par DaF:

Pour compléter vos analyses je vous conseille le dernier numéro de Montagne Magazine. Il y a un dossier special sur les formes de grimpes et sur les profiles des grimpeurs.

Il ressort clairement que l’escalade est pluriel dans ses formes de pratiques (SAE, SNE, grandes voies, TA…)

Majoritairement, aujourd’hui les grimpeurs découvrent l’escalade en SAE et ensuite vont en falaise sportives. Beaucoup n’osent pas se lancer en grandes voies !? Pour beaucoup la sécurité semble être un élément déterminant. Autrement dit les nouveaux grimpeurs « refusent » les sites ou les voies qui exposent !

En plus le grimpeur moderne est quelq’un de pressé car il fait beaucoup d’activités. Son temps est compté et cela se traduit par une forme de zapping. A mon sens très incompatible avec l’esprit même de l’escalade (mais c’est très personnel… )

Posté en tant qu’invité par géro:

Non, ne t’en fais pas ce n’est pas grave. Je suis sur que sur la planète tu as encore plein de site à découvrir. Des sites pour du terrain d’aventure comme tu faisais à l’époque.

Je suis certains aussi que les anciens pensaient la même chose que toi il y a 30 ou 40 ans. Je suis certains que l’escalade n’es plus un sport pour toi. Je suis certains que tu craches dans la soupe que tu manges depuis 20 ans. Personnellement, je pratique depuis 1 ans et pense que tu es responsable (en partie ) de ces évolutions que tu dénonces. C’est trop facile de dire « Ah quand on conduisait nos caisses il y a cinquante ans , l’air nétait pas pollué, et puis on roulais mon vite, on n’avait pas d’aibags, etc… » sauf que depuis cinquante ans ils polluent à mort, et ce n’est surement pas ceux qui commencent à conduire qui sont coupables de polluer.

Le meilleur conseil que je puisse te donner, car tu le demandes, c’est d’arreter de fréquenter les forums d’escalade surpeuplés et de vivre ta passion discretement comme le font beaucoup de grimpeurs modestes.

Profite de de ton expérience d’homme mature (avec des vrais propos d’homme couillu)pour aller raler sur des sites naturels que personne ne fréquentent. A ta place j’irais faire du solo intégral.

C’est quand même marrant tous ces types qui essaient de ce la jouer modeste et qui n’en peuvent plus. Tu as 28 ans et tu veux parler comme un vieux qui s’la pète, tu es ridicule.

Moi quand un sport me fais chier, j’arrete et je ne l’en prends pas au système. J’assume.

Au fait tu bouffes bio, non parce qu’avant on savait ce que l’on ingurgitait ma bonne dame. Tu aimes l’Ebly? Est ce que tu portes des espadrilles, car faut dire que maintenant avec leurs pompes en plastoc à 100 euros le bout, fabriquéés par des asiatiques, ben à l’époque ou moins on faisait travailler les compatriotes.

Moi ma voiture préférée c’est l’ami 8, c’est quoi ces caisses qui ne rouillent plus, ils mettent quoi dedans.

Allez va, arrete l’escalade, on a pas besoin de mecs comme toi pour nous apprendre le bien du mal. Ceux qui nous montrent l’exemple sont modestes (regarde dans le dico).

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par soia:

Pas besoin d’être insultant non plus et pourtant je suis d’accord avec toi :0)

Posté en tant qu’invité par géro:

Pardon pour « couillu », j’aurais du employer « courageux ».