Escalade libre

J’ai la traduction française (sur livre papier, donc pas de lien désolé), c’est une réponse de Preuss à Piaz (qui lui-même répondait à Preuss), et c’est bien Preuss qui emploi le terme.
Il s’agit d’un débat par articles interposés sur les moyens artificiels en escalade. Débat qui a eu lieu dans 2 numéros de 1911. Piaz rapporte ces articles in extenso dans son livre Le diable des Dolomites de 1948.

Dans la grotte Cosquer située au Cap Morgiou dans le massif des Calanques, il semblerait des gravures rupestres datant d’environ 27 000 ans feraient référence à l’escalade libre.

@J.Marc
Dans le manuel de M. Pourchier et E. Frendo intitulé « La technique de l’alpinisme », édité par Arthaud en 1943, les différentes techniques du libre et de l’artificielle sont bien décrites et bien séparées, mais s’il emploie le terme « procédés artificiels d’escalade » pour définir l’artif, il n’apparaît jamais le terme « escalade libre ». Est employée par contre la terminologie « procédés normaux d’escalade ».
@pire : très intéressante ta question initiale !!

D’autre part, j’ai également trouvé dans un Montagne et Alpinisme d’avril 1956 un article d’André Contamine sur une première rocheuse aux Petites Jorasses (face W), où Contamine dit : « J’ai l’espoir de passer en escalade libre… » , bien opposé à « escalade artificielle » utilisé ailleurs dans l’article.

Même s’il n’écrit qu’en 1949, on peut penser qu’en 1923 l’expression était usitée, puisqu’on la trouve dans la controverse Preuss-Piaz de 1911…

Dans un lien cité plus haut, un document faisait un bref historique de l’escalade libre :

Deux périodes se distinguent sur le plan international.
• La première période s’étale sur les trois premières décennies du siècle avec l’émergence : D’un intérêt prioritaire pour l’escalade rocheuse, du débat à propos de l’usage des moyens artificiels de progression et de protection.
• La seconde période (à partir des années 50) s’achève sur une homogénéisation apparente des manières de grimper en libre, dans les pays anglo-saxons, d’abord en Angleterre puis aux Etats-Unis. A l’issue de cette période l’escalade libre cesse d’être une des techniques possibles à disposition des pratiquants pour devenir une activité distincte.

Émergence d’une activité et d’un débat
Ainsi de 1900 à 1920 se mettent en place les clivages concernant le type de médiation technique légitime le recours à des moyens artificiels de progression et d’assurage Ex : Paul Preuss à Hans Fietchl, Otto Hertzog et leurs émules Giovani Battista Piaz dit « Tita Piaz » et Hans Dülfer.
Pour P.Preuss : quelconque artifice de progression fait selon lui « perdre toute valeur à l’ascension et honneur à son réalisateur» de même qu’il trouve dangereux l’encordement en cas de chute de l’un des membres de la cordée.

http://olivier.vincent76.pagesperso-orange.fr/documentations/LIVRET%20escalade.pdf

… publiée en allemand.
Même si les idées circulent vite malgré la différence de langue, les expressions peuvent mettre plus de temps.

Relisant à tout hasard l’intro du livre que j’ai cité ci-dessus (La technique de l’alpinisme par E. Frendo et M. Pourchier, 1943, Arthaud), je viens de trouver dans la préface de L. Neltner, alors président de la FFM (pas encore E à l’époque) qui, au terme d’une tirade visant à éviter l’emploi abusif des pitons, concluait ainsi (cette tirade et également sa préface) :
"Pousser au maximum les possibilités de l’escalade libre est et doit rester l’idéal des vrais alpinistes."

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Heureusement qu’il y avait pas les réseaux sociaux à l’époque. J’imagine même pas ce que ça aurait donné ce genre d’affirmations sur un fil C2C. :wink:

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L’absence des réseaux sociaux d’aujourd’hui n’a absolument pas gêné les alpinistes et grimpeurs pour « se tailler » entre eux… Les articles et bouquins font très bien le boulot, puis plus tard les topos et les blog. Exemple chez Bonatti qui m’est revenu quand il dit que l’avènement des spits dans les années 50 marque le début de la « grande décadence de l’alpinisme » et parle d’un « art de grimper dégénéré et stérile ». Il y a bcp d’autres passages où il règle ses comptes.
A la différence que le péquin lambda ramenait pas sa fraise dans le débat, en effet, alors qu’il a aujourd’hui (dans ce domaine comme dans les autres) un espace d’expression qui lui fait croire que son avis est important :smile:

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Eh bien, tant mieux pour lui si ça lui fait plaisir ! Du moment que ça n’arrête pas la marche du monde.
Au moins, aujourd’hui, le clampin moyen peut s’exprimer.

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Finalement je suis en train de changer d’opinion. Je pensais initialement qu’il fallait prendre le mot libre comme une abréviation de « libre de tout artifice », donc essentiellement sans piton. mais le texte de Preuss répondant à Piaz a semé le doute. Et là je viens de relire Mummery très attentivement;t je crois que Preuss le rejoint lorsqu’il parle de désescalade libre, c’est-à-dire sans aide de la corde. Comme il (Preuss) l’a montré au campanile Basso puisqu’il a fait le sommet en solo, il pouvait grimper et descendre du 5 , seul, sans corde. Et si on y réfléchit bien ça veut dire que dans le cas d’une cordée le dernier à descendre se retrouve alors bien dans cette situation, la corde ne servant qu’à enrayer un début de chute de celui qui descend en premier et pas celle du dernier. Si je reviens à Mummery il écrit:La corde devrait être regardée par chaque membre de la caravane exclusivement comme une aide et une protection pour son compagnon(…) Etre capable de marcher librement et en sécurité sur une pente de montagne devrait être l’objectif de tout jeune alpiniste"
Mon idée est donc maintenant que dans notre contexte le sens du mot libre a changé: initialement il voulait dire libre par opposition à attaché (Mummery décrit longuement son opinion sur ce qu’est un « véritable » alpiniste et cela va dans ce sens le client attaché est considéré comme une vache en laisse). Lorsque Preuss parle de descente libre c’est encore analogue. Et ce n’est que lorsque les pitons sont apparus, qu’on est passé de cette notion d’attaché à la notion « moderne » évoquée depuis le départ, à savoir libre de tout piton.

Mais là, on change le sujet de la recherche. On passe de: recherche de la première occurrence de l’expression « escalade libre » à : recherche de sa signification.
Pas une critique, hein ! Simple remarque…

Tu n’as pas bien lu ou compris ma question initiale ou je me suis mal exprimé: je cherchais deux choses: quand l’expression est apparue et pour quelles raisons. Et là je viens de parler de la raison initiale

OK, mea-culpa !

Récite trois Notre-Pire et ça ira

Ben la notion de « libre » de Preuss, c’est actuellement le « free solo intégral » ? Descente incluse.

Je ne suis pas convaincu.
D’une part les pitons existaient déjà à l’époque de la polémique Preuss/Piaz.
D’autre part si on en reste à la définition « sans artifice », alors on peut décliner : à la montée c’est sans tire-clou, à la descente c’est sans rappel. Et « descente sans rappel », c’est quand même un peu la même idée que descente sans corde (à l’époque).

Ce qui me fait douter par exemple : ce passage de Preuss dans son 1er article de 1911 :

Venir à bout des difficultés avec ses propres forces, à la montée comme à la descente.

Mais ce n’est pas parce que je ne suis pas convaincu que tu as tort : c’est juste que je trouve qu’on manque de preuves pour affirmer que Preuss utilisait le mot « frei » pour juste dire « sans corde ».

Et il n’en reste pas moins qu’il parait intéressant de continuer à chercher les écrits des années 20 à 50 dans lesquels le mot « escalade libre » est employé, et au sens explicite de sans artifice quel qu’il soit.

Bien entendu je n’ai pas de certitude absolue. Mais je pense que Preuss allait dans le sens de Mummery: les pitons existaient lors de la dispute avec Piaz mais depuis très peu de temps. Et la question du tire-clou ne se posait pas. Preuss à ma connaissance ne s’est pas exprimé spécialement là-dessus, il contestait l’usage des pitons tout court. (d’ailleurs même beaucoup, beaucoup plus tard, quand j’ai commencé on s’en foutait royalement -sauf quelques grimpeurs avant-gardistes isolés- de savoir si on avait utilisé un point d’aide ou pas; ce qu’on voulait savoir c’est s’il y avait des pitons en place et combien on en avait planté)
Bref à ce stade je crois qu’il faut distinguer plusieurs périodes: fin 19°/début 20° libre signifierait sans corde. A partir de 1910/11 cela signifie sans utilisation de pitons, et que la question n’est pas de savoir si on s’y tire ou pas. Jusqu’à quand je ne sais pas. Mais je suis tout de même assez persuadé que les écrits évoqués dans la période d’avant la deuxième guerre mondiale parlant d’escalade libre siginifent qu’il n’y a pas de pitons en place et qu’on n’en plante pas. Ou si peu. En 1925 Solleder à la Civetta plante 15 pitons pour 1000m. En 1935 Detassis ouvre la voie des guides au Crozzon di Brenta avec 4 pitons en tout, pour 800m de dénivellée. Ça fait beaucoup de longueurs en libre au sens où je l’entends. Et enfin la période « moderne » qui dure jusqu’à aujourd’hui où ce qui importe c’est de ne pas toucher à la ferraille comme aide ou repos.

Pour Armand Charlet, « escalade libre « signifiait « sans pitons ». Traversée des aiguilles du Diable: 0 piton. Charlet-Devouassoud au Nant Blanc: 0 piton. Il faut dire que les pitons sont apparus dans les Alpes occidentales beaucoup plus tard que dans les Dolomites.

On est d’accord :slight_smile: As-tu des récits écrits de Charlet avec l’expression « escalade libre » ?

Mais Charlet a écrit ses mémoires en 1949. Alors est-ce une expression « verbatime » ou une expression de 1949 ?