Posté en tant qu’invité par Pascal F:
D’abord, il me semble qu’un petit rappel s’impose : s’occuper des cotations c’est faire preuve de lucidité et de prudence. Faire une randonnée de 4h sur terrain plat est plus facile que faire une randonnée de 8h avec 2000m de dénivelé et des passages escarpés voire des passages d’échelle. Ne pas s’en soucier c’est prendre un gros risque. De même lorsqu’on part dans une grande voie, le nombre de longueurs dures (par rapport à son niveau), la cotation obligatoire sont des informations essentielles avant de se lancer. Alors pour ceux qui disent : « les cotations, on s’en fout », soit vous êtes inconscients soit vous êtes de doux hypocrites. Ou alors, allez jusqu’au bout de votre raisonnement et partez complètement à l’aventure dans une voie. Vous pourrez peut-être alors vraiment dire que vous vous en foutez complètement, mais n’appelez pas au secours si vous êtes en difficulté.
Ensuite, je ne connais pas un seul sport qui n’a pas son échelle de valeurs (donc de cotations). J’ai d’ailleurs volontairement pris l’exemple de la randonnée. Et pour en avoir fait pas mal quand j’étais gosse avec mes parents, qui n’ont par ailleurs jamais fait un seul autre sport, à fortiori de compétition, je peux témoigner du plaisir qu’ils avaient au retour à discuter des passages « difficiles » que nous avions rencontré, du dénivelé que nous avions franchi, du temps mis. Ils en parlaient avec leurs amis, à la table d’un café autour d’une bonne bière et chacun d’y aller de son « le plus dur c’était quand même quand… », etc. Et oui, leur plaisir c’était aussi de s’étalonner sur une échelle de valeur et d’en discuter !!!
En tous les cas, en ce qui me concerne, cela fait 30 ans de montagne, de falaise, de blocs et j’adore cette activité aussi parce qu’il y a les cotations. Et tous ceux avec qui je l’ai pratiquée sont dans ce cas : de quoi croyez-vous que l’on parlait en partant dans la traversée Charmoz-Grépon ? De la fissure Mummery et de son IV bien retord. En partant pour Grépon Mer de glace ? De la Knubel dont on avait même la manière de la passer décrite dans le Vallot. Pourquoi aller faire la « Chechinel-Nominé » au Pouce ? Parce qu’il y avait une longueur en VI+ !!! Avant le 7, ça classait son alpiniste tout de même
Et le VI de la fissure Brown à la W de Blaitière et sa description dans les 100 plus belles !! Et on pourrait multiplier les exemples où la cotation a fortement participé à l’envie d’aller faire une voie et au plaisir du souvenir de l’avoir faite.
Et aujourd’hui où je ne fais plus que du bloc, je le dis sans honte : cela ne m’intéresse pas d’aller faire des blocs dans des cotations inférieures à mon niveau. Ce qui me motive c’est d’aller travailler un bloc dont la cotation correspond (voire est un peu au-dessus) de mon niveau. Après, je vais sélectionner ceux qui me plaisent le plus et encore… J’ai fait un paquet de belles bouses ;-)) Et si un pote qui grimpe avec moi me dit - après l’avoir fait - que c’est trop facile pour que ce soit cette cotation, il a intérêt à avoir de sacrés arguments et la discussion risque de durer un certain temps. Non mais !! On ne va pas décoter des voies comme cela tout de même. A l’inverse, je peux tout aussi bien lui dire : « c’est vraiment à vache ce bloc », surtout s’il en a chié pour le sortir 