Posté en tant qu’invité par ZeBadGuy:
Dans l’inénarable dernier numéro de l’excellent magazine Grimper (dont le nouveau titre « Piolet mag » serait plus réprésentatif de son contenu), un lecteur assidu aura droit à une des plus belles chroniques de l’histoire des chroniques de magazine d’escalade, histoire pourtant riche de fort beaux moments de profondeur, de subtilité et d’intérêt.
Le sieur Thomas Leleu donc puisque c’est de lui qu’il s’agit nous fait l’honneur de partager avec nous ses réflexions sur l’interet de la double cotation française / UIAA (réflexions que BHL lui-même lui envie). Or donc, utiliser cette double cotation présenterait l’intérêt de classer encore plus précisément les voies par difficulté.
Ah bon. Moi j’avais plutot compris que les cotations étaient une simple indication plus ou moins subjective qui a fourni à l’escalade pléthore de polémiques (en général sans fin) depuis Mortal Kombat, en passant par Dream-Time, les voies et blocs de Klem Loskot, j’en passe et des meilleures. Ne jouons pas les vierges effarouchées, bien peu de grimpeurs peuvent sincèrement dire qu’ils ne sont pas content d’avoir franchi une nouvelle cotation pour peu que la cotation de la voie soit solidement établie (et pas seulement par Bobby votre compagnon de cordée habituel). Mais une des leçons des dernieres années pendant lesquelles les cotations prétant à polémique -pour ne pas dire ridicules, en particulier en bloc- ont fleuri plus que de coutume, c’est qu’il est deja difficile voire parfois impossible de décider si telle voie est 8c+ ou 9a (remplacez 8 par 6, 7 ou 3 c’est encore vrai bien sur). A noter que ces polémiques ont donné naissance à des clans bien reconnaissables. Par exemple les savoyards et autres haut-alpins, en bons plaisantins qu’ils sont, ont tendance à décoter sauvagement la plupart des voies selon l’adage « chez nous nos 8a c’est pas des 8a de tarlouzes pas comme chez ces pédés de marseillais ».
Alors je m’interroge : si on arrive pas à décider si telle voie est 7a+ ou 7b comment décider si elle est plutot X+/XI-/8c ou plutot XI-/8c ? Remarquez que ça a le mérite de multiplier les sujets de forum dont (ne faites pas les innocents) nous sommes tous friands (surtout en alsace quand on aime pas la choucroute il faut bien passer le temps).
Ce premier constat suffisait en lui-meme à placer cette chronique dans le top ten des chroniques qu’elles sont bien. Mais monsieur Leleu se lance ensuite dans une dissertation fort talentueuse (si si il faut le reconnaitre) pour décider si oui ou non Pierre Bollinger a fait la « deuxieme ascension française d’un 8c en allemagne ».
Notez que cette distinction est effectivement de la plus haute importance à une époque ou d’illustres inconnus font des 8c en quelques essais. Surtout pour Bollinger qui avec seulement 8b flash et 9a au compteur a bien besoin de titres honorifiques pour éviter la dépression qui le guette devant tant de médiocrité.
La conclusion est que (désolé Pierre, prend 2 lexomils), non, cette « deuxieme ascension machin » reste à faire. La voie n’étant que « X+/XI-/8c » (quoique dans certains milieux on s’accorde plus sur une cotation de " X+/XI-/8b+/8c dur", mais je laisse à chacun le soin de juger).
Enfin malgré tout mon enthousiasme, mon objectivité m’oblige à dire qu’il est dommage de ne pas avoir pousser le raisonnement plus loin en associant aussi els cotations anglaises et américaines. Ainsi une cotation de X+/XI-/8c/5.14b/E10-6c+/7a me parait plus précise pour rendre compte de la voie que Pierre Bollinger a récemment enchainé en allemagne (7c+/8a sur l’échelle de cotation du briançonnais).
Malgré cette lacune, je pense qu’on peut féliciter Thomas Leleu pour ce papier qui va à n’en pas douter marquer d’une pierre blanche la théorie de l’escalade.
Merci donc Thomas et surtout sans rancune (je sais bien que tu es nettement plus costaud que moi).
Guitou