Posté en tant qu’invité par Bubu:
Je viens d’arriver sur le forum, et je crois que ce dernier
échange illustre parfaitement les contradictions associées à
la pratique de la montagne :
- je veux être seul, mais ma présence détruit la solitude des
autres
- je veux jouir d’un environnement beau et sauvage, mais ma
présence le dégrade
Ces « contradictions » sont solubles (ou levables ? François, comment qu’on dit ?) :
L’ « environnement beau et sauvage » sur un site représente la base façonnée et « entretenue » par la « nature », c-à-d tout ce qui n’est pas issu d’une civilisation (humaine jusqu’à present, ça peut changer…).
Mais l’homme en tant qu’individu y a sa place, il appartient aussi à cet environnement. Il vit dans, donc il agit sur le milieu, c’est inhérent à un milieu vivant. L’homme n’est donc pas fondamentalement un danger pour ce milieu.
Toute la question est de savoir quel homme peut y vivre en équilibre. Historiquement (ou plutôt préhistoriquement), l’homme est au sommet de la chaine alimentaire, au meme titre que les grands prédateurs. En équilibre dans un milieu riche (non désertique), il lui faut donc plusieurs km² par individu, sinon soit il devra modifier profondément le milieu pour l’exploiter à la seule satisfaction de ses besoins, soit les individus en surplus seront éliminés.
Donc si l’homme veut vivre en permanence dans CE milieu (qu’il ne modifie donc pas profondément) pendant longtemps (sans être éliminé), il faut qu’il y soit rare.
Si l’homme veut passer dans ce milieu de temps en temps, mais avec une densité bien plus grande que ce qu’accepte le milieu pour un séjour permanent, il faut que l’action de l’ensemble des individus concernés ne soit pas plus grande que celle possible pour des gonzes y vivant, ce qui ne laisse pas beaucoup de possibilités par individu.
Donc tu peux « jouir d’un environnement beau et sauvage » sans le dégrader si tu y es rare, ou si tu ne touche à rien (avec toutes les nuances intermédiaires possibles). Tout l’art est de savoir ce qui est possible de faire, donc quelle est la fréquentation, tout en sachant qu’un milieu n’est jamais fermé. A priori tel site supporterait telle fréquentation, mais la surfréquentation d’un site voisin entraine un stress jusque dans ce site (qui représente par exemple un refuge pour des espèces), la fréquentation supportée est donc plus faible.
En ce qui concerne « la solitude des autres », le problème est le même : les relations homme - milieu naturel sont remplacées par les relations homme - homme.
De manière générale, toute action peut être bonne ou sans conséquence, ou néfaste, tout est une question de dose.
10 camions par jour qui viennent commercer avec Chamonix ou Courmayeur, ça passe, les dizaines de bus de touristes sont bien plus problématiques (ya les bus ET les touristes, mais ça pourrait être pire si c’était des voitures à la place des bus).
1000 camions par jour, ça ne passe plus, on est hors équilibre pour la vallée : équilibre écologique (l’écosystème ne le supporte pas), équilibre social (les hommes ne le supportent pas).
Les pratiquants de la montagne n’ont
qu’un véritable adversaire : c’est l’exploitation
industrielle à des fins mercantiles de notre milieu de
prédilection. Car c’est elle qui est en train de détruire les
plus beaux paysages des Alpes, et transformer en banal
produit de consommation ce qui pour nous est merveille de la
nature et joie de vivre.
Attention, tout le problème n’est pas là.
Si l’exploitation industrielle existe, c’est parce qu’il y a des personnes qui sont prêtes à payer pour les « produits » qui en sont issus.
La machine étant lancée, le problème à court terme est l’industrie de la montagne.
Mais à long terme, le problème est le consommateur. S’il n’est pas éliminé, des exploitations industrielles renaitront toujours. Et l’élimination du consommateur ne consiste pas forcément à créer un énorme centre commercial à Séchilienne (
), il faut faire comprendre que la montagne et la planète en générale ne se consomme pas, ne se jette pas, mais qu’on y vit et qu’il faut réfléchir à sa place dans ce milieu avant d’y faire n’importe quoi.
Bubu