Une survie miraculeuse aux Drus

J’ai eu l’occasion de grimper avec Mike Vaill avant qu’il ne signe, avec Tanner Wanish, le record du « triple » au Yosemite (et qu’ils deviennent les « quad fathers »). Ce garçon est adorable. Mais je suis tombé sur le récit de leur accident et de leur survie miraculeuse dans la descente des Drus:


Bon, ils ont clairement déconné en faisant cette voie (la Directe américaine) trop tôt en saison. Mais plus généralement, ça fait flipper de voir des gens qu’on aime bien s’exposer à ce genre de risques. Et après ils remettent ça dans la Goliath Traverse… Putain, on a pas envie de voir ses potes mourir à 30 ans!

Pour élaborer un peu, à part les conditions de début de saison, à l’origine de ce qui leur arrive, il y a une sorte de confusion, à mon avis, entre légèreté-vitesse et sécurité. Ils sont hyper rapides, c’est sûr. Ils font la Directe américaine en 6h! grimpant tout le temps en simultané. Mais pour faire ça, ils le disent eux-mêmes, il ne placent pas grand chose. Quand Tanner prend sa première chute dans la face Nord Ouest, il n’a rien placé entre deux pitons distants de 20 mètres. Il prend une énorme chute. Et c’est là que la volonté de vitesse intervient aussi: pour être aussi rapides, ils grimpent avec une corde à simple. Cette corde se retrouve dénudée sur 3m. Selon les propres termes de Tanner « cette corde aurait probablement dû se couper et nous tuer tous les deux ».
Quand ils arrivent au sommet du Grand Dru, grâce à leur rapidité, ils ont encore 8h de jour devant eux pour la descente. Cool. Mais ils en perdent trois à trouver le point de départ des rappels. Ils n’ont pas de crampons, ce qui ne doit pas arranger leurs affaires et leur interdit de faire à pied la traversée prévue dans la descente, qui est remplie de neige. Et pas de matériel de bivouac. Ils descendent super lentement, puisque quand ils arrivent à l’avant dernier rappel (celui qui va lâcher) il commence à faire « dark ». Bon, ensuite, l’effondrement du bloc de relai qui les entraîne avec lui, c’est autre chose, c’est le genre d’impondérable contre lequel personne ne peut grand chose je suppose.

3 Likes

Je n’ai pas lu en détails, mais ca me fait repenser à l’accident de Berault.
Si l’on sacrifie la sécurité pour aller vite, vu que le risque (chute ou autre impondérable) reste globalement lié à la course elle même, il suffit d’augmenter le nombre de courses pour être statistiquement à peu près sûr d’y rester.

4 Likes

Bon je ne sais pas si ça s’applique à cet accident là, mais je garde comme règle de base qu’il vaut mieux avoir de quoi passer une nuit (certes très inconfortable) dans la course sans risquer l’hypothermie.

Situation typique: une cordée part trop légère dans une course, prend du retard par rapport à l’horaire, la nuit s’approche, stress pour descendre de jour, des manips faites à l’arrache, stress généralisé --> accident (ou dans le meilleur des cas, appel hélico avant la tombée de nuit).

Franchement, quelques couches de plus/une doudoune plus épaisse ne pèsent pas tant que ça, sans parler des couvertures de survie, etc.

Yep. Le plus jeune des deux a 32 ans. C’est un peu tôt pour y rester.

1 Like

Ça me rappelle que, autour des années 90, Bérault et Boivin avaient fait dans la journée, face sud du Fou et directe américaine. La jonction sommet du Fou/départ de la DA en deltaplane et descente des Drus par la DA en rappels.
Ils n’ont pas du beaucoup s’assurer.

1 Like

Ils parlent des drus dans la vidéo ? J’ai l’impression que c’est uniquement sur la traversée Goliath.

Dans ce fragile équilibre et compromis de légèreté/vitesse/sécurité, vu leurs niveaux techniques et d’endurances stratosphériques la petite erreur que j’entrevois est peut-être de tenter de plaquer leurs expériences “yosemitique” sur du terrain alpin en altitude.

Le modeste varappeur/alpiniste encore en bonne santé (et sans pratique à corde tendu ) que je suis, et qui vient d’avoir la chance de connaître sa soixante cinquième années de vie sur Terre entouré de sa famille, a du sans doute sa longévité (ainsi que d’arrêter de stresser inutilement sa compagne ) à deux facteurs : avoir «raccroché les crampons» (et les skis de rando) au bon moment et peut être une hypothétique «bonne étoile » qui l’a protégé d’une issue fatal suite à quelques petite erreurs techniques ou d’appréciations qui se comptent sur les doigts d’une main et étalées sur 15 années de pratique.

C’est quoi exactement que cette traversée «Goliath » ? Un enchaînement de voies de haut niveau sur différents sommets dans le monde ?
En tout cas il semble frôler la limite à chaque fois si j’en crois cet article:
« Lundi soir, après avoir terminé la traversée du Goliath (5.9/5.10 ; 24 388 m) avec Michael Vaill, Tanner Wanish semblait moins triomphant que chanceux d’avoir survécu. « Je suis plus heureux d’en avoir fini que de l’avoir fait », a-t-il déclaré. Pendant neuf jours, à partir du 27 juillet, Wanish et Michael Vaill ont réalisé la deuxième ascension de l’enchaînement en solitaire et colossal de plus de 60 sommets de la Sierra Nevada, entrepris par Vitaliy Musiyenko »

Comme je dit @rufus97 l’obsession de l’allègement à ces limites. Cela peut-être intéressant tant que tout se passe bien jusqu’au jour où il y a un imprévu.
Dans leur trilogie alpines en 2025, B. Vedrines et son compère L. Billon échange sur ce sujet là.

1 Like

Tout le début est sur leur préparation, leur ascension de la Directe américaine aux Drus, et leur accident à la descente des Drus.

Merci. 18’ - 65’ du coup.