Posté en tant qu’invité par onsenfoudescotations:
ui ne sont que des 8c+ ne fonctionne pas si mal.
OLI, le but n’était pas de te vexer, mais de faire réagir quelques personnes sur le sens de l’escalade et le caractère un peu dérisoire de ces discussions sur les cotations. Inutile de convoquer Camus (ou Homère, pour mes intervention en grec classique), si ce n’est pour dire, peut-être, que la quête de la cotation la plus élevée ressemble fort à la vie de ce pauvre Sisyphe…
Effectivement, aujourd’hui tous le monde se moque bien de savoir qu’un 7a n’est qu’un 6c+. Mais il y a quarante ans, lorsque le 6 était encore désigné comme la « limite des possibilités humaines », ce genre de débat passionnait les intéressés. De même que dans les années 80, lorsqu’il fallait savoir si Fleur de rocaille était plutôt 7c+ que 8a. Aujourd’hui, la question commence à intéresser quand on parle de 8c+ et de 9a.
Je crois que l’interrogation d’OLI porte sur la justesse des cotations d’une voie de haut niveau, en l’occurrence Hugh.
La tentative de réponse apportée par mon post provocateur est d’abord que cette question mérite d’être posée, mais qu’elle est un peu vaine (il n’y a pas de réponse, sauf à se faire humblement par soi-même une idée en allant essayer la voie) et surtout que OLI a mal sérié les problèmes. Car OLI se heurte au mélange de la question de l’appréciation d’une performance de haut niveau en escalade (grimper Hugh constitue-t-il bien une performance plus élevée que grimper une voie en 8c+?) avec la question de la mesure de la difficulté d’une voie (Hugh vaut-il vraiment 9a ?).
En sport la performance se mesure soit par rapport à un absolu (un temps, une hauteur, une masse, la performance mesurable et observable de manière objective dans des conditions standardisées) soit par rapport à un autre individu (et alors on est uniquement dans le relatif : performance d’une une équipe contre une autre équipe, d’un boxeur contre un autre boxeur). : …).
Mais en escalade, on tend à mélanger les deux types d’approches alors que la cotation (la mesure de la difficulté d’une voie) est totalement subjective. Autrement dit, soit on fait de l’escalade de « compétition » (et alors on juge la performance relative d’un grimpeur par rapport à d’autres grimpeurs, sans considération du niveau de la voie, niveau d’ailleurs jamais communiqué : en falaise cela donnerait « j’ai mis 3 essais à faire Hugh et l’autre l’a fait à vue : le copain est donc meilleurs que moi dans cette voie »), soit on essaye de juger une performance d’escalade dans l"absolu" (la voie la plus dure). Mais alors, on se heurte nécessairement au caractère subjectif de la cotation, car la cotation n’est pas un « absolu » comme une hauteur, un poids, une vitesse.
Certes, on ne dit rien de très neuf en disant que, à tous les niveaux, la mesure de la difficulté est « subjective » et qu’elle est le fruit d’un consensus. Peut-être faudrait-il seulement ajouter que, en plus d’être imprécises, les cotations ne rendent compte - exception faite du Royaume Uni - que du niveau des problèmes athlétiques et techniques à résoudre pour réaliser une voie, et non pas également des ressources psychiques qui sont parfois nécessaires (avec l’escalade « sportive » et l’équipement « béton », on a éliminé la nécessité d’avoir de la force psychique pour faire face au danger : mais la Voie du Poisson n’est-elle pas plus sévère que le Bronx ?). De même, on pourrait très bien imaginer un système de cotation essayant de rendre compte du caractère aléatoire des mouvements (Pol Pot ou La nuit du Lézard seraient alors peut-être jugés aussi sévères que La rose et le vampire ?) ou de la difficulté à réaliser une ascension à vue (les voies à monodoigts cachés en 7c ou 8a des Eaux Claires ou du Saussois seraient alors bien plus sévères que des 8b/c déversants sur concrétions à Montgrony).
Quant à la question de la mesure de la difficulté « absolue » lorsqu’on touche au haut niveau (au maximum d’une époque donnée), elle est de surcroît totalement polluée par la notion de « consensus » qui entoure la cotation. En effet, les composantes du débat sont alors aussi d’ordre (i) « politiques » (Cf. Fleur de rocaille ramené de 8a à 7c+ après que la voie fut réalisée par une femme ; contestations variées dues aux phénomènes de jalousie et à la recherche de notoriété), (ii) « historiques » (difficulté à oser franchir ou annoncer certains seuils, Cf. positions de Ben Moon et Tribout niant que puisse exister une voie en 9b et criant au scandale alors que le 8c+ n’était pas encore consolidé ; parallèlement, existence de voies prudemment demeurées longtemps sans cotation - comme le Toit d’Auguste - totalement en avance sur les performances maximum de leur temps) et (iii) « culturelles » (plus on avance vers la limite des performances, plus il s’opère une spécialisation physique et technique: avec le type d’entraînement actuel axé sur les gros dévers et la résistance, une voie comme La boule serait probablement autrement cotée que ce qu’elle l’a été à l’issue de sa première ascension par Edlinger).
Voilà, j’espère que cela fera réfléchir.
OLI, sans rancune !