Tradition?

Posté en tant qu’invité par pierre:

Pour expliciter un peu le titre, je préfère vous avertir tout de suite : il n’est pas question ici des rituelles engueulades sur les low-tech, sur Chamchaude, sur les vitesses d’ascension en fonction de l’épaisseur de poudre, de l’inclinaison de la trace, de l’age de ma sœur … ou tout autre sujet alpinistico-technico-podfoquistico-raquettiste habituel.
Non, ça va être long et chiant.
Vous voilà prévenus.

Et autant le dire d’entrée, la tradition, ça m’emmerde !
On commet en son nom, et au choix :

  • Des crimes sans nom (que l’on pense simplement à l’excision des fillettes en Afrique)
  • Des humiliations imbéciles, où la volonté de domination le dispute au sadisme pur et dur (vous avez dit bizutage ?)
  • Des conneries insondables, répétées à l’infini au prétexte que quelqu’un les a proféré avant (combien de temps nous a-t-on seriné qu’il ne fallait SURTOUT pas boire pendant les montées, au risque sans doute, d’avoir moins soif ?)
  • De simples offenses au bon goût, à l’impératif de furtivité qui devrait habiter l’espèce humaine (et je pense ici à l’étrange coutume qui fait ériger des édicules religieux sur à peu près tous les sommets de tous les tas de cailloux du monde).

J’ai donc inscrit cette aversion pour la tradition dans la sorte de grille que chacun se construit pour tacher de comprendre le monde. Et je m’en trouve pas mal.
J’ai même découvert récemment que c’était une mine quasi inépuisable de recettes de cuisine.
Si, si, si … Parce que l’intérêt, dans la cuisine, ce n’est pas de rendre comestible votre environnement, ce n’est pas d’assembler des saveurs agréables, c’est de raconter une histoire. Et je voudrais vous en donner un exemple à propos de la tarte Tatin.

Rappelons la règle du jeu : elle est simple. Il s’agit de prendre le contre-pied le plus exact possible de ce que la tradition attend de vous.
La tarte Tatin est un dessert ? On va donc en faire une entrée.
Elle utilise un fruit sucré ? On va prendre un légume amer, comme l’endive. On va l’appeler « chicon », comme on le fait dans le nord (cette « région-si-rude-où-les-gens-ont-un-cœur-d’or-sous-des-dehors-bourrus »…). Et on va l’apprêter au miel, après l’avoir fait cuire, histoire de garder l’aspect confit (vous la retournez plusieurs fois, dans une poele beurrée, avec plusieurs cuillères à soupe de miel jusqu’à ce qu’elle soit bien imprégnée, et comme translucide. Laissez s’égoutter). Ca nous donne l’ébauche du nom de la recette : Tatin de chicons confits au miel.
Mais il manque quelque chose : l’ailleurs, le vent du large, le claquement des voiles sur un trois-mâts au pont de bois, Marco-Polo et la route des indes … ce genre de choses. Alors on va les mettre.
Avec du poivre et du piment, bien sur.
Puis il manque la montagne aussi, et on va rajouter les Pyrénées (vous ais-je dit qu’il fallait prévoir un plat assez grand ?..). Et l’intitulé complet (sinon définitif) de la recette devient : « Tatin de chicons confits, au piment d’Espelette ».
Ensuite, il ne vous reste plus qu’à terminer en roue libre, avec le caramel sur le moule, la pâte sablée sur la garniture, etc., etc. (z’allez pas me dire que vous savez pas faire une tarte Tatin, quand même !).

Enfin, voila, pour ceux qui auront eut la patience de lire jusqu’ici, je voudrais terminer par une question : quel pinard avec ça ?
C’est que si vous voulez vraiment que votre petit(e) ami(e) succombe (à votre charme) après le dîner aux chandelles en tête à tête, il peut être prudent de prévoir quelque substance facilitatrice, non ?
J’ai bien une ou deux idées, mais je serais curieux de connaitre les votres…

Posté en tant qu’invité par le vieux:

j’ai tout lu Pierre mais excuse c’est d’un niveau trop élevé pour moi qui ménage méme l’activité de mon cerveau.

Posté en tant qu’invité par pierre:

Le diner aux chandelles c’est pas un peu trop tradition?

Posté en tant qu’invité par le jeune:

Avec ça, la clairette de Die Tradition, bien sûr.

Posté en tant qu’invité par Phil:

Ouais, et les pièges culinaires cousus de fil blanc pour attirer l’élu(e) de ton coeur au fond d’un plumard, sans que ce soit une tradition, disons que ça s’est déjà fait un certain nombre de fois… Comme quoi, la tradition, ça a du bon parfois…:wink:

Posté en tant qu’invité par Charles:

Moi j’aime bien les chips tradition , à l’ancienne quoi ! Celles d’aujourd’hui , elles sont pas pareilles par exemple , elles n’ont pas ce goût d’ancien .

Posté en tant qu’invité par Phil:

Un vin rouge exotique, très fort et très capiteux. (Mais attention, pas un world-cabernet-sauvignon, hein, un truc classe, recherché, baudelairien presque…)

Posté en tant qu’invité par Pierre:

Moi c’est Pierre aussi, mais je me suis mis une majuscule justifiee par la tradition, rien de plus.

Juste pour noter que la tradition, finalement, ca a quand meme du bon.
La preuve…

Je ne sais pas si j’essaierai ta recette mais le contre-pied aux traditions, ca me donne des idees.

Bonnes fetes.

Posté en tant qu’invité par Nicolas (ex-Pere Noel):

Phil a écrit:

Un vin rouge exotique, très fort et très capiteux. (Mais
attention, pas un world-cabernet-sauvignon, hein, un truc
classe, recherché, baudelairien presque…)

Des noms, des noms!

Dans le genre plus classique (chuis pas chauvin, mais j’y connais juste rien à ce qui se vinifie hors de France ;o), j’étais en train de saliver en pensant à un Coteau du Layon… Ou alors un Gewurztraminer?
Ou alors, si la dose de piment est un peu forte, un rouge qui tape du poing sur la table, style Collioure (ou un autre truc à 100% Grenache)…

Posté en tant qu’invité par pierre:

Tout d’abord, merci à pierre et Phil de m’avoir ouvert les yeux ! Grâce à eux, je vois bien le coté ringard et « old fashion » de l’affaire, et, chandelles ou pas, je renonce définitivement aux dîners en tête à tête en amoureux …euhhhhh… je réfléchis encore un peu, d’accord ?

Mais passons aux choses sérieuses, je veux dire : le pinard.

Phil, je ne vois pas très bien ce que tu veux dire par « Un vin rouge exotique, très fort et très capiteux ». Si l’exotisme commence outre-Pyrénées, est ce qu’un Rioja correspond à ce que tu évoques ? Ou plutôt un Raimat ? Par parenthèse pour ceux qui le connaîtraient, je signale que en plus du cépage historique (100% Tempranillo), on trouve maintenant dans le Raimat du Cabernet-Sauvignon. Comme quoi la tradition se perd, tout fout le camps, ma bonne dame, et grombleu-bleu-gna-gna-gna …

Pour Nicolas, c’est sûr que le Gewurtz. est la première idée qui vient en tête … c’est même son principal défaut, et cela le disqualifie pratiquement, vu l’objectif initial (plutôt l’inattendu que le trop convenu).
Le Collioure est une bonne idée théorique, et cela permettrait de filer la métaphore du voyage pyrénéen, en rajoutant pour pas cher une grande traversée, entre Atlantique et Méditerranée. Mais plutôt qu’un rouge « standard », dont j’ai vraiment beaucoup de mal à imaginer l’association avec le sucré-salé-amert, j’avais pensé à un Banyuls. Qu’en penses-tu : c’est ma solution 2.

Ma solution 1 (mais je ne demande qu’à en changer, si vous trouvez mieux !), c’est un vin du Jura assez confidentiel : le vin jaune. Si ça vous intéresse toujours, je vous dirai pourquoi.

Ps : un autre vin du Jura, le vin de paille, pourrait faire l’affaire. Mettons cela en solution 1 bis …

Posté en tant qu’invité par l’Urbain:

pierre a écrit:

Ma solution 1 (mais je ne demande qu’à en changer, si vous
trouvez mieux !), c’est un vin du Jura assez confidentiel : le
vin jaune.

Tiens, ça, c’est mon cadeau de noël. Un Savagnin. C’était très bon. Sur quoi on l’a bu, déjà ? Je ne me souviens plus. C’était très très bon.

Si ça vous intéresse toujours, je vous dirai
pourquoi.

Ha non ! Je n’aime pas connaitre la fin d’un film avant de le voir.

Posté en tant qu’invité par luc:

si j’ai bien compris, il faut faire l’inverse de ce qu’on fait d’habitude.
A partir de maintenant, j’arrete de respirer

Posté en tant qu’invité par Filou:

Un Jaune, ca me parait trop « sec », et sans les bons catalyseurs d’alliance dans la Tatin de Chicons… à moins de rajouter un pistil de safran ou une pointe de curcuma !
J’aurais bien vu (comme déjà écrit) un vin 100% grenache, jeune, sur son fruit. (exemple Côtes du Rhone Village La granacha d’Estezargues).
Ou bien retour au Gewurtz… mais alors un bon 1er cru ou vend. tardives.

Posté en tant qu’invité par Nicolas:

pierre a écrit:

Le Collioure est une bonne idée théorique, et cela permettrait
de filer la métaphore du voyage pyrénéen, en rajoutant pour pas
cher une grande traversée, entre Atlantique et Méditerranée.
Mais plutôt qu’un rouge « standard », dont j’ai vraiment
beaucoup de mal à imaginer l’association avec le
sucré-salé-amer,

Ben c’est justement ce que j’ai pensé, le côté surprise…
Il faut quand même réaliser que le Collioure n’est pas tout à fait standard, il est très disons… épicé. S’il n’y a que très peu de piment dans la tarte, ça risque de ne pas aller.
Je dis Collioure parce qu’ils sont vraiment typés, mais certains Côtes du Rhône à Grenache pourraient aussi aller.

j’avais pensé à un Banyuls. Qu’en penses-tu :
c’est ma solution 2.

Ma solution 1 (mais je ne demande qu’à en changer, si vous
trouvez mieux !), c’est un vin du Jura assez confidentiel : le
vin jaune. Si ça vous intéresse toujours, je vous dirai
pourquoi.

Ps : un autre vin du Jura, le vin de paille, pourrait faire
l’affaire. Mettons cela en solution 1 bis …

Tout ça a le petit inconvénient d’être doux, et donc aussi un peu attendu comme tu le disais à propos du Gewürz…
Pour ce qui est des vin de paille et vin jaune, je les préfère tout seuls, même si l’association est sans doute au moins à essayer.

Le Banyuls me parait tentant, en choisissant un « petit » Banyuls pas trop vieux, qui n’écrase pas trop le plat… On est toujours dans le Grenache et je pense que c’est un bon choix.

Posté en tant qu’invité par bouclettes:

finalement est-ce que l’avant garde de l’inovation ce ne serait pas un retour, même léger au traditions ?
En effet si certaines sont idiotes, d’autres sont parfaitements justifiées. Finalement c’est surtout si faire une action est inteligent et utile qui devrait nous guider, l’encourager ou la rejeter par dogme relève de la bétise, mais ça évite de faire des choix…

Posté en tant qu’invité par pierriccardo:

J’ai deja essayé cette « Tatin », très tradition chez nous, en Italie.
Elle etait accompagné de « Melange de Genepi, Barolo 1980, Sangria avec des fraises freches ».
Insuperable!

Posté en tant qu’invité par pierre:

pierriccardo a écrit:

J’ai déjà essayé cette « Tatin », très tradition chez nous, en
Italie.

Arggggghhhhhhhh !!! … Le coup de poignard dans le dos ! On n’est jamais trahis que par ses amis !

C’est pas possible, je ne peux pas le croire : avec des endives confites au miel ? Du piment ? Le caramel sur le dessus ?
Ma, il nous reste quoi, à nous autres, en France, pour séduire nos belles : vous etes déjà les plus beaux, des mieux habillés, les meilleurs designers, vous avez Ferrari, le Pausilippe et la mer d’Italie, Florence et le Chianti … Pfffff …

Ouf, sauvés : vous avez aussi Berlusconi !

Posté en tant qu’invité par pierriccardo:

AHHHHHHHHHHHHHHH!!!
Touchééééééééééééééééé
On est pourtant en train de s’ organiser pour ca!
Attendez 4/5 mois et ce cera fait
Excusez-nous pour nos erreurs passées
Tu a oublié Venise, spaghetti et pizza!
tchao
riccardo prodi

Posté en tant qu’invité par Nicolas:

pierre a écrit:

Ouf, sauvés : vous avez aussi Berlusconi !

Ben oui mais nous on a Chirac aussi… Et avec le Sarko qui va nous tomber dessus…
Ca me rappelle un jour de fin mai 2002 où j’avais vanné un pote Autrichien avec Jörg Haider et Kurt Waldheim…

bouclettes a écrit:

En effet si certaines sont idiotes, d’autres sont parfaitements
justifiées. Finalement c’est surtout si faire une action est
inteligent et utile qui devrait nous guider, l’encourager ou la
rejeter par dogme relève de la bétise, mais ça évite de faire
des choix…

En cuisine (comme peut-être dans pas mal de domaines des arts?), le rejet systématique de la tradition a au moins une qualité : celle de surprendre.
Evidemment il ne faut pas le faire tous les ans sinon on se retrouve avec la même soupe tous les deux ans!

Posté en tant qu’invité par bouclettes:

après, il y a les bonnes et les mauvaises surprises…

En fait j’adore le changement, mais le rechercher à tout prix, par principe me parait un peu exessif. L’interet de tout tenter, de tout essayer, c’est de pouvoir retenir ce qui est bon, non ? Et d’avoir la force de continuer à chercher.