Posté en tant qu’invité par Vincent G:
Le problème de Bleau côté grimpe (pour ceux qui connaissent le site), c’est l’utilisation intensive de la magnésie. Ce n’est pas une affaire d’esthétique ou d’écologie (quoi que), mais une question mettant en jeu l’escalade elle-même : les blocs deviennent ingrimpables (en tout cas dans le niveau initial; après, je sais très bien qu’avec un niveau de 7a je suis souvent certain de sortir un 6b bien huilé, mais le plaisir de ma grimpe n’est plus du tout le même …).
Il y a des sites aujourd’hui complètement bousillés à cause de la magnésie. De plus en plus de site. Pour ceux qui ne connaissent pas le gré bellifontain, c’est un problème spécifique à cette roche, chimiquement beaucoup plus « sensible » au carbonate de calcium que le calcaire, le gneiss ou le granite.
Et les conséquences de l’utilisation de la magnésie s’accroissent de manière dramatique, en raison de la concentration et de la surfréquentation des grimpeurs (de tous pays) sur quelques sites phares. Dans ces sites, on voit des hordes de grimpeurs tenter plus ou moins vainement les passages, en rechargeant la magnésie à chaque essai. Sur les photos du voyagiste anglais par exemple, les grimpeurs ont tous leur sac à magnésie. Les meilleurs grimpeurs de la forêt donnent eux-même le mauvais exemple, se faisant photographier avec le sac à magnésie sur le sol ou filmer dans leurs perfs en train de copieusement se tartiner les mains. Mais il est vrai que, dans le 7 et au-delà, la magnésie n’est pas encore un vrai problème, les blocs étant relativement moins trempés que dans le 6 et le 5.
On constate qu’appeler à brosser ne sert à rien, même s’il faut continuer à le faire. D’ailleurs, quand on discute avec des grimpeurs qui tartinent sans limite (quelque soit la nationalité) en expliquant gentiment que la magnésie bousille le passage et que vu que le rocher est déjà tout blanc, ça ne sert à rien d’en rajouter, dans le meilleurs des cas on soulève l’incompréhension. Quand on sort le passage, en nettoyant préalablement les prises, et en le brossant une fois revenu au sol, je crois qu’il y en a qui ne comprennent vraiment pas la démarche, qui t’en veulent presque d’avoir brossé et qui s’empressent d’en refoutre, persuadés que ça favorisera leur perf (alors que c’est l’inverse). Je tiens à préciser que moi-même je mets parfois de la magnésie, très peu, mais que ce très peu, vu le contexte actuel et la sur-utilisation du produit sur les sites dont je parle, apparaît clairement de trop.
Je propose donc, sur quelques sites pilotes qui seraient déclarés protégés (restons pragmatiques, liste limitative à des sites historiques et/ou internationalement très fréquentés : Bas-Cuvier, Isatis, Cuisinière, 95-2 et Roche aux Sabots par exemple), l’instauration d’une réglementation choc sur l’interdiction de la magnésie, à contrôler 20 à 30 fois par ans (grands week-ends, semaines de vacances, froid sec par exemple) par les agents forestiers et la gendarmerie. Histoire de bien marquer les esprits, sur ces sites, tout grimpeur utilisant de la magnésie se verrait infliger une amende de 300 euros, ou à défaut confiscation du crash-pad / du matériel. Juridiquement, la mise en place de tels arrêtés ne pose aucun problème.
Je sais que je vais me faire incendier sur le forum (je m’attends même à des insultes et aux pires amalgames !), mais qu’avez-vous à proposer d’autre ? Pour que cela fonctionne, il faut que cela vienne de la communauté des grimpeurs (si tenté qu’elle existe), que ce soyons nous qui régulions de nous-même, par notre éthique et notre comportement, notre terrain de jeu. Ainsi, qui oserait spiter les sites de Shefield ? Celui qui s’y essaierait se ferait salement amocher !
C’est pourquoi il faut en plus un volet lobbying et un volet éducatif. Panneaux d’information sur les parkings, lobbying pour l’inclusion de mentions sur l’interdiction de la magnésie dans les topos (Cf. le topo 7&8 et les topos anglais, où il n’est absolument pas question de ces points, merci à eux !) et relais sur les sites d’infos sur le net. Il va falloir convaincre.