Posté en tant qu’invité par Claude M.:
Les réserves avancées par Pierre sont justifiées,.....mais elles ne deviennent applicables qu'après quelques années de "bouteille" qui permettent d'exercer son jugement au cas par cas........:-))
J'avoue appliquer systématiquement les régles du départ précoce, neige ou pas, glacier ou pas, froid ou pas, car je ne sais pas ce que vont me réserver la montagne et la météo : aussi bardé de prévisions, topos, cartes et autres connaissances que je puisse être, ce ne sont après tout que des paris sur l'avenir, de simples probabilités.
La mode (car c'en est une), est à la banalisation d'un milieu (la montagne) à l'instar de tous les autres, via une exorcisation par le matériel, la négation du risque, la dissimulation de la souffrance et de la mort.
Le refuge 4 étoiles où rien ne permet de déceler l'inévitable précarité de l'alpiniste en action, les images triomphantes de la pub, et le sentiment rassurant que les guides (imprimés) et autres descriptions disent la totalité d'une situarion, finissent par endormir l'attention au bénéfice de cette certitude : je paie (le matos, les guides, le refuge, les assurances, la doc, etc...) donc tout peut m'arriver sachant que ça se terminera, bien sûr, par le "happy end" prévu dans ce contrat informulé qui passe par l'achat d'une marchandise. La valeur d'usage est assurée (c'est faux, évidemment) d'accompagner la valeur marchande.
On se paie parfois un loisir en montagne comme on se paie la visite des châteaux de la Loire...Et on se comporte en conséquence. On est en vacances, n'est-ce pas ? Et en vacances, on se lève quand on veut............
Alors, tu te retrouves souvent (à Gastaldi, à la Binntalhütte, à la Femma, au Mandron, à Valsorey, etc...) en plein mois d'août être le SEUL à te lever à deux ou trois plombes du mat' (avec souvent la chance de tomber sur un gardien en or qui t'a placé dans une chambre tout seul, histoire de ne pas réveiller les autres...), ou bien, découragé par le bordel persistant bien après 23 heures, tu fous le camp pieuter dans ton duvet à Marmotte-city........
Et tu pars, en te louant une fois rentré de ton départ précoce (les yeux lourds, les membres engourdis et froids, le souffle non encore trouvé, le petit déjeuner au bord des lèvres, la solitude, la nuit et ses fantômes indécis ), pour avoir échappé de ce fait à l'écroulement d'une cathédrale de séracs, à l'avalanche de "pianos" dans un couloir, au glissement d'éboulis gorgés d'eau, à l'écroulement d'un pont de neige, à la coulée qui a laminé une pente, à la mitraille déversée par d'autres, et plus encore d'avoir pu renoncer à temps devant une impossibilité quelle qu' ait été sa nature, alors que d'autres rentraient (ou ne rentraient pas !) qui aveugle, qui un membre fracturé, qui en hypothermie, qui....pour ne plus provoquer que les pleurs des siens !
Tout doit être facile, riant, sûr, agencé et orchestré pour un usage ludique. Point.
La même constatation est à faire sur mer. Les quelques vieux marins régulièrement rameutés par la SNSM (une sorte de PGHM civil et volontaire) que je connais, se désolent pour des raisons analogues : méconnaissance, inconscience, mise en jeu sans scrupule de la vie des sauveteurs.
Vous avez renoncé : vous ferez de vieux alpinistes heureux de raconter les bonnes et mauvaises surprises, en vous marrant devant une bonne bouteille..........
Partez tôt, toujours plus tôt encore que vos calculs ne sauraient vous le conseiller : de toute manière, ce sera du temps en plus pour contempler la montagne, vous asseoir après l'effort et regarder l'ombre des nuages jouer sur les fleurs, les névés, les rochers.....
Bonnes courses et longue vie !