Posté en tant qu’invité par david:
Ce n’est pas tout à fait cela. Il y d’une part la croissance potentielle, qui est facteur de la croissance du travail (grosso modo de la population) et du capital.
Dans les faits cette croissance potentielle n’est jamais réalisée. Elle est soit inférieure, soit supérieure. Cette variation est bien entendu due d’une part à l’utilisation du capital. Mais elle est aussi due à l’évolution de la productivité.
Un travailleur, par exemple une secrétaire, est actuellement bien plus productive qu’il y a 20 ans. Ceci s’explique en partie par les progrès de la formation mais surtout par les progrès technologiques (pensez au travail qui est gagné grâce simplement à l’emploi du traitement de texte).
L’exemple des casseroles est peu illustratif. Mais prenons une télévision par exemple. Alors qu’il y a 50 ans un ouvrier fabriquait 12 télévisions par année (je dis n’importe quoi) il en fabrique maintenant 120. Le résultat est une plus grande abondance de bien et donc plus de biens pour chacun (il y a 30 ans une télévision était un luxe, maintenant il n’y a rien de plus banal). Relevons aussi qu’un phénomène de communication permettent à la population de profiter des gains de productivité pour obtenir des biens qui ne bénéficient pas de ces gains.
L’argent n’a en outre rien à voir là dedans. La monnaie n’est qu’un outil de transfert de bien. La valeur d’une monnaie dépend du nombre de biens qu’elle représente ainsi que de sa masse. En faits les deux ne sont pas directement corrélés, en raison d’une multiplicité d’acteurs (état banques) et d’informations imparfaites, d’où des phénomènes de variation de taux de change d’inflation etc (certaines théories économiques d’ailleurs estiment qu’il est important de limiter ces distortions au maximum, et d’autres qu’il faut utiliser ces distortions).
En conséquence dans votre exemple, soit le prix des casseroles baisse, soit on émet plus de monnaie (par exemple en payant plus les ouvriers) et plus de monde achète les casseroles donc les prix se maintiennent (je simplifie beaucoup il existe de nombreux schémas de distortions monétaires et c’est aussi un sujet de débat entre économistes dont je ne fais pas partie d’ailleurs).
Pour ce qui est du système capitaliste sa survie dépend en effet de la croissance. Marx, qui demeure par ailleurs l’un des plus grands économistes de tous les temps au même titre que Adam Smith, anticipait la fin du capitalisme parce qu’il n’avait pas vu deux choses :
- les gains de productivité considérables que le progrès technique permettait,
- le fait que des mécanismes de redistributions seraient rendus possibles par ces gains de productivité qui permettraient de créer une classe moyenne, sans avoir besoin d’apauvrir la classe riche de l’époque, tout en réduisant les écarts de richesse entre les classes (de fait dans l’histoire de l’humanité ces écarts n’ont jamais été aussi faible qu’au cours de la fin du siècle dernier - le 20e je précise).
Néanmoins le deuxième point suppose une croissance forte. Dans le cas contraire, soit une minorité de la population s’enrichit sur le dos des autres, soit on ponctionne les riches, et donc le capital, pour alimenter une redistribution.
Dans les deux cas des problèmes d’équilibre apparaîtront rapidement. Pour ce qui est de l’apauvrissement, c’est évident. Le spectre désinflationniste guette et on retombe dans une logique qui conduisait Marx à anticiper la fin du capitalisme. Dans le deuxième cas le problème est que les détenteurs du capital n’ont plus de confiance dans la société dans laquelle ils vivent, et l’investissement est alors découragé. Or l’investissement, qui permet d’avancer de l’argent en prévision de bénéfices futurs est le mécanisme fondammental du capitalisme (notamment parce qu’il permet de financer les gains de productivité futurs), qui lui-même est le système, il faut bien le reconnaître, qui a permis aux pays occidentaux de sortir d’une économie uniquement basée sur la production de biens fondammentaux. La croissance est donc bien un corrollaire indispensable au maintien du système actuel qui n’a, peut-être malheureusement, pas encore trouvé d’alternative.
D’ailleurs relevons que nos systèmes sociaux actuels ont justement pu être mis en place dans les années 50 et 60, grâce à une croissance forte. À l’inverse la difficulté de leur maintien vient du fait que la croissance actuelle est plus faible et qu’ils sont à long terme très difficiles à financer dans les circonstances actuelles. Relevons aussi que la croissance doit être plus forte que la croissance de la population (cette fois-ci je parle bien de population et non de travail) pour permettre une redistribution qui n’a pas les conséquences que j’ai énumérées ci-dessus.
En revanche la croissance n’est pas forcément négative. Elle peut être produite par des progrès dans la production d’énergies propres. Le PIB correspond à la valeur ajoutée c’est à dire la production totale, moins les coûts de matière première et de services externes. Si la production d’énergie devient moins chère il y a croissance du PIB, ajoutée à la valeur produite par les nouvelles entreprises créatrices d’énergie. Le développement durable n’est donc pas un concept absurde, loin de là.
Maintenant il existe aussi des théories de décroissance. Je suis très sceptique sur leur faisabilité, notamment pour les raisons évoquées ci-dessus, mais aussi parce qu’il me parraît difficile de demander à nos enfants de renoncer à une partie de notre confort actuel (car c’est bien de cela qu’il s’agit).
Voilà, nous sommes complètement hors sujet pour mon poncif peut-être bien pénible, mais je trouvais vos réflexions intuitives suffisemment poussées pour tenter d’y répondre, même si ce ne sont pas là les réponses d’un spécialiste.