Pyrénées

Posté en tant qu’invité par Francois:

Mur de la Cascade
Barèges est un très joli village des Pyrénées, au pied du col du Tourmalet (là-bas, ils prononcent " Tourmalette "), célèbre pour son tour de France. Le centre UCPA est abrité dans une espèce de bâtisse immense, complètement kitsch, style architectural : " thermal 1930 ", avec des corridors lugubres, sans fin ni d’un côté ni de l’autre, des recoins mystérieux, des greniers poussiéreux où le vent gémit sous les tuiles, des escaliers bancals conduisant vers des pièces improbables, désertées depuis des lustres, oubliées des dieux et des hommes, une façade telle qu’on les fabriquait en ces temps là, d’une architecture compliquée, tarabiscotée, un mélange de bois et de pierre, de faïence, de verre bleu, rose, des volutes contournées, de la crème Chantilly partout, des petites mansardes, des grandes fenêtres et des petites aussi, des pignons décalés, des petites tourelles, des créneaux et des mâchicoulis… Il n’eut pas été surprenant d’y croiser, dans un couloir, un alpiniste des années 30, en chaussures à clous et bandes molletières, errant comme une âme en peine à la recherche du temps perdu, une lanterne à la main. La toiture était à l’avenant: des pointes, des pics, des paratonnerres, des trucs décoratifs en fer rouillé, des pentes dans tous les sens, des gargouilles qui dégoulinaient mélancoliquement les jours de pluie…
C’était là que nous officiions.
L’accueil du chef de centre avait été plutôt rafraîchissant.
- Mais…j’avais demandé deux guides! s’écria-t-il d’un air outré.
Nous n’étions que simples moniteurs et tout frais moulus du stage de formation.
- Qu’est-ce que je vais faire de vous?
Ca commençait bien.
Après réflexion et petite leçon de morale (Dieu sait pourquoi), il nous a confié un groupe que nous avons mené, une semaine durant, en randonnée alpine dans le massif du Néouvielle. Le dernier jour, nous nous sommes perdus. Il y avait du brouillard et, au lieu de passer la Hourquette de Mounicot (c’est des noms de par là-bas), nous avons pris le pas de la Crabe, ce qui nous a conduit du mauvais côté du col du Tourmalet, à la Mongie je crois, alors que le car nous attendait sur l’autre versant. Encore aujourd’hui, je me demande comment on a fait pour se tromper: si on regarde la carte, on voit que, par rapport à ousqu’on était, les lacs Dets Coubous (où, soit dit en passant, l’UCPA avait installé un camp provisoire sous toile et y avait affecté un cuistot spécialiste des crêpes à la bière. L’étape dans ce camp était fort prisée et le lendemain, les départs étaient laborieux), les deux passages sont diamétralement opposés. On n’a pas du tenir compte d’une histoire de 180° dans un calcul d’azimut. Il fallut repasser le col en stop pour récupérer le car. Puis nous avons eu une explication tumultueuse avec le chef de centre.
Que celui qui ne s’est jamais perdu nous jette la première pierre. Ne lapidez pas le prophète!
A la suite de cet exploit, dont il ne nous a pas été tenu rigueur finalement, nous avons eu à cœur de prouver notre compétence. Le dimanche suivant, mon camarade est allé, en solo, à l’arête des Trois Conseillers, au pic du Néouvielle et moi-même j’avais choisi le Mur de la Cascade, à Gavarnie, qui me semblait de nature à redorer mon blason. Ce choix m’avait paru particulièrement judicieux. Le Mur de la Cascade est la grande paroi qui ferme le cirque: Trois cents mètres d’escalade pas très difficile mais spectaculaire, un vaste public pour admirer (tous les visiteurs du cirque, et Dieu sait s’il y en a!) et un retour relativement rapide par des échelles quelque part, si je me souviens bien ; les Sarradets ? (c’est vieux, tout ça).
Il était dit dans le topo: « grimper à gauche de la cascade ». Je n’y voyais pas d’inconvénient. Des cascades, il y en avait une bonne douzaine. Il y en avait partout. De toutes façons, on était toujours à gauche d’une cascade.
J’ai relu le topo: « grimper à gauche de la cascade ». J’ai donc choisi la plus grosse. Ce n’était pas la bonne. Vue de loin, cette cascade-là avait l’air d’une cascade normale. En fait, vue de près, c’était une espèce de Niagara qui déversait des trombes d’eau, et quelques pierres pour faire bonne mesure, qui déplaçait des masses d’air colossales dans un fracas d’apocalypse, je sentais les embruns et le souffle à cinquante mètres. Impossible de traverser. Je suis redescendu.
Après quelque errance, j’ai retrouvé la bonne voie, franchi le trou boueux - Ce trou boueux, indiqué dans l’itinéraire, m’inquiétait. Le passage difficile, du V je crois à moins à moins que ça ne fût que du IV+, je ne me souviens plus trop, se trouvait juste au-dessus de ce trou boueux. Un trou boueux n’est jamais sympathique et je ruminais de noires pensées- franchi le trou boueux donc, après avoir nettoyé les semelles de mes super-guide avec une conscience et une application qui eussent fait l’admiration de mes professeurs, et traversé la cascade (la bonne cette fois) qui s’apparentait plus à un paisible ru vosgien qu’à un terrible torrent pyrénéen. On était tout de même rincé à fond à la sortie. La suite s’est déroulée sans histoire.
De retour dans le fond du cirque, je me suis aperçu, avec un certain dépit, qu’un gugus qui grimpe dans cette paroi est absolument invisible du bas. Mes rêves de gloire et mes illusions se sont alors envolés.
Ma conclusion est que, que ce soit du IV ou du VI, si on rate son coup, on finit comme une bouse au pied de la paroi. C’est ma conclusion.
Ce fut, paraît-il, m’a-t-on dit, la première solitaire du Mur de la Cascade à Gavarnie. Cette affirmation est à prendre cependant avec pincettes et prudence, comme l’expérience le montre. Cet exploit n’a eu aucune incidence sur la suite de ma carrière ni, d’ailleurs, sur la dorure de mon blason.
Sic transit gloria mundi…

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Posté en tant qu’invité par C.L.:

Merci Francois!

Posté en tant qu’invité par flam:

franchement, cette prose mérite mieux que de moisir sur un forum !
iaka publier comme disait l’autre …

Posté en tant qu’invité par Francois:

iaka, iaka…

Posté en tant qu’invité par Jeff Interrallié:

Mais non ! Il n’y a pas plus bel effort que l’effort gratuit. Comme la première solitaire du Mur de la Cascade, qui n’a apporté à notre héros ni gloire ni reconnaissance, la relative confidentialité des écrits de notre François « Nourrisseur » (private joke !), le fond briller parmis nous d’un feu sombre qui réchauffe nos esprits engourdis par la médiocrité staracadémienne ambiante.
Merci, François !
Jeff Interrallié

Posté en tant qu’invité par flam:

et tous les pôôôôvres vieux alpinistes qui ont raté le train d’internet, ils restent dans le noir absolu de la nuit sidérale ?

Posté en tant qu’invité par Mic’hel:

franchement, cette prose mérite mieux que de moisir sur un
forum !

pourquoi? on n’est pas assez bien pour françois??

Posté en tant qu’invité par Bubu:

la relative confidentialité des écrits de notre François
« Nourrisseur » (private joke !), le fond briller parmis nous
d’un feu sombre qui réchauffe nos esprits engourdis par la
médiocrité staracadémienne ambiante.
Merci, François !
Jeff Interrallié

En tout cas ce n’est pas le Goncourt…

Pitie, faite des fautes d’accord, de conjugaison, de frappe, de copier-coller, mais eviter d’ecrire phonetiquement, avec des phrases-homonymes (il doit y avoir un autre nom) du style « quand est-il ? » dans une autre discussion, je me demande si l’auteur s’en rendrait compte en se relisant, on finira par ne plus rien comprendre, on deviendra fou…

Posté en tant qu’invité par Thomas:

« Pitie, faite des fautes d’accord… »

Il n’y aurait pas un comme probleme d’accord de l’imperatif (A moins que je sois une vraie burne) ? Bubu a écrit:

Posté en tant qu’invité par flam:

et tous les pôôôôvres vieux alpinistes qui ont raté le train d’internet, ils restent dans le noir absolu de la nuit sidérale ?

Posté en tant qu’invité par Bubu:

Il n’y aurait pas un comme probleme d’accord de l’imperatif
(A moins que je sois une vraie burne) ?

Ouais, mais ça, ça ne me gène pas trop.

Mais le texte de Jeff peut se lire de 2 façons :

Comme la première solitaire du Mur de la Cascade, qui n’a apporté à notre héros ni gloire ni reconnaissance, la relative confidentialité des écrits de notre François « Nourrisseur » (private joke !), le font briller parmis nous d’un feu sombre qui réchauffe nos esprits engourdis par la médiocrité staracadémienne ambiante.

Comme la première solitaire du Mur de la Cascade, qui n’a apporté à notre héros ni gloire ni reconnaissance, [et comme] la relative confidentialité des écrits de notre François « Nourrisseur » (private joke !), le fond brille[r erreur de frappe: le « r » est a cote du « e »] parmis nous d’un feu sombre qui réchauffe nos esprits engourdis par la médiocrité staracadémienne ambiante.

Vous me direz que la 2de interprétation est tordue, mais avec mon esprit tordu je la trouve normale :slight_smile:

Posté en tant qu’invité par Francois:

Hé! Bubu! qu’est-ce que tu as bubu à midi?

Posté en tant qu’invité par Bubu:

Comme la première solitaire du Mur de la Cascade, qui n’a
apporté à notre héros ni gloire ni reconnaissance, la
relative confidentialité des écrits de notre François
« Nourrisseur » (private joke !), le font briller parmis
nous d’un feu sombre qui réchauffe nos esprits engourdis par
la médiocrité staracadémienne ambiante.

Oups, en plus c’est faux, c’est :

[la relative confidentialité] le fait briller …

Ben voila, avec toutes ces fautes, je ne sais plus ou j’en suis…

Posté en tant qu’invité par Yeti:

Il fallait donc comprendre « le fond brille ». Parce qu’il faut avoir de sacrés gros doigts pour taper par erreur « fond » à la place de « fait »
La phrase est tout à fait logique, avec une belle association de deux oxymores : « le fond brille » puis « un feu sombre ».
Il y a des poètes sur ce forum.

Posté en tant qu’invité par Yeti:

Ouais Jeff interalliénés, le plus bel art c’est l’art éphémère et confidentiel. Les plus belles émotions on les a au théâtre plutôt qu’au cinéma, à un concert plutôt qu’en écoutant un CD Studio, dans un bon resto et pas chez Mac Do (et pourtant on enferme José Bové…), en lisant François plutôt que Proust.

Cependant revenons sur sa conclusion qui conclut : « Ma conclusion est que, que ce soit du IV ou du VI, si on rate son coup, on finit comme une bouse au pied de la paroi. C’est ma conclusion. »
Une étude du très sérieux « Comité d’Analyse des Catastrophes en Alpinisme » a mis à jour des résultats qui remettent en cause cette croyance séculaire et un peu simpliste.
Ce comité a fait des relevés scientifiques suite à des chutes de grimpeurs.
Les résultats montrent que si la chute dans du 6 ou 7 produit effectivement une bouse de type bovine il en est autrement dans les autres niveaux :
Du 1 au 3 nous aurions plutôt affaire à des pelotes de réjections : forme encore compacte mais délabrée et d’aspect déchiquetée. Les éléments constitutifs sont encore reconnaissables.
Du 4 au 5 les éléments initiaux sont brisés et souvent séparés en petits morceaux. On s’apparente aux crottes de chamois.
Dans le 8 et au delà nous retrouvons la bouse bovine. Cependant l’aspect beaucoup plus étalé et visqueux rappelle l’alimentation basée sur les maïs transgéniques mal digérés (et pourtant on enferme José Bové…).
Des catégories d’alpinistes ont été définies suite à cette étude.
1 à 3 : Rapaces. 4 et 5 : Chamois.6 et 7 : Vaches.
8 : Dopés.
Une seconde étude est menée par la Section de Caractérisation Animale Taxidermique et Ornithologique pour approfondir la définition de ces profils.

Tout ça pour dire que je ne vois pas le rapport entre la conclusion et le reste du texte. Mais ça tombe bien puisque je me déplace sur les lieux du crime ce week end. Je pourrais réfléchir à la question et vérifier si le François il ne fait que dire des bêtises ou pas.

Posté en tant qu’invité par âlex:

Yeti a écrit:

Ouais Jeff interalliénés, le plus bel art c’est
l’art éphémère et confidentiel. Les plus belles
émotions on les a au théâtre plutôt qu’au cinéma, à un
concert plutôt qu’en écoutant un CD Studio, dans un bon
resto et pas chez Mac Do (et pourtant on enferme José
Bové…), en lisant François plutôt que Proust.

Hé l’autre ! Comme il assimile Francois à un fast food de la littérature alpine (et pourtant on enferme José Bové) !!!
C’est vrai qu’il se fait un malin plaisir à nous distiller ses textes au compte-goutte, tel un distributeur de K7 vidéos !!!

A part ca, je salue ton analyse novatrice des catatrophes en alpinisme.

Posté en tant qu’invité par âlex:

Ah non ! Flute ! C’est Proust qui en prenait pour son grade… Autant pour moi. =D

Posté en tant qu’invité par le critique littéraire:

Franchement, vous n’êtes pas difficiles, car pour lire cette ennuyeuse prose jusqu’au bout, il faut vraiment s’accrocher…

Posté en tant qu’invité par Etienne:

« Je pourrais réfléchir à la question et vérifier si le François il ne fait que dire des bêtises ou pas. »

Vu le temps qui s’annonce, attends-toi à quelques variantes.
« trou boueux » devient « piscine »
« un paisible ru vosgien » devient « une espèce de Niagara »
« un vaste public pour admirer (tous les visiteurs du cirque, et Dieu sait s’il y en a!) » devient " trois pékins mouillés, et donc puants"
etc…

Tu m’ôteras d’un doute: je ne suis plus allé à Gavarnie depuis 25 ans. Je me rappelle bien les Echelles des Serradets, mais pas des échelles des Serradets. Je vois à la place une vire raide et parfois étroite qui remontait vers une combe neigeuse au-dessus du Cirque.
Sinon, je confirme, l’orientation dans le Néouvielle peut vite s’avérer piégeuse dans le brouillard: les arêtes rayonnent dans toutes les directions et ne sont pas toujours des repères fiables.

Bon séjour.

Chapeau pour ton monitorat, François. Il n’y aurait pas comme un cumul de fonctions, là?
Ils apprécient vraiment que leur encadrement parte faire du solo en pleine saison, l’ucèpe?

Posté en tant qu’invité par Jeff:

Enfin, voilà quelqu’un de clairvoyant ! Mais oui, le texte de François le dit bien : il faut s’accrocher ! Sinon, tu t’écrases comme une grosse bouse…
Le regretté P.Desproges le disait : " La culture, c’est comme les parachutes, quand on en a pas, on s’écrase…".
Moi, j’en ai. Alors je m’écrase pas !

PS: Un parachute, bien sûr…