Pyrénées encore

Posté en tant qu’invité par Francois:

Avertissement au lecteur: si ça vous plaît pas, vous zavez qu’à pas lire.

J’ai de bons souvenirs des Pyrénées et de l’UCPA.
Le Ministère de la Justice avait tenté une expérience avec des jeunes de banlieues difficiles (les jeunes et les banlieues) comme on dit maintenant. On aurait pu appeler cette expérience: « Rédemption par la montagne ». En gros, il s’agissait de conduire une douzaine de jeunes, accompagnés par deux éducateurs musclés, en montagne pendant une semaine pour les sortir un temps de leur galère, leur montrer ce qu’est l’effort physique et leur apprendre la solidarité propre à la grande fraternité alpine, selon les normes en usage dans la littérature de montagne, le tout enveloppé de papillotes. Lesquels solidarité et fraternité n’empêchent pas les piolets de disparaître dans les refuges, les mousquetons de se volatiliser (entre autres), les frontales de se dissoudre dans l’atmosphère, les cordes de s’évanouir et les premiers arrivés de prendre les meilleurs places et de les défendre l’arme au poing. Les éducateurs musclés étaient là pour assurer l’ordre.
La solidarité ? pas de doute, ils étaient solidaires… surtout dans les conneries. Il fallait donc orienter cette qualité vers d’autres valeurs. En ce qui concernait l’effort physique, c’était autre chose naturellement, mais on y est arrivé. Et pour l’ordre, on n’a pas eu le moindre problème et les deux musclés se sont roulés les pouces durant tout le séjour. Il faut dire qu’au train où on a mené les choses, les têtes tombaient dans les assiettes dès la fin du repas et, le soir, leur souci prioritaire était d’aller se coucher. Et les deux gardes-chiourme à l’avenant.
Du point de vue éducatif, on leur avait distribué à chacun des tâches simples et précises. Il y a eu un peu de patinage et de coups de gueule au démarrage puis, finalement, tout a marché comme sur des roulettes
On les a accompagnés sur un sommet de 3000 m qui était, si mes souvenirs sont bons, le Turon du Néouvielle, sommet débonnaire s’il en est, mais faut marcher, se fatiguer et gagner son paradis à la sueur de son front et à la semelle de ses godasses. Et puis, bon, c’est un 3000, magie des chiffres ronds et des ribambelles de zéros. Ils étaient ravis. Je me souviens qu’on avait gravi un névé un peu gelé. Une technique très en vogue à l’époque consistait à tailler des marches dans la foulée avec la panne du piolet. Il était nécessaire d’avoir un certain " coup de main " et une bonne coordination, moyennant quoi, on évitait de chausser les crampons. Cette technique semble abandonnée…dommage. Il est vrai que les piolets actuels ne s’y prêteraient guère. On avait monté… j’avais monté, une bouteille de Champagne pour marquer l’événement, bouteille payée de ma poche avec la maigre solde que m’allouait royalement l’UCPA à la fin de chaque mois, en contrepartie des risques pris pour emmener dans la montagne des gens que je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Adam. Qu’on se rassure, avec une bouteille pour une quinzaine, on ne risquait pas de rouler sous la table, d’ailleurs, au sommet du Turon du Néouvielle, je ne crois pas me souvenir qu’il y avait une table. Mais du Champagne dans des gobelets en plastique, ce n’est quand même pas fantastique, et les papilles ne s’y retrouvent pas. Le goût est bizarre…pas mauvais, mais bizarre…et les bulles n’ont pas la même gueule que dans des flûtes. Elles sont plus paresseuses, font moins aristocratique…
On les a menés aussi au petit Vignemale, par la voie normale, hein ! eh, oh, pas fou quand même ! La voie normale du petit Vignemale est une course pour papy, tout à fait tranquille et qui se fait les mains dans les poches. Mais évidemment, tout dépendait de la façon de présenter les choses: en leur expliquant que c’était du vrai alpinisme avec des glaciers tous blancs - vous m’écoutez, oui ?- et de la neige en plein mois de juillet et des rochers très vertigineux et de la glace et du vide et un vaste paysage de haute montagne bien majestueux et bien grandiose, vous avez déjà vu des cartes postales ? ben là c’est la même chose mais en vrai dans la vraie vie, c’est vachement mieux, non ? C’est comme à Chamonix sauf qu’on est dans les Pyrénées mais autrement c’est pareil. Regardez si on voit loin. Ho ! les gars, vous entendez ce que je raconte ? et tous les sommets là autour, vous les connaissez ? non, bien sûr. Vous vous en foutez ? bon. Et une corde (absolument inutile mais cependant indispensable) et, au retour, le regard respectueux et admiratif des randonneuses qui passaient au pied de l’arrête. Examen de virilité réussi. " Vous êtes de vrais hommes, les gars. Vous avez bravé les dangers de la montagne. Faut en avoir, pour ça ! Vous allez voir, elles vont vous tomber toutes chaudes dans les bras ". Ben, euh…ça fait un moment que je crapahute mais je n’ai jamais remarqué. Mais je ne leur ai pas dit, hein ! faut pas leur casser la baraque, j’ai gardé ça pour moi, bon je dois pas savoir y faire (pourtant, bon, merde, prestige du moniteur, bronzage play-boy, yeux bleus et sourire dentifrice…alors quoi ? ou bien j’ai pas les yeux en face des trous ? Il y a quelque chose qui m’échappe…)
Bref, le soir, ils étaient tout fiérots, roulaient des mécaniques, parlaient haut et fort avec force commentaires, en un mot comme en cent, ils faisaient partie de la confrérie et ils en redemandaient.
Le petit Vignemale n’était pas prévu au programme. On en a pris à notre aise avec le règlement qui disait qu’il ne fallait s’écarter sous aucun prétexte de l’itinéraire déposé, sauf cas de force majeure. Ma foi, ce jour-là, la joie et la satisfaction de quelques jeunes galopins de banlieue nous ont semblé un cas de force majeure. Cette entorse au règlement n’a d’ailleurs pas eu de suite, le chef de centre étant un homme grincheux mais compréhensif.
A la fin du séjour, quand on s’est séparé, tout le monde avait la larme à l’œil, snif, snif! On s’écrira ? Echange d’adresses qui sont restées quinze jours dans le fond des poches puis ont disparu dans le temps. Et voilà. Ainsi va la vie.

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Posté en tant qu’invité par âlex:

Hé m’sieu m’sieu !
Comment on fait pour savoir si on doit pas lire pasque ca nous plait alors qu’on a pas lu ?

Posté en tant qu’invité par Louis:

Il y avait quelque chose à comprendre ?
Je me souviens de ces groupes de jeunes des cités à l’UCPA de Barèges. Ils allaient faire le Turon mais… pour plus de sureté ils ne rentraient pas au refuge de la Glère. Ils campaient au bord du lac.
Sacré souvenir… ça a fait du travail à la gendarmerie… les vols… détérioration… même le coffre de l’UCPA n’a pas résisté. Des costaud ces mecs là. mais fallait être solidaire… pour les virer.
En définitive l’UCPA de Baréges a fermé alors ils en ont envoyé à Gavarnie encadrés par les CRS du secours en montagne. Il y en a un qui en a eu tellment marre et surtout la frousse avec ces types dans les canyons (un secours c’est moins dangereux) qu’il s’est fait porter malade… un an de dépression quand même. Ce sont des clients sérieux ces types des banlieues… et puis Gavarnie n’avait jamais connu autant de vols… les bus de touristes menaçaient de ne plus venir. En définitive les structures d’accueil ont décidé de se faire retirer l’agrément jeunesse et sport pour être sur de ne pas devoir les accueillir. Sage solution. Maintenat plus de banlieusards et le calme est revenu dans la vie de tout le monde.

Désolé si ça ne plait pas mais c’est la triste réalité. Dans un village de quelques habitants où tout le monde se connait et laisse sa porte ouverte, un vol c’est de trop car personne ne sait ce que c’est.

C’est con de raconter ça mais il faut connaitre toutes les facettes de l’histoire pour aprécier le récit :slight_smile:
Louis

Posté en tant qu’invité par ölivier:

Oui c’est un peu con de raconter ça Louis… j’espère que maintenant dans ton charmant petit village vous êtes heureux de n’accueillir plus que de bons petits bourgeois bien sage. Pourquoi pas ouvrir des frontières avec demande de visa entre les classes sociales de notre nouvelle et belle Europe?

ölivier (déçu)

Posté en tant qu’invité par ölivier:

Plus jeune comme beaucoup, j’ai encadré des colos.
Mes meilleurs souvenirs sont les moments intenses bons et mauvais que j’ai vécu avec les gamins défavorisés, on avait la larme à l’œil aussi en se séparant…
Remarque les autres, les bons petits bourgeois bien sage m’ont laissé aussi des souvenirs impérissables « c’est mes parents qui te paie alors je fais ce que je veux… »

Bon j’arrête de toute façon on s’écarte du sujet.

Posté en tant qu’invité par FredK:

C’est quoi ta définition d’un bourgeois ???
Quelqu’un qui aime vivre en paix ?

Posté en tant qu’invité par Jeff:

Louis, c’est pas bon de s’écarter de la Pensée Unique…
Mais je m’écarte avec toi !
Il faut avoir le courage de dire certaines vérités. La rédemption par la Montagne est une super idée, probablement efficace dans beaucoup de cas, mais pourquoi diantre les villageois de Barèges auraient à en payer les conséquences ?
Il ne s’agit pas d’arrêter ce genre d’initiatives, voir de les encourager, mais de les encadrer de manières à ce que les débordements néfastes à une population limitrophe soient impossibles.
C’est tout !
Encore un texte agréable à lire, François… J’aime ton style, quels sont tes référants ?
Jeff

Posté en tant qu’invité par Francois:

Mes référents, c’est moi…mais j’aime bien Samivel, Raymond Queneau et Marcel Aymé…et d’autres aussi…

Posté en tant qu’invité par Francois:

Mes référents, c’est moi…mais j’aime bien Samivel, Raymond Queneau et Marcel Aymé…et d’autres aussi…

Posté en tant qu’invité par Francois:

M…, je m’est trompé dans les touches!

Posté en tant qu’invité par ölivier:

Je savais que j’allais irriter avec mes remarques.

Les abonnés du Figaro, ça te va comme définition ?

Evidement qu’il faut encourager ces initiatives et surtout bien les encadrer, et qu’en aucune manière les locaux ne doivent souffrir de mauvaises conséquences.

Ce qui me gène c’est chacun chez soi. Toi dans la merde de tes banlieues, moi dans la douceur de mes montagnes.

Plus on maintient cet état plus les relations seront conflictuelles, il faut essayer de lisser les différences.

Il y a des valeurs auxquelles je tiens : Respect et Soutien.

Même si c’est utopique, il faut au moins essayer d’y croire :slight_smile: et aller dans ce sens.

Posté en tant qu’invité par FredK:

Je savais que j’allais irriter avec mes remarques.
Les abonnés du Figaro, ça te va comme définition ?
Respect et Soutien.

Non, tu n’irrites pas, tu gratouilles juste un peu !!!
Ah zut, moi qui pensais être (enfin je ne sais pas trop) un bourgeois, avec mes idées, hé zut, je ne suis pas abonné et je ne lis même pas le Figaro…
Oui pour tes valeurs, mais Louis nous a juste dit que de la part des gars des banlieues il n’y avait eu aucun respect de la propriété d’autrui (touristes, locaux, centre UCPA)…
Respect et soutien, c’est à double sens :
« je suis un habitant d’une vallée des Pyrénées, je te soutiens, mais tu me respectes ; je te respecte et en plus je peux te soutenir avec des vacances dans ma vallée ».
Quand ce contrat tacite est rompu, il n’y a qu’indifférences et rejet.

Posté en tant qu’invité par Cyril:

Que de plaisir à te lire François, et en plus, on apprend des bouts d’histoire de ta montagne, de la montagne. Plaisant et instructif.

« Lesquels solidarité et fraternité n’empêchent pas les piolets de disparaître dans les refuges »

J’aurais écrit « lesquelles » :wink:

Cyril, qui veut bien faire relecteur avant publication des oeuvres complètes.

Posté en tant qu’invité par Francois:

P…!!! Big Brother is watching me! J’ai intérêt à me relire!

Posté en tant qu’invité par Jeff:

Voilà un débat bien mené, plein de respect, on avait un peu perdu l’habitude par ici…
C’est vrai, des fois, on me traite de bourgeois dans mon village, pasque je vais travailler en costume ! Tout est relatif !
Jeff, bourgeois ? ( à Calais…)

Posté en tant qu’invité par Mic’hel:

Pffff, la discussion sterile des mecs qui voient tout en noir ou en blanc: « nous on veut plus de « banlieusards » parce c’est tous des voyous » et « ah, ces p’tis jeunes de banlieue qu’ont pas de chance dans la vie, faut pas les contrarier »…
Croyez pas qu’on peut trouver une vision plus juste qui soit entre ces deux extrêmes?

Posté en tant qu’invité par Jeff:

Ben, pas stérile la discussion ! Elle l’eut été si ces participants avaient eu la prétention de trouver des solutions à ce problème, ce qui n’est manifestement pas le cas…
Et ce n’est pas ta contribution qui changera cet état de fait !
Jeff, gris

Posté en tant qu’invité par nicolas:

La montagne, redemptrice, quelle belle image.

Comme je voudrais qu’elle soit vraie,
ou du moins qu’elle soit vraie plus souvent.

beaucoup de personnes de nos jours (silence, papy parle) n’ont pas le respect d’eux-meme (comportements suicidaires, destruction de l’image de soi,…) ni celui des autres.

Alors, comme il semple qu’on ne puisse aller en montagne sans devoir rapidement la respecter (en raison des plaisirs qu’elle apporte mais aussi de la sanction quasi-immediate de la fatigue, des courbatures, des gamelles, des blessures…), les enthousiastes de la montagne esperent que du respect pour la montagne viendra le respect pour celui qui l’aborde (soi-meme, puis les autres).

Cette image a pour moi une signification particuliere:
elle me touche par sa verite car un gars mal parti s’en est sorti en se decouvrant enfin des qualites grace a la montagne (il s’est reconstruit son estime detruite par manque d’amour).

elle me rend triste car il fallut appeller les gendarmes pour empecher les petites frappes de deteriorer plus avant les parties communes d’un immeuble de station de ski.

Que peut-on faire pour que la vie l’emporte sur la destruction ?

Posté en tant qu’invité par ölivier:

… fermer les stations de ski!

Posté en tant qu’invité par CinqPlusMax:

Eh Jeff! tes payé pour animer les forums de Camptocamp?