Posté en tant qu’invité par gégé:
Tiens, je t’ai trouvé un texte qui devrait t’aider dans ton entreprise
Serge se redresse, tourne son visage vers moi. Oh ce visage ! Mon pauvre Serge, mon jeune frère, ce visage de douleur… Comme il est gravé en moi, comme il s’est incrusté jusqu’au fond de mon être !
- René, il faut monter sur le plateau. On va aller dans un bistrot manger et boire. On reviendra après.
Mon cœur se déchire. Serge déraisonne. Il n’est déjà plus ici, mais quelque part là-bas dans les calanques, les gorges du Verdon où il grimpait souvent. Sans doute, là-bas, sur un plateau calcaire, y-a-t-il un bistrot où il faisait bon se rafraîchir après une dure escalade sous le soleil.
- Oui, Serge, on va sortir sur le plateau et puis on reviendra.
Au pilier du Frêney en 1961, Pierrot Kohlmann et Antoine Vielle déraisonnaient aussi avant de mourir…
Serge s’est tu. Sur ses bras pliés il a posé sa tête.
Combien de minutes et d’heures se sont écoulées…
Serge se redresse à nouveau. Il agite les bras en gestes saccadés.
- Mon hélicoptère… Il vient, mon hélicoptère !
Mon Dieu, comme elle est dure la métamorphose !
- oui, Serge, il vient ton hélicoptère. Il vient ! Je le vois ! Il arrive ! Je vois une grosse boule de cristal avec de grandes pales d’or.
Serge se redresse davantage, il se tend en arrière, puis lentement s’immobilise, les yeux grands ouverts fixés au-delà des mondes sur l’éternité, vers l’immensité du ciel.
Février 1971
René Desmaison / 342 heures dans les grandes jorasses