Orage

Posté en tant qu’invité par Francois:

Voici un petit texte pour vous distraire pendant un ouiquende qui s’annonce pluvieux (en fait, j’en sais fichtre rien, j’ai pas pris la météo, mais j’aime bien cette expression).

Ce jour-là, le premier de la semaine, en fait bibliquement le dernier vu que c'était un dimanche, notre soif d'aventure nous avait conduit à la face nord du Vignemale. Dans le haut de la paroi, la cheminée Ravier nous proposait une sortie élégante et difficile certes, mais avec un panache qu'ignorait la sortie normale par l'arête de Gaube. Nous étions des jeunots, en ces temps jadis, et bien que passablement doués, nous n'avions pas encore bien assimilé les principes de base de l'alpinisme. Aussi, entre une variante facile et une variante difficile, nous n'hésitions pas.  Nous avons heureusement évolués depuis et maintenant, entre une variante facile et une variante difficile, nous n'hésitons pas. Toutes réflexions faites, les choses n'ont donc guère changé.
Le panache ne fut pas celui que nous attendions. Il se matérialisa sous la forme d'une espèce de chou-fleur qu'on appelle je crois, cumulo-nimbus, annonciateur de diarrhées cosmiques et convoyeur de fureurs célestes. Malgré la menace avérée de déluge équatorial, l'éthique nous imposait de issir proprement, nettement et sans bavures. L'éthique était un accessoire fort à la mode en ces temps reculés, un objet en quelque sorte vétéro-testamentaire, et les chevaliers de l'Alpe s'en caparaçonnaient pour affronter le Malin des Montagnes. L'accessoire en question rouille maintenant au fond de quelque crevasse et a été remplacé, avantageusement paraît-il, par des trucs plus modernes: compétitivité, vitesse, performance, efficacité et autres idées du même bouillon issues de l'air du temps ...Mais comme tout ce qui est au fond des glaciers, ça finira bien par réapparaître (coucou, me revoilou!) un jour ou l'autre. Question de patience.
Nous étions donc à trois longueurs sous le sommet lorsque jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s'ouvrirent, accompagnées d'une fulgurance aveuglante. Où dois-je me réfugier ?
Alors le langage est devenu plus familier et la poésie est morte. Une lutte s'engagea où l'éthique subit les derniers outrages et même pire, et la cheminée fut remontée à la vitesse d'un ascenseur supersonique sans trop se préoccuper d'assurage, mousquetonnage et autres balivernes et fariboles, car notre cœur était plein d'affliction. Dans ces circonstances, qui sait comme la fin est proche ?
Estimant préférable de subir les fureurs célestes sur un glacier plat plutôt que dans une face verticale, ce qui somme toute, semble assez naturel, nous avons jailli au sommet comme un bouchon de Champagne. Rien n'y manquait: ni le liquide, ni le gaz, ni même le bruit. Le ciel et la terre disparurent dans le déchirement de l'espace et du temps, dans le déchaînement des éléments qui procédaient, à notre intention particulière semblait-il, à une démonstration de grande envergure. Nous étions pétrifiés de peur et d'admiration et attendions quasiment une théophanie. Mais l'esprit vint au secours de notre faiblesse et, dans le brouillard et la neige, nous commençâmes la descente sur le refuge de Bayslance. Le glacier, plat, nous proposait diverses solutions. Restait à trouver la bonne. C'est une chose mauvaise et récalcitrante que le brouillard et il nous fallut passer par bien des tribulations, aller, venir, revenir, errer ainsi qu'une âme en peine dans la tourmente et le jour descendant. Comme la pluie et la neige qui tombaient du ciel n'avaient pas préparé le chemin, préparé la voie, nous ne dûmes qu'à la bienveillance extrême de la providence de retrouver la bonne route. Le soir de ce même jour, le premier de la semaine donc, Eole apaisé, nous arrivâmes au refuge. Agréable repos ! Vif désir de l'âme !
Maintenant que le soleil a caché ses rayons, dans la petite salle sombre, nous avons retrouvé au fond d'une poche, un peu d'éthique. Mais très diluée, très diluée ...
C'était un jour d'été, à la montagne.

Posté en tant qu’invité par FredK:

« Le ciel et la terre disparurent dans le déchirement de l’espace et du temps… » : et oui, et maintenant tu es au début du 21ième siècle ! Quel coup de vieux.

« …et attendions quasiment une théophanie » : ah bon ? personnellement, j’attends l’héliophanie, … pour pouvoir manger la galette des rois.

« … comme un bouchon de Champagne. Rien n’y manquait: ni le liquide… » : ça devait être enivrant !

« …qu’à la bienveillance extrême de la providence… » : ah, la voilà la théophanie !

Quelle mauvaise foi d’extraire des passages et de les commenter.

Posté en tant qu’invité par Charles:

Joli
Mais attention : le refuge c’est Baysselance (ils prononcent toutes les syllabes dans le Sud-Ouest)à moins qu’à cette époque c’était pas le même nom (c’était l’époque de Barrios non ? Y avais pas Russell en haut pour t’inviter à bouffer dans une de ses grottes ?)
:wink:

Posté en tant qu’invité par Jean-François P:

Orages, eaux, des espoirs… Le cadre de la tragédie classique !

Posté en tant qu’invité par Dédé:

Vignemale signifie « mauvais caillou » ou quelque chose d’approchant.
Le mauvais temps y est fréquent et les orages peuvent y être terribles (lors d’une tentative à l’Eperon Nord, une cordée avait dû engager une retraite sous un mètre de neige, en plein été).
J’ai aussi été pris par un temps menaçant à la sortie de l’arête intermédiaire et nous avions vite fait rejoint l’arête de Gaube et le refuge des Oulettes sans monter au sommet. Attitude trop prudente peut-être mais … Je pense tout de même que nous avons bien fait.

Posté en tant qu’invité par gloub:

La montagne,par temps d’orage,c’est pointu.

Posté en tant qu’invité par Francois:

Et encore, FredK, il y a d’autres clés! Sauras-tu les trouver?

Posté en tant qu’invité par Francois:

« Attitude trop prudente
peut-être mais … Je pense tout de même que nous avons bien fait. »

Mieux vaut un trop prudent vivant qu’un pas trop prudent mort.
(proverbe chinois: Lao T’su)

Posté en tant qu’invité par lao-tseu@chinesemasters.com:

merci d’orthographier correctement mon nom en VF. Un de mes potes a dit ceci, qui est devenu un autre proverbe: « si ce que tu as a dire n’est pas plus beau que le silence, tais-toi ». Comme ce que tu as écris m’as plu (bien qu’un peu lourd à digérer), je t’accorde le bénéfice du doute :wink:

Posté en tant qu’invité par lao-tseu@chinesemasters.com:

remarque, pour l’othographe, je suis pas mal non plus. Mais à force de se taire, on perd l’usage de sa langue :frowning:

Posté en tant qu’invité par Francois:

Pour orthographier ton nom, j’avais le choix. Soit garder l’orthographe habituel et traditionnel: Lao Tseu. Soit utiliser l’orthographe francisé: Là haut d’ssus, ce qui, tu l’avoueras, est particulièrement de circonstance. Comme je suis un adepte du compromis et de la négociation, quoiqu’on en dise, j’ai choisi une voie médiane.

Posté en tant qu’invité par FredK:

« …les chevaliers de l’Alpe s’en caparaçonnaient pour affronter le Malin… » : les cavaliers de l’Apocalypse (selon St Jean) ?

« …nous avons jailli au sommet… » : une éjaculation précoce ?

« …aller, venir, revenir, errer ainsi qu’une âme en peine… » ;
« Eole apaisé, nous arrivâmes au refuge. » : le retour d’Ulysse en sa patrie ?

Posté en tant qu’invité par Francois:

« le retour d’Ulysse en sa
patrie ? »

Tu approches, tu approches…tu es dans le concept…

Posté en tant qu’invité par FredK:

Je souffre, je peine, …, je ne sais, …, je ne sais vraiment pas…
Allez, dernière tentative avant de donner ma langue au dahut :
St François de Paule marchant sur les flots ?

Posté en tant qu’invité par Jean-François P:

Mao-Tsé-Toung marchant sur Pékin ?

Posté en tant qu’invité par scalp:

Moi aussi je me suis pris un orage dans le massif du Vignemale, en redescendant dans le Barranco d’Ossoue, avec les gentils éclairs à très très très peu de distance, la grêle, la pluie et tout ce qui va avec … j’aurais pas aimé subir le même dans la paroi …

Posté en tant qu’invité par Jean-François P:

Il me revient une anecdote, vécue dans les Pyrénées, au pied du Péric. Nous traversions avec mes parents le déversoir d’un lac alors que l’orage faisait rage. Le refuge nous tendait les bras à une centaine de mètres, de l’autre côté. Déchaussés, nous traversons donc prudemment le ruisseau peu profond, d’une demi-douzaine de mètres de large. Mon père passe le dernier, et alors qu’il est en plein milieu de l’eau, un éclair claque dans le lac, à peine à une centaine de mètres…
Mon géniteur n’a rien eu du tout, et avec le recul, j’aimerais bien que l’on m’explique pourquoi, vu que l’eau est un conducteur, que mon père était pieds nus, et qu’il devait y avoir pas mal de puissance dans cette manifestation de colère du ciel…
Merci !
Jeff

Posté en tant qu’invité par Charles:

Il me semble que :

  • l’eau étant justement un assez bon conducteur, homogène, le courant s’est repartit dans toutes les directions et est allé « se perdre » un peu partout sur tout la surface du fond du lac (dont les pieds de ton père).
  • les lignes du courant ne sont pas rentrées à l’interieur de ton paternel puisqu’elles ont majoritairement parcourues l’eau avant de s’enfoncer dans le sol. Pourquoi seraient-elles remontées dans son corps ?

Ca vous plait comme explication ?

Charles

Posté en tant qu’invité par catherine:

l’explication de Charles est sans doute la bonne, mais j’ajouterai qu’il me semble que pour que le courant passe, il faut qu’il y ait une différence de potentiel suffisante.
C’est ainsi qu’un oiseau peut très bien poser ses 2 pattes sur une ligne haute tension sans problème, à condition qu’il n’ait pas une autre partie du corps qui touche autre chose.

Bon, j’vais demander à mon pater à moi qu’était dans l’temps un spécialiste des champs électromagnétiques et qui a pas mal étudié les phénomènes de la foudre. C’était marrant leurs expériences : par temps d’orage, ils tiraient des fusées reliées au sol par un fil conducteur, ça faisait un chouette paratonnerre (800 m je crois).
Mais ils mettaient bien à l’abri dans une double (ou triple ?) cage de Faraday, et il n’y avait pas intérêt à se balader à côté car dans le sol il y avait des courants avec des forts voltages qui passaient. Mais les propriétés « conducteur » du sol ne sont pas uniformes, c’est très différent d’un lac.

Pour ton papa, le risque aurait été peut-être plutôt avant que ça « claque », de se faire foudroyer directement car il faisait un effet de pointe dans un champ électrique important.

Posté en tant qu’invité par Jean-François P:

D’autant que du coup, il n’était pas « au courant » ! Ah, ah, ah !
Ben oui, elle est nulle, je sais (sourire contris…).
Mais vos explications me paraissent crédibles.
Jeff