Les ferrailleurs du rêve

Posté en tant qu’invité par Romain:

Le même mot, escalade, qui désigne une technique - l’usage des pieds et des mains pour s’élever sur une paroi plus ou moins raide - est utilisé dans différentes disciplines sportives parfois très différentes. Cette équivoque ne serait pas gênante - la plupart du temps, on sait de quoi on parle - si elle n’était pas utiliser par certains grimpeurs pour s’approprier le domaine de la verticalité et vouloir niveler l’ensemble des pratiques à leur seul profit.

A la base de ce comportement, on trouve des certitudes bien ancrées, telle que « l’escalade, c’est nous », qui ne peuvent conduire qu’à des impasses. Elles permettent certes d’indéniables perfectionnements techniques, mais elles laissent bien des grimpeurs en marge des grands courants de l’innovation alpine. Le cas est aujourd’hui flagrant en France dans le domaine de l’équipement des voies et du développement exclusif d’une forme très particulière de l’escalade sportive.

MASSACRE AMORCE

Les signes ne manquent pourtant pas devraient montrer à tous que cela pose un réel problème. Citons par exemple :

  • Michel Piola, la référence certaine en matière d’éthique de l’équipement, s’inquiétant (voir alpirando 2000) de « la perte du respect des lignes existantes, soit le massacre programmé des lignes classiques dans les Alpes (sécurisation en spits de voies ouvertes de façon naturelle) ».
  • Catherine Destivelle, déclarant dans un débat public (Fontaine en Montagne 1999) : « Quand on va dans les Dolomites (ça c’est pour Christophe !) après avoir pratiqué l’escalade sportive moderne, on s’aperçoit que l’on ne sait plus grimper ».
  • Des grimpeurs supposés multidisciplinaires – ils ont le diplôme de guide – maîtrisant si peu les techniques modernes d’assurage qu’ils en arrivent à écrire dans un projet de rééquipement des voies d’alpinisme du massif du Mercantour : « Sur une longueur ou la progression peut s’effectuer uniquement sur friends ou coinceurs, quelques points pourront être néanmoins être fixés pour la sécuriser » . Quand on sait que certains grimpeurs étrangers sécurisent les pitons en place avec leurs coinceurs, cette phrase est ahurissante.
  • Un magazine de montagne sérieux mettant en couverture une photo permettant de croire qu’il est normal de se lancer dans de grandes voies au fin fond du Mali avec le seul équipement utilisé dans les moulinettes aseptisées de nos falaises proches (Vertical n°119, Juin 99)
  • Deux vieux de la vieille de l’escalade, grands grimpeurs devant l’éternel au temps ou l’on ne se demandait pas s’il s’agissait d’aventure au retour de la voie classique de la face ouest du Naranjo de Bulnes dans les Picos de Europa, vitupérant contre les grimpeurs Espagnols, coupable à leurs yeux de n’avoir pas équipé la voie à « la moderne ».
  • Et pour donner une idée du climat socioculturel qui préside aujourd’hui en France aux destinées de l’Aventure, de doctes professionnels du sport discutant sur le thème : « Peut-on pratiquer des sports extrême sans risque ? » (Sic ! France-inter 2002)

De tels signes auraient du être pris en compte, d’abords au plus haut niveau, celui des grimpeurs de poinite et des institutions. Mais comment se remettre en question quand on est persuadé d’avoir raison aux yeux du mone entier ? il y a 3 ans, un responsable de la FFME commençait le compte-rendu d’un colloque national par ces mots : « Il revenait à la France, leader et pionnière incontestée de l’équipement des falaises dans le monde, d’organiser… » Il parut surpris de s’entendre dire que cette phrase était discutable. Mais il accepta de la supprimer pour en parler plus tard. Les années ont passé sans que nous ayons eu l’occasion de le faire. La France est leader. Soit ! mais de quoi ? du meilleur ou du pire ? elle serait incontestée ! Est-ce vraiment le cas ?

LA GUERRE DU FER

Se croire incontesté, et donc incontestable, est sans doute une attitude typiquement Française qui a conduit notre alpinisme dans des impasses tout au long de l’histoire de la conquête des montagnes. Aujourd’hui, il suffit de sortir de l’hexagone pour découvrir que notre escalade n’est pas si incontestée que nous voulons le croire. Le voyage peut commencer dans les Dolomites (encore pour Christophe) ou les grimpeurs Italiens savent ce que valent les spécialistes de l’escalade aseptisée. On peut continuer ensuite par les Picos de Europa, en Espagne, ou les locaux parlent de « l’escalade à la Française » avec une pointe de mépris qui cadre mal avec le discours dominant en France. Et quand on leur demande d’être plus précis, ils renvoient au chapitre « Cueto Agero » du topo actuel de la Cordillera Cantabrica de Miguel Angel Adrados : « Pour grimper sur le Agero, il faut employer à fond les coinceurs, les friends, et s’inventer une « escalade propre » un peu oubliée nous au moment ou s’imposent les critères Français du « avec les dégaines seulement ». [Sur le Agero] le style est plus proche du style anglo-saxon… Qui fait de l’escalade une activité beaucoup plus créative et complète ». Ceci pousse à poursuivre le voyage du côté de nos amis anglo-saxons dont le style imprègne justement tout le nouveau n° de Ascent, à travers des récits d’aventures alpines qui montrent, des falaises proches aux plus lointains Big Walls, un souci constant de s’inventer des entreprises qui laissent intacte la part du rêve.
Le grimpeur et alpiniste John Awbank, dans un article intitulé Ironmongers of the dreamtime (Les ferrailleurs du temps du rêve), résume très bien ce que Miguel Adrados appelle le point de vue Anglo-saxon : Suivre le modèle moderne Français et Espagnol de la Spitomanie en gros (Wholesale bolt mania), et particulièrement du rééquipement (retrobolting), est un désastre. Quand les falaises auront été transformées en véritables décharges à goujons, les grimpeurs les grimpeurs s’en trouveront immensément appauvris. J’ai visité de telles falaises en France, et ma réaction a été celle d’une profonde tristesse… (le nombre de falaise est limité), on n’en fait plus ! Et une fois qu’elles auront toutes été spitées à mort, quand il n’y aura plus d’endroits sauvages, dans tous les sens du terme, nous nous seront privés de la possibilité d’entrer dans un paysage qui nous permette de rêver ».

Peut être le pessimisme de nos amis espagnols et anglo-saxon est-il excessif. On peut penser que le besoin d’aventure sera toujours le plus fort. En France même, de jeunes grimpeurs « avec leur pieds » la France incontestable, et partent, loin des McDo de la grimpe, vivre de vraies aventures dans des Hindu Raj Himalayens. C’est d’eux sans doute que viendra le salut, puisque ni les « dealers perforateurs et leurs intermédiaires, ni leurs consommateurs dépendants » - tout un circuit économique de dépendances réciproques est en train de se mettre en place – ne peuvent aujourd’hui remettre en question l’ensemble du système. Puissent simplement ces jeunes grimpeurs se faire entendre avant qu’il ne soit trop tard, avant que les ferrailleurs aient totalement envahit les espaces de nos rêves !

Posté en tant qu’invité par ya:

Bien dit !

ya

Posté en tant qu’invité par gourdiole:

Les differentes pratiques de l ’ escalade peuvent coexister…
En france les memes grimpeurs pratiquent souvent différentes formes de montagne: escalade sportive , petite falaise, escalade sportive sur plusieurs longueurs, escalade sur voie en montagne équipée, voies en montagne non équipées et cascade de glace ou escalade glacière.
Personnellement toutes ces pratiques très différentes sont complémentaires: On progresse dans l’ une grace à l’ autre.
J’ ai pu récement retourner dans les dolomites pour grimper et les voies qui me semblent etre les plus difficiles ce ne sont pas les itinéraires anciens mais, les voies modernes équipées de goujons qui comportent des passages obligatoires.Pourtant à Grenoble on s ’ entraine plutot sur des voies équipées.
Il faut dire aussi que les espagnols ou les italiens c ’ est des tchatcheurs (là je vais me faire allumer )

Posté en tant qu’invité par benoit:

ouais enfin en france désolé mais il n’y a plus vraiment de voies TA… allez voir les grand sites espagnols pour comprendre ce que c’est qu’un site ou tout cohabite…

Ben

Posté en tant qu’invité par Stalker:

Entièrement d’accord, Romain !
Moi je me suis acheté une corde fixe de 200 m. et je fais tout en moulinette, comme ça plus de spits :slight_smile:

Posté en tant qu’invité par Alexandre:

sur le fond, il ne faut pas spiter les voies protégeables, c’est évident, mais limiter l’escalade aux voies protégeables est dommage, à mon avis

si Piola ne mettait de gollots sur les passages en dalle de ses voies, personne ne le parcourerait…

il faut comprendre la spitophobie mais ne pas oublier que différentes pratiques peuvent coexister…et les individus s’adonner à plusieurs pratiques différentes…

Alexandre

Posté en tant qu’invité par yann:

salut,

Moi je suis plutot d’acord avec Alexandre, peut etre parceque je suis debutant et que ça me rassure de trouver de la belle feraille. Pourquoi cet eternel débat…On sait que c’est pas roots la ferraille, on sait que c’est safe les beaux spits,mais a tourner toujours autour du meme debat on va en venir à se demander pourquoi utiliser des cordes dynamiques alors que le chanvre c’est super beau, pourquoi utiliser des friends alors que les coins de bois c’est typique… Vraiment ça me gonfle la gueguerre « c’est moi qui grimpe le plus mieux » on se croirais dans une cours de recreation.

Yann

Posté en tant qu’invité par Diad:

Ce texte est un texte de Bernard Amy, tu aurais pu le souligner Romain, au lieu de faire croire qu’il est de toi ! Ca n’est pas très correct !

Posté en tant qu’invité par Francois:

Je crois qu’il convient de bien expliquer la problématique, que certains ne semblent pas avoir bien comprise.
Il n’est pas question de dire: « C’est moi qui détient la vérité, c’est comme ça qu’il faut grimper ».
Il convient avant toute chose de respecter un juste équilibre entre les différentes pratiques afin que chacun y trouve son compte. Or la tendance est que ce juste équilibre, si toutefois il existe, est en passe d’être rompu par une pratique du spitage anarchique, envahissante et non concertée, sous un prétexte de « sécurisation » (le grand mot est lâché!). Comme si on ne pouvait pas aussi grimper en sécurité en terrain vierge…

Posté en tant qu’invité par Pierric:

Oui en effet… Rom a posté en double : sur ce forum où il ne l’a pas précisé (oublie…) et sur le forum Escalade où c’est clairement mentionné donc c’est pardonnable, non ?

Posté en tant qu’invité par Pierric:

yann a écrit:

salut,
ça me gonfle la gueguerre « c’est moi qui grimpe le plus
mieux » on se croirais dans une cours de recreation.

Voir la réponse de François… Si tu resumes le débat à ça, c’est que tu n’as pas compris le débat… Personne ne cherche à dire « je suis le plus beau, le meilleur, le seul et unique à détenir la Vérité »… Non simplement, certainnes personnes commence à redouter une l’hégémonie de l’escalade sportive aseptisée made in France… quelque soit le domaine (politique, culture,… Escalade aussi) l’hégémonie est une régression

On cherche donc juste a défendre une pluralité de pratique… personne n’a parlé des couennes de Buoux, Céuse,… (comme souvent cité par les détracteurs…)… la question c’est pour les grandes voies dans les pré-alpes (en moyenne montagne)… la haute-montagne était elle relativement à l’abris du fait des accés plus contraignant et des réglementations des Parcs là où ils existent…

Pourquoi cet eternel débat…On sait que c’est pas
roots la ferraille, on sait que c’est safe les beaux
spits,mais a tourner toujours autour du meme debat on va en
venir à se demander pourquoi utiliser des cordes dynamiques
alors que le chanvre c’est super beau, pourquoi utiliser des
friends alors que les coins de bois c’est typique…

Tu serais pas un peu carricatural ??? En retournant ton procédé : pourquoi grimper avec des spits puisqu’il y a des super-via ferrata de partout ??? Avec ce genre de réthorique, aucun dialogue n’est possible et c’est bien regrettable… Remarque au passage : pour les Via Ferrata aussi on retrouve le même comportement excessif en France… sûrement une des plus fortes densités des Alpes et hyper sécurisés comparées à leurs cousines Italienne ou Slovène…

Pierric

Posté en tant qu’invité par Romain:

Ce texte est un texte de Bernard Amy, tu aurais pu le > souligner Romain, au lieu de faire croire qu’il est de toi ! > Ca n’est pas très correct !

Excuse moi diad, j’ai effectivement oublié de rendre hommage à Bernard Amy, ce que j’ai fait dans le forum escalade.
Ce message est donc tiré d’une réflexion de Bernard Amy, publié dans un n° de Vertical (Avril 2000)
Mea Culpa ;o)

Posté en tant qu’invité par J.Marc:

Pour les rêveurs sans ferraille…

Allez faire un tour dans les Aiguilles de Bavedda, ou les faces cachées du Cintu, de la Paglia Orba ou du Tafonatu…

Malgré les noms exotiques, c’est (pour l’instant) en France…

Posté en tant qu’invité par Rozenn:

Allez faire un tour dans les Aiguilles de Bavedda
Et celles de Bavella sont encore plus belles.
e f’rait bien une p’tite bavedde avec des frides, moi
Ro

Posté en tant qu’invité par tao:

pour ce qui est des falaises quelles soient spitées ou non je m’en fous mais les grandes voies en moyenne et haute montagne là je suis pas d’accord
maintenant si il y a un spit qui traine au milieu d’une grosse dalle de 30m ou l’on ne peut poser un coinceur là ok!
mais je suis contre le tir-clou en moyenne et haute montagne

Posté en tant qu’invité par J.Marc:

Rozenn… Bavella se prononce - et s’écrit - Bavedda, en corse.

Bon, d’accord, je me demande vraiment si c’est en France…

T’as envie de frites ? moi, de chataignes, plutôt !

Posté en tant qu’invité par Rozenn:

On en apprend des trucs sur C2C! Je pourrais la jouer couleur locale lorsque j’irai! (Je n’y ai pas grimpé mais j’étais simplement passée au pied par le GR, mon niveau d’escalade évoluant - à la hausse - j’espère bien décidé mon amoureux à aller grimper là-bas).
Cela dit, vourdraias pas polémiquer mais pourquoi on voit écrit partout « Bavella », hein, pouquoi?
Ro;)

Posté en tant qu’invité par J.Marc:

En Corse, c’ets la guerre… entre les noms propres corses et francisés. Pour les villes et villages, depuis quelques années, il y a double signalisation : Ajaccio/Aiacciu, Corte/Corti, Bonifacio/Bonifaziu, etc… Pour les lieux dits, on y vient peu à peu, mais pas encore trop sur le terrain.

Le topo Petra di Luna, de Quilici, est sous-titré « Bavedda ».

Ce qui est encore plus compliqué, c’est qu’il y a le corse du sud, et le corse du nord (au delà et en deça des monts) ; Bavedda est dans le sud ; et on dit « Bavedda » ; mais dans le nord, on dit Bavella…

Je pense qu’il faut respecter la prononciation et l’orthographe locale… et puis ça ménage les susceptibilités !

Ceci dit, n’hésite pas à venir goûter au granit de Bavedd(ll)a : un feu d’artifices de tafonis ; à tous niveaux, une escalade de rêve !

Posté en tant qu’invité par Etienne:

Ne te plains pas trop, le nom est encore facile à reconnaître.
Mais quand tu veux aller à San Sebastiàn, et que tu ne vois que des panneaux Donostia, ou que pour aller à Lille depuis la Belgique tu dois prendre la direction Rijsen ça se complique…
( pour Lille, ça tombe bien, il n’y a pas de montagnes dans le coin )

Posté en tant qu’invité par Francois:

Ben depuis chez moi, c’est bien pire! quand on veut aller à Valence, il faut suivre « Lyon »!!! et quand on veut aller à Cormot, il faut suivre « Paris »!!!
Comment s’y retrouver?