Posté en tant qu’invité par baghirati:
allez je me lance …
Pelvoux jour de l’an 1991
Après une tentative infructueuse en novembre au cours de laquelle une rafale de vent m’avait soulevé sur deux ou 3 mètres (nous nous collions jusqu’alors à la neige à chaque rafale, mais ce coup là j’avais décidé que ce n’était pas un petit coup de vent qui allait me faire peur …), nous avions décidé de passer la nuit du jour de l’an au sommet du Pelvoux.
Montée sans histoire jusqu’au refuge, il y avait une quantité impressionnante de neige cet hiver là.
Le lendemain nous laissons les skis au pied du couloir Coolidge et traversons vers la droite , un peu plus loin que la voie des rochers rouges histoire de ne pas faire comme tout le monde .
Comme je suis en forme, j’ai la corde, le réchaud et la bouteille de Gewurtz sur laquelle s’était porté notre choix. T., portait les vivres.
Nous partons donc joyeusement dans l’ascension qui s’annonce assez ludique malgré la neige abondante.
Après avoir franchi quelques ressauts assez faciles, un passage plus dur se présente, T. suggère qu’on sorte enfin la corde. Je préfère partir devant et si ça se corse vraiment, je lui lancerai la corde.
Je pars donc dans ce mixte rocho-neigeux qui s’avère un peu plus difficile que je ne pensais et surtout plus long, je m’arrête sans doute 60 ou 80 mètres plus haut. Sorti des difficultés j’appelle T. que je ne vois plus pour lui dire de venir. Mais le vent nous empêche de nous entendre. J’ai beau hurler, pas de réponse, j’attends un moment mais rien ne se passe, je l’ai quitté depuis une heure environ.
Je décide alors de désescalader jusqu’à lui pensant qu’il fait la gueule parce que nous ne sommes pas encordés. Mais arrivé au pied du ressaut : personne !
Je scrute la neige au dessous pour essayer de deviner des traces de redescente : rien !
Je crie, j’attends, je recommence, toujours rien !
Je ne vois alors pas d’autre explication que sa chute dans les barres que nous avons contournées …
Ne souhaitant pas désecalader plus dans ces pentes inconfortables je choisis de passer par le sommet et poursuis l’ascension, dans un état psychologique …moyen.
Mais entre notre départ tardif et ce qui s’est passé il est 3 heures du matin environ lorsque je décide de bivouaquer n’arrivant plus à trouver mon chemin dans la nuit. Je creuse un trou dans la pente et entreprends de faire fonctionner le réchaud : je n’avais jamais mis une cartouche de gaz sur un bleuet, j’essaie de l’enfoncer en force, n’ayant pas vu que le brûleur se dévissait, évidemment ça foire et je jette la cartouche dans le vent de peur qu’elle explose ! Je sors alors la bouteille de Gewurz, mais je vomis à la première gorgée ! Je finis donc par me rouler dans mon duvet sans boire et sans manger.
Au matin (assez tard) la neige a bouché mon trou et je mets un moment avant de me rappeler de quel coté creuser pour sortir ! Dehors le vent souffle avec une force impressionnante, mais vite en marche une heure plus tard je suis au sommet.
Le vent y est tellement fort que je traverse une bonne partie du plateau sommital à 4 pattes pour ne pas être balayé ! Et quand j’atteind le couloir j’arrive quasiment à me laisser porter par le vent, descendant en courant le corps proche de l’horizontale, je retrouve des sensations de parachutiste. Je rejoins enfin mes skis, le vent s’est calmé, mais il neige assez fort.
Là si vous avez suivi : j’ai rejoint mes skis ! Les siens n’y sont plus !
Ouf ! Il avait donc fait demi tour !
Je commence à descendre avec une visibilité moyenne, temps blanc, et tout à coup alors que je traverse sagement, j’ai la nette sensation d’une vitesse latérale, je lève les yeux et je distingue quelques mètres au dessus de moi la pente coupée aussi loin que je peux le voir sur 2 mètres d’épaisseur ! (En fait dans une éclaircie je verrai que la pente s’est détachée sur 2/300 m de large !)
Je hurle : Maman ! (Véridique …)
Et après avoir nagé, pagayé, gigoté tout ce que je pouvais, l’avalanche passe sous moi et je reste cramponné à la pente.
Echaudé je redescends précautionneusement au refuge avec les skis sur le dos.
Et là pas de T. : un mot me disant qu’il redescend chercher les secours (en fait il avait rejoint le sommet par le Coolidge m’y avait attendu puis et y avait bivouaqué jusqu’à ce que la tempête se lève, le faisant quitter les lieux précipitamment)
A ce stade j’avais ma dose, je restais au refuge sans gaz ni nourriture mais au sec et en sécurité pour la nuit.
Au matin je vidais les lieux et retrouvais les pentes avalancheuses skis sur le sac en me demandant s’il n’avait pas été enseveli par l’avalanche que j’avais déclenché, ou par une autre.
Finalement je parvenais à Ailefroide vers 13 heures ou T. m’attendait. Il s’était donné jusqu’à midi pour appeler les secours …
Pendant un moment chacun de nous avait cru l’autre mort
Soulagés ? Le mot est faible …
On s’est laissés glisser jusqu’à Pelvoux ou on a fini au bar, sales, puants, fatigués, mais à se marrer comme des baleines en buvant chocolats chauds et chartreuse.
voilà , quelqu’un de libre pour une petite sortie avec moi cet hiver ?..