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La pollution et l’inertie du climat rendent ses changements inéluctables
LE MONDE | 19.03.05 | 23h00 • Mis à jour le 20.03.05 | 10h07
e ministre britannique de l’économie, Gordon Brown, a, mardi 15 mars à Londres, exhorté tous les pays riches à agir contre le réchauffement climatique, à l’occasion d’une réunion informelle organisée avant le G8 consacré à l’environnement. Le Royaume-Uni se place en promoteur du protocole de Kyoto, qui, dans les pays signataires, ambitionne de stabiliser, à l’horizon 2010, les émissions polluantes à leur niveau de 1990.
Cet objectif, certes louable, risque d’être difficile à tenir, notamment en l’absence des Etats-Unis, qui ont refusé de ratifier le protocole. Mais, même s’il était atteint, le réchauffement annoncé ne serait pas pour autant enrayé, comme le rappellent deux articles publiés vendredi 18 mars dans la revue Science.
Des chercheurs du Centre national de recherche sur l’atmosphère de Boulder (Colorado) ont fait tourner leurs modèles pour mesurer les effets de l’inertie du climat. Ils ont constaté que, même si l’on gardait une composition identique de l’atmosphère, ou un niveau d’émission de gaz à effet de serre égal à ce qu’il était en l’an 2000, les effets sur la hausse des températures et du niveau des océans se feraient sentir pendant des décennies, voire des siècles.
Tom Wigley a procédé aux deux exercices. Pour une composition constante de l’atmosphère, le réchauffement du globe pourrait dépasser 1 0C avant qu’on n’assiste au retour à l’« équilibre » du climat. La courbe suit une asymptote pour rejoindre ce « pic » d’ici un à quatre siècles environ, selon les différentes hypothèses de sensibilité du climat retenues.
Il n’en va pas de même dans le scénario d’un niveau d’émission constant, restant au niveau de 2000 : la courbe est alors presque linéaire. Le réchauffement serait de 2 à 6 0C en l’an 2400, tandis que le niveau des océans s’élèverait de 7 à 50 centimètres par siècle. Une éventuelle stabilisation n’interviendrait pas avant des millénaires. « Clairement, le message à retenir est, écrit Tom Wigley, que, si nous voulons éviter un réchauffement de cette ampleur, les émissions des gaz ayant un effet sur le rayonnement solaire devront être réduites à un niveau substantiellement inférieur à celui d’aujourd’hui. »
L’équipe de son collègue Gerald Meehl, avec deux autres types de modèles numériques, parvient sensiblement aux mêmes conclusions, même si elle a borné son horizon prédictif à 2100-2200. Si l’on réussissait à stabiliser la concentration de gaz à effet de serre au niveau de 2000, le réchauffement augmenterait d’un demi-degré supplémentaire. D’autre part, l’élévation additionnelle du niveau des mers, engendrée par la dilatation des océans sous l’effet de ce réchauffement, serait trois fois plus importante d’ici à la fin du XXIe siècle qu’au cours du XXe (15 à 20 cm), estime l’équipe américaine. La faute, là encore, à l’inertie du système climatique et à ses réactions en chaîne, qui sont très longues à stabiliser.
Ces résultats sont d’autant plus préoccupants qu’ils partent d’hypothèses très optimistes : les projections réelles ne montrent aucunement une tendance de l’économie mondiale à un prochain assagissement : le dynamisme de la Chine et des pays émergents indique plutôt le contraire, avec une débauche dans la consommation d’énergie et les émissions associées.
De plus, chaque tonne de CO2 supplémentaire émise dans l’atmosphère y restera longtemps. Comme le rappelle David Archer, de l’université de Chicago, sur le site realclimate.com, les gaz à effet de serre, une fois parvenus dans l’atmosphère, sont loin d’être totalement et rapidement réabsorbés par les océans ou d’être fixés par photosynthèse dans les végétaux terrestres ou dans le sol. « Mon modèle indique que 7 % du CO2 envoyé dans l’atmosphère aujourd’hui y sera toujours dans 100 000 ans », assure-t-il.
Ce résultat bouscule les présentations habituelles qui montrent un cycle du CO2 bien plus court. Les négociations internationales sur le changement climatique sont d’ailleurs fondées sur des projections à un siècle, un horizon « bien éloigné de l’an 100 000 », souligne David Archer. Pourtant, rappelle le chercheur, cette échelle de temps semble pertinente lorsque l’on débat des dangers du nucléaire. « C’est pourquoi la véritable durée des changements climatiques induits par l’homme pourrait être considérée par certains comme tout aussi pertinente pour prendre des décisions immédiates », conclut-il.
LEMonde