Posté en tant qu’invité par Bubu:
Y a des jours où l’on se demande ce que l’on va encore faire en
montagne quand on voit les tragédies qui s’y déroulent.
Y a des jours où l’on se demande ce que l’on va encore faire sur Terre quand on voit les tragédies qui s’y déroulent.
Bon alors, on va reprendre du début.
Déjà, en tout cas c’est mon cas et celle de mes compagnons, je ne vais pas en montagne pour la vaincre, pour affronter un danger, pour en chier et (se) montrer qu’on est fort.
J’y vais pour glander, me reposer, sans se fatiguer (les retours de course à l’agonie avec 3 jours pour s’en remettre, c’est fini depuis longtemps !), sans se faire peur. Quand on s’est mis au taquet dans une course, puis qu’on l’a refaite à l’aise 2 ans plus tard, on comprend que se faire peur n’est pas inhérent au activités en montagne: on peut très bien faire tout ce qu’on veut sans se faire peur, il suffit d’avoir de la marge par rapport au niveau requis.
Donc je n’y vais pas pour prendre des risques. J’y vais pour aller voir ce qu’il y a là haut. Pour cela, je dois m’adapter au terrain que je traverse et je dois éviter de faire n’importe quoi, mais on fait ça en permanence toute notre vie: on dois manger régulièrement, s’habiller quand il fait froid… Rien d’extraordinaire dans la démarche, ce n’est pas un exploit.
Je n’y vais pas pour prendre des risques, mais il y en a quand même. Pas forcément plus que dans la vie quotidienne, mais justement, comme la montagne n’est pas ma vie quotidienne, je dois plus y penser. Si j’avais toujours vécu en montagne (pas au pied !), ce serait la vie en ville qui demanderait une prise de conscience de ses risques.
Et comme je suis curieux et que je ne résiste pas à explorer des lieux qui me sont inconnus, je dois détecter ou penser à de nouveaux risques que parfois j’ignorais jusqu’à leur existence. S’il on retourne tourjours dans des lieux connus et maitrisés, il y a beaucoup moins de chance d’avoir oublié un risque, seule la routine entraine des accidents.
De plus, il faut comprendre que 99,9% des accidents sont d’origine humaine: le plus souvent ce sont les victimes qui sont à l’origine de la faute: oublié ses lunettes de soleil mais s’engager quand même sur un glacier et se faire une ohtalmie en descendant, ne pas avoir assez de caisse mais partir pour 1500m et se fouler une cheville en descendant… le même genre d’erreur peut mener à un accident mortel.
Quand j’analyse les accidents que je vois dans les journaux, se sont toujours des erreurs dont le plus souvent on m’avait déjà prévenues. Parfois sans savoir trop pourquoi, mais après qq incidents, j’ai vite compris le problème. Les autres cas d’accidents me permettent d’en apprendre encore plus sur ce qu’il ne faut pas faire, surtout pour les causes floues, où seules la statistique permet de se faire une idée: plus on connait de cas, plus l’analyse est précise.
Donc il suffit d’applique ce que l’on sait, et pas de problème. On peut aussi choisir de dépasser cette limite (que l’on a déterminé soi-même), mais c’est un choix. Pas forcément mauvais, car la limite est artificielle: en la franchissant, on ne passe pas de presque pas de risque à une situation sucidaire, il y a tout un dégradé dans lequel on trace des limites personnelles: « ça passe tranquille », « faut faire gaffe », « c’est chaud », « ça passe pas »… Tout dépend de l’acceptation du risque du moment: 1/100, 1/1000, 1/10000 ?
Toute les fois où j’ai eu un problème (jusqu’à un accident, sans conséquence mais c’est du bol), c’était dû à des erreurs de ma part, erreurs que je savais déjà éviter avant de les faire, mais que j’ai quand même faites par négligence ou flemme. Ce qui est bien en montagne, c’est que la sanction est immédiate et jamais injuste, ça te remet à ta place tout de suite (de toute façon tu peux toujours geuler contre la gravité qui t’a envoyé une pierre…)
Enfin, le coup de l’Alpe homicide… je pense que 99,9% des accident sont d’origine humaine (j’inclue aussi l’erreur consistant en la méconnaissance du regel pour prévoir une avalanche de lourde: savoir être au bon endroit au bon moment). Le 0,1% qui reste est donc du manque de bol: la montagne qui s’écroule. Mais même dans ces cas là, l’Alpe serait plutôt indulgente: lors de l’éboulement du pilier Bonatti, les Drus avaient l’occasion de faire un carton, mais les gars ont senti le danger et se sont fait évacuer qq heures avant. D’autres cordées avaient déjà subi d’énormes éboulements sans dommage. Je ne veux pas dire que les chutes de pierres ne sont pas un risque, mais on peut le gérer très bien: il faut savoir comment ça marche, quelles sont les périodes défavorables, d’où l’intérêt de l’observation attentive d’une paroi même quand on ne fait que randonner au pied. Et aussi savoir aller vite pour traverser rapidement les zones exposées: si on va 3 fois plus vite (en ne tirant pas de longueur par exemple, ce qui sous entend que l’on sait progresser avec la même sécurite en corde tendue, c’est possible mais ça demande plus de travail), ben on prend 3 fois moins de risque.