Posté en tant qu’invité par Jerome Rochelle:
La trace. le 07/02/05
Ce week-end m’a remué. Il a réveillé en moi, quelque chose que j’avais perdu, profondément enfoui en moi.
Je me suis posé plein de questions. J’ai effectivement de quoi déposer plainte: diffamation, menace, incitation à la haine et utilisation du terme de “Néga…niste” à mon encontre. Ces affirmations faites par leurs auteurs en public (sur le site de C2C le 02/12/05) sont, en droit pénal Français, des infractions et sont passiblent de condamnations. Les posts ont été à ma demande effacés et le terme “Néga…niste” censuré, mais ils restent archivés.
Je me suis senti trahi, j’ai été atterré d’une telle vindicte et par cette violence latente (cf extrait d’un post “… et peut être même quelques coups de boules judicieusement placés pourraient être utiles!”). J’ai été déçu aussi par l’un des auteurs, Lionel, que je connais et pour qui mon respect était entier. Mais je l’ai été beaucoup plus vis à vis de la communauté des grimpeurs, du manque de respect pour les anciens. Jamais je ne me serais permis d’insulter Livanos, Coquillat et consorts, de détruire leur oeuvre ou de salir leur mémoire. Nous sommes tous des enfants des Comici, Rébuffat, Berhault, illustres et moins illustres.
Alors j’ai écrit une lettre… (dont voici un petit extrait):
“…Trouver et suivre le fil de sa propre histoire, est l’enjeu de toute une existence. Ne pas être sous influence, ni chercher à ressembler à une idole, ni être un mouton qui suit le troupeau, c’est trouver sa Voie, le Tao, c’est donner un sens à sa vie. C’est un effort difficile et de chaque instant. Mes performances comptent beaucoup pour moi car je ne les ai réalisé uniquement pour la beauté du geste, et même si le style était audacieux j’aurai été très honoré de serrer la main de celui qui aurait à nouveau grimpé ces voies ainsi (*). Malheureusement, je crois qu’il n’y a à ce jour 10 ans après aucunes répétitions. Le “milieu” de l’escalade ça fait 10 ans que j’en suis sorti et j’en suis dégagé de toutes contingences…”
Mais les questions que je me suis posé n’ont pas eu d’écho en moi. Pourquoi étais-je si troublé? Pourquoi fallait-il encore mettre dans la balance ce que j’avais fait dix auparavant? Pourquoi fallait-il parler de choses qui n’ont aujourd’hui aucune importance et non pas changé la face du monde? Une chose est devenue alors limpide: je peux me regarder dans une glace. Je n’ai pas triché, bidoullié, truqué, trompé. Mais plus que tout, j’ai redécouvert autre chose que ces moments exceptionnels de ma vie m’avaient fait partager: l’instant, la vérité de ces instants, “ici et maintenant”.
Oui, vivre, être soi, c’est être dans l’instant, ni avant, ni après. C’est en étant soi-même que l’on réalise quelque chose de grand pour soi et pour les autres. C’est dans l’instant qu’il faut être vrai, car l’instant est nouveau à chaque fois, il n’y a jamais de retour en arrière possible. La vie est dans la vie. Le Yin est dans le Yang et le Yang est dans le Yin.
Cette trace (la mienne) qui a mes yeux avait hier de l’importance, n’en a plus aujourd’hui. L’empreinte du pas que je viens de laisser dans le sable, viens d’être effacé par la vague de l’océan. Cela ne m’empêche pas de continuer à avancer, de marcher sur cette route que je tisse à chaque seconde. Rien derrière, rien devant. Je vous souhaite à tous de suivre la vôtre et d’être libre.
Bonne grimpe.
Jérôme Rochelle
- Pour mémoire de choses futiles mais d’instants magiques:
Directisisme de la Concave, Cf Vertical: article en actus pages 7 à 11, numero de Aout 1994 et Grimper: décomposé du crux.
La Castapiagne Rouge, Cf Vertical Aout 1995, Alpi-rando, Rotpunkt Sept/Oct 1995
