Posté en tant qu’invité par Slysauvage:
Ce samedi de fin septembre 2005, Marc et moi décidons d’aller essuyer nos chaussons de grimpe sur les rochers du Val d’en Haut, dans le Valais suisse.
Après déjà une bonne matinée d’effort, nous discutons durant le pique-nique de l’utilité de porter le casque en grimpant. L’argument le plus convaincant est celui des chutes de pierre, danger objectif qui peut surprendre même le meilleur grimpeur. Marc et moi sommes prudents, même dans ce site bien néttoyé, de surcroît en fin de saison.
6a+, après Marc je passe en tête. Je mets mon casque. Au dessus du 4me ou 5me spit, le passage est techniquement délicat pour moi. Tout près du prochain clou, que je vois bien, je dois traverser à droite, en me déséquilibrant fortement pour atteindre la prise supérieure. Je sens que mon équilibre est précaire et si je respire trop, le poids de l’air me ferrait tomber. Allez, je me lance. Je décolle ma main droite, mais deux mes pieds, posés sur la même prise, glissent. Je tombe. Cela fait 2 ans que je ne suis pas tombé en tête, je grimpe peu. Je chute de 2, 3 mètres quand mes pieds se prennent dans la corde. Marc me bloque. Je me retourne brutalement de 180°. Ma tête heurte violement la paroi. Un bruit sourd, la chute et le choc, semble faire arrêter les cordées des autres voies, surprises. Je me rétablis, bouge la tête, les bras et enfin tout le corps pour constater que tout va bien. J’en suis surpris. Marc me demande si ça va, plusieurs fois tant le choc a été violent pour ses yeux. Je revérifie, je vois 36 chandelles mais je vais bien. Je sors mon casque. Il est cassé sur la moitié, une fente le parcourt de l’oreille droite au centre. Je n’ose imaginer l’état de mon crâne si j’étais grimper sans casque, une fracture, l’accident, le coma, peut-être plus même… Je redescends, vexé. Je regrimpe de suite pour me rassurer. Plus tard une amie spécialiste des plastiques me confirmera par analyse microscopique que mon casque était en bon état mais avait un peu vieilli depuis 2002.
De retour à la maison, nous croisons des grimpeurs, sans casque, sur les murs le long de la route. Je réalise le danger pour eux. Je viens d’apprendre une grande leçon ce jour là: je grimperai toujours avec mon casque, on est jamais assez prudent. Comme dit mon ami guide Ludo, « maintenant on fait des casques super légers, pourquoi s’en priver? »
Sylvain Sauvage