La plus belle montagne du monde

Posté en tant qu’invité par Flo73:

Le soleil pointait son nez derrière l’horizon, et Victor était déjà sur le chemin qui menait là-haut.

Il était d’ici, Victor, alors, tous les jours, depuis des années, il avait vu cette montagne qui arrêtait son regard et qui, comme un rempart, protégeait les secrets de la vie derrière ce bastion.
Et, tous les jours, il avait imaginé les paysages qui s’étendaient derrière ce somptueux relief.

Les jours où il était heureux, Victor imaginait des paysages verdoyants et sublimes et les jours sombres, il avait sous les yeux des scènes tourmentées et déchiquetées.

Mais il n’était encore jamais monté au sommet de cette montagne qui était sienne à force de l’avoir constamment sous les yeux.

Elle faisait partie du paysage et on n’y faisait même plus tellement attention, mais si par magie, on l’avait supprimé, les gens d’ici auraient été perdu sans leur montagne.
Elle était à eux aussi, pas seulement à Victor et même plus, elle était en eux.

Car, Victor était né ici dans ce hameau comme tous les gens qu’il fréquentait.
Oh, ils n’étaient plus bien nombreux, mais ils les connaissaient tous depuis toujours, depuis plus de 30 ans, puisque c’était l’âge de Victor.

Il y avait surtout le père Anselme, qui approchait des 90 ans, mais toujours bon pied, bon oeil.
Sec comme un sarment, il passait encore ses journées à courir après ses chèvres.

Il n’était pas bavard le père Anselme, mais quand il commençait à raconter, Victor ne se lassait pas d’écouter.
Il n’avait jamais été bien loin le père Anselme, mais sa vie était remplie d’anecdotes, de rencontres passionnantes, comme ce face à face avec un chamois ou cette rencontre avec un ours.

Bon, tout n’était sans doute pas vrai, mais il parlait tellement bien, le père Anselme, que Victor se fichait pas mal de démêler le vrai du faux.

Il adorait les histoires du père Anselme, c’était sa seule façon de s’évader car Victor ne savait pas lire. Il avait bien été à l’école du village à côté, mais il était toujours absent pour les foins ou autres travaux plus importants que ces inepties, dont on vous bourrait le crâne, comme disait son père, le vieil Auguste.

Victor, un jour demanda au père Anselme ce qu’il y avait derrière la montagne, celle qui barrait l’horizon avec son pic et ses lignes dentelées à perte de vue.

Mais le père Anselme n’était jamais monté là-haut. A quoi bon? Il n’était jamais allé plus loin que le village le plus proche et encore le plus rarement possible.
La compagnie des chamois, des biches des marmottes ou des lièvres lui suffisaient. Pourquoi aller voir plus loin alors qu’il avait ici tout ce qu’il aimait?

Et le père Anselme ne se baladait pas en montagne, il surveillait ses chèvres, il braconnait mais il ne perdait pas son temps à marcher pour marcher.

Mais ce pic obsédait Victor, lui non plus n’était jamais sorti de chez lui, il se ravitaillait, lui aussi, au village le plus proche du hameau, mais là-bas il évitait ses pairs. Il les avaient côtoyé un peu, à l’époque où il allait à l’école. Et, il était trop souvent l’objet de moqueries, on le croyait inculte car il ne savait pas lire.
Il ne connaissait que ce que lui avait enseigné le père Anselme ou ce qu’il avait observé autour de lui, alors les autres le trouvaient bizarre, différend. Ils ricanaient quand ils le voyaient, peut-être aussi un peu par peur ou par jalousie.

Il était imbattable pour tout ce qui concernait la nature, les plantes ou les animaux, mais ses connaissances s’arrêtaient au périmètre de son territoire.

Et un jour, n’y tenant plus, il décida de monter voir là-haut, il voulait savoir ce qu’il y avait derrière cette montagne. Pourtant Victor n’était pas malheureux dans son trou, mais la curiosité était trop forte.

Donc ce matin là, à l’aube, Victor se mit en route vers sa montagne.

Le chemin serpentait au milieu de barres rocheuses et empruntait des vires étroites.

Bien souvent Victor dû rebrousser chemin et tenter un autre passage, il empruntait un pierrier qui avait l’air facile et il se retrouvait sous un rocher infranchissable.

C’est que c’était raide dessous, il ne fallait pas glisser sous peine de se retrouver en vrac, 800 mètres en bas, alors Victor redescendait et essayait un autre passage.

Et cette première tentative fut un échec, la nuit allait tomber, il dût redescendre.

Le lendemain, il refit une tentative, puis le surlendemain.

Et enfin, ayant mémorisé ses erreurs des jours précédents, il trouva le bon passage qui menait là haut. La montée était déjà splendide avec ces vires verdoyantes et ces rochers affleurants de partout, et plus il montait, plus c’était beau.

Victor sifflotait, il était le plus heureux des hommes, il ne voyait que du beau autour de lui, alors la vie était belle.

Et enfin, un dernier petit pas sur une dalle un peu raide le mena au sommet. Et ce fut l’extase.

Le regard de Victor n’était plus arrêté par rien, il voyait loin très loin, et le spectacle était magnifique.

Victor n’avait jamais été aussi heureux que ce jour là.

Il avait fait une découverte capitale, un obstacle peut toujours être franchi et derrière, il y a l’espace, un peu comme le calme après la tempête. Et plus l’obstacle semble insurmontable, plus le bonheur est grand de l’avoir vaincu.

Alors Victor devint avide de découvrir le monde et il voyagea partout, il gravit d’innombrables sommets tous plus beaux les uns que les autres.

Mais pour Victor le plus beau sommet du monde resta toujours le sien, celui qu’il avait eu sous les yeux des années durant et qui lui avait révélé un grand secret, celui du plaisir de la découverte et donc, de l’amour de la vie.

Posté en tant qu’invité par pastriste:

magnifique , un vrai baume au coeur…ça change de toute ces polémiques rugeuses , voire haineuse…

un vrai parfum d’optimisme…et ouvre positivement vers un futur sympatique…

merci Flo.

Posté en tant qu’invité par Flo73:

merci pastriste, je suis contente que tu aies aimé mon texte.
Du magnifique et du baume au coeur, tu vas bientôt en avoir à ne plus savoir qu’en faire lors de ton tout prochain voyage. Tu nous raconteras?

Posté en tant qu’invité par pastriste:

promis , je prendrai des notes…peut être que je retrouverais ma vieille fibre litteraire qui m’animait il y alongtemps…

a mes débuts en club j’écrivais l’histoire de la dernière sortie comme une petite nouvelle , j’ai fait ça deux ans puis le temps passant les conflits de pouvoir au sein des clubs et fédé m’ont démotivé.

si tu veux je peus te faire passer ça j’ai gardé tout ça en fichier word…les débuts de pastriste…

Posté en tant qu’invité par Marie:

c’est vraiment très bien écrit Flo? J’aime beaucoup. C’est a l’air tellement authentique. On a envie de le rencontrer ton Victor. je peux garder le texte ?

Posté en tant qu’invité par Flo73:

merci Marie, bien sûr que tu peux garder le texte.

Posté en tant qu’invité par Flo73:

oui, je veux bien que tu me fasses passer les débuts de pastriste, j’espère que tu y a mis toutes les petites anecdotes drôles qui te sont forcément arrivés.
à+
Flo

Posté en tant qu’invité par visse:

Tout ça, ça fait un peu penser à un résumé de la vie : on a tous une montagne intérieure à gravir, avec des doutes, des tentatives et des réussites, qui nous ouvrent de nouvelles perspectives.

En tout cas, chapeau !!

Posté en tant qu’invité par strider:

oui effectivement, dans ce joli texte avec son regard très en rapport avec un parcours de vie, il me semble y entrevoir une morale : « la montagne c’est une école de la vie »

Posté en tant qu’invité par opossum:

Du moment qu’on est bien accompagnée c’est une bonne trajectoire,pas de doutes!!!

Posté en tant qu’invité par jc:

J’aime bien ton texte. Merci Flo. On se retrouve forcément dans ce Victor. A chacun de mettre un nom derrière sa montagne, celle qui l’a fait rêver des années ou qui la fait encore rêver.

Posté en tant qu’invité par pastriste:

jc a écrit:

salut le prof t’as préparer ton cartable…

:-)))

ça tiens toujour pour le 9-10 , amène ta Chartreuse ou un petit truc sympa d’Euskadi.

un bonne occasion aussi de récupérer ma corde au fait !

puisque tu vois Hydra de temps en temps.

Posté en tant qu’invité par jc:

A priori c’est bon pour le we du 9/10 sept mais si météo incertaine gaffe quand-même hein?
Cartable? Ah oui tiens j’avais oublié…;lol; merci de me rappeler à la (pas si dure que ça) réalité…
Pour la corde touches-en deux mots à Hydra, pas sûr qu’on se revoie d’ici 10 jours mais si c’est faisable, no problem.
Pour la bouteille… chut ce ne sont pas des choses à dire sur un forum ça… quoique…; au bistrot. Enfin bref.

Posté en tant qu’invité par Flo73:

Toi aussi, tu reprends ce matin? Bon courage, alors…

Quel beau métier professeur !..

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Tiens, il m’avait échappé celui-là…

Normal, j’étais pas là.

Bravo, c’est décidé, j’écris plus .

Posté en tant qu’invité par visse:

Teuteuteu, qu’est ce qu’il faut pas entendre.
Excellents tous ces récits ou chacun y va de son style. En tout cas c’est toujours bien écrit.
C’est le charme du bistrot C2C : en 2 minutes, on passe du sujet le plus couillon à la littérature, à la philo ou la politique…

CONTINUEZ

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

T’en as vu des sujets couillons toi ???

Incroyable !!

:))

Posté en tant qu’invité par Flo73:

C’était juste une mise en bouche pour faire patienter tes inombrables lecteurs qui attendent la publication d’un certain texte que tu nous as promis en Septembre.
Plus que 3 jours…

Posté en tant qu’invité par Tcoq:

Salut Flo,

merci pour ce subtil mélange de Giono et Pagnol.
tu m’as donner envie de relire cette littérature.

Pourquoi ne continuerais-tu pas à écrire des récits pour les éditer ? tu as une belle plume !

Posté en tant qu’invité par Jean-Mo:

Beau message…ça me rappelle une lecture de Samivel, « le fou d’edenberg »