Posté en tant qu’invité par hervé:
Elle aura lieu.
Plusieurs messages récents soulèvent indirectement le problème de la multiplication des topos sur un même site, et donc celui de la légitimité des auteurs.
A l’origine, le fait de rédiger un topo suppose, en théorie tout au moins, une connaissance approfondie du site. L’auteur est donc souvent un spécialiste du secteur dont il connait parfaitement l’histoire.
Autre cas de figure, certains auteurs ont tiré leur légitimité de leur capacité à fournir un travail rigoureux sans pour autant être des grimpeurs très actifs. Ainsi, le succès des innombrables topos d’Alexis Lucchési repose-t-il sur la qualité des schémas, le souci d’exactitude dans les tracés et la recherche attentive d’informations précises.
Avec l’apparition de l’équipement des voies, cette règle tacite a évolué et c’est bien souvent celui qui a le plus équipé qui se charge de faire le topo.
Si ce type de règle fonctionne assez bien sur de petits secteurs, il n’en va plus de même pour des massifs importants où plusieurs grimpeurs sont actifs, et la concurrence parfois féroce apparaît entre d’éminentes personnalités qui s’estiment chacune dépositaire de la connaissance des lieux.
Plus récemment, un nouveau mode de fonctionnement est apparu avec les topos fédéraux. En plus de la connaissance des lieux, la FFME construit sa légitimité sur la base des relations qu’elle établit avec les propriétaires, la signature de conventions et l’entretien des sites sportifs,
Mais le problème n’est pas pour autant résolu. Tout le monde peut faire un topo et le grimpeur est parfois bien embarrassé pour choisir celui qu’il va acheter car les défauts et les manques n’apparaissent bien souvent qu’à l’usage.
Après tout, aucune loi n’interdit d’écrire sur le sujet de son choix, donc de faire un topo. A la limite, avec un suivi attentif des chroniques et l’utilisation des anciennes versions, on peut parfaitement faire le topo d’un site où on n’a peu (ou pas) grimpé !
Bien sûr, on peut arguer du fait que la concurrence est bénéfique et qu’il est préférable d’avoir le choix plutôt que de se voir imposer un produit unique qui ne satisfera pas tout le monde.
A l’usage pourtant, il semble que cela ne fonctionne pas si bien. Contraint de choisir sans pouvoir comparer sur le terrain, on se rend souvent compte après coup que la version la plus attrayante n’est pas forcément la plus efficace, et on se retrouve obligé d’acheter les différentes versions d’un topo afin de combler les lacunes de l’un avec l’autre.
Le problème reste entier et conduit à chercher d’autres solutions.
On peut imaginer que la réalisation du topo soit confiée au propriétaire du site. Après tout, il est le premier concerné par ce que l’on écrit sur sa propriété, surtout si cela risque d’entraîner une forte fréquentation.
On peut imaginer que le topo soit une oeuvre collective anonyme placée sous la direction d’une instance supérieure coordonnant le travail, comme cela se fait pour une encyclopédie, ou en confier la rédaction à un organisme dont ce serait la tâche, un peu à l’image de l’IGN. Après tout la topographie est un prolongement de la cartographie.
On peut aussi imaginer la création d’un label définissant des critères de qualité auxquels devrait satisfaire le topo (et les auteurs).
Malheureusement, on sent bien tout ce que l’on risque de perdre en créativité individuelle et en inventivité si le topo devient l’objet d’une normalisation.
Faut-il enfin que le topo fasse l’objet d’une déclaration auprès d’un organisme type SACEM afin d’éviter le plagiat. Celui qui voudrait revisiter un écrit devrait en acheter les droits comme c’est le cas pour la musique ?
Autant de questions non résolues qui promettent encore de beaux jours à la guerre des topos.
Voilà,je livre ces réflexions à votre sagacité ; pardon d’avoir été long.
Bon week-end et bonnes escalades, moi je file au Verdon !!