Posté en tant qu’invité par seb:
Ce matin si j’avais été Anglophone j’aurais pu plagier un très grand homme et dire: “I’ve had a dream”, mais ma langue maternelle est le français et c’est dans celle ci que je vais m’exprimer pour plus de compréhensibilité.
J’ai fais un rêve disais-je donc, le rêve d’une voie qui n’existe pas (ou plutôt pas encore…), sur une falaise inconnue (ou plutôt pas encore connue), une voie que j’ouvre en fait, le perfo en bandoulière et les coinceurs au baudrier, du bas bien sur, pour donner dans le raffinement. La paroi est magnifique, au moins 300m de haut avec une partie inférieur plutôt dalleuse et le haut qui se redresse jusqu’à devenir déversant. Par contre je n’arrive pas à me rappeler ce que c’était comme rocher, calcaire jaune comme l’Escales, grès rouge d’Utah ou granit fauve des aiguilles de Chamonix? Toujours est-il que la qualité est au rendez-vous. Je progresse donc le long de l’itinéraire qui m’a paru évident hier au pied de la paroi, et effectivement l’escalade s’enchaîne d’une façon qui n’existe que dans les rêves (ou plutôt dans les voies de rêve). Je ne pose de spits que là où la protection naturelle est impossible ou trop peu fiable à mon goût...
Vachés enfin au relais sommital, assis les pieds dans le vide, le résultat semble tout à fait à la hauteur de mes espérances et de celles de mon compagnon d’aventure, toutes les longueurs sauf une en dalle nécessitent l’ajout de coinceurs et les spits lorsqu’ils existent ne sont pas trop rapprochés. Nous observons ensuite le reste de la paroi et là s’offre à nos yeux comme une évidence une réalité que nous n’aurions même pas osés imaginer, il y a de quoi ouvrir plusieurs autres voies de niveau multiples, du facile à l’extrême, et dans tous les styles, du tout spits à l’A5 sur copperheads et skyhooks. Mon compagnon quant à lui a déjà repéré, sur une barre moins haut de la falaise, son futur projet. Il m’a promis une couenne de la classe de Biographie mais dans un niveau accessible au commun des grimpeurs…
Malheureusement le réveil a sonné avant la fin des rappels, me ramenant à ma réalité d’équipeur débutant et surtout sans falaise pour s’exprimer. Mais un jour j’en suis sûr mes pas m’amènerons au pied de cette falaise utopique (ou plutôt cette utopie de falaise) qui, en plus de représenter mon rêve d’ouvreur, exprime une certaine conception de l’escalade : une escalade où les différentes pratiques cohabiteraient, complémentaires plutôt qu’antagonistes. Bien sur ce n’était qu’un rêve, mais pour l’illustre personne que j’ai citée au début de mon texte, n’était ce pas un rêve aussi….au début...
