Grosse frayeur en randonnée alpine, recherche d'avis

Bonjour à toutes et tous,

Je poste ici pour la première fois, suite à une randonnée un peu compliquée à propos de laquelle je recherche des avis de personnes plus expérimentées que moi.

J’ai 48 ans, très sportif, résistant quoique peu performant (coureur lent), je pratique mes sports (trail, rando, course à pied, vélo et un peu de triathlon) en solo faute d’avoir quelqu’un à mettre à l’autre bout de la corde, comme on dit.

Je n’ai jamais fait d’alpinisme mais je cours ou randonne de temps en temps dans la neige, en raquette ou en galérien avec des chaussures de trail et des yaktrax. J’ai prévu de m’initier à l’alpinisme cet été avec un guide (je suis inscrit sur une sortie au Vignemale) mais pour l’instant, lorsque je me balade en montagne, c’est toujours en mode trail (ou trail blanc).

Je suis actuellement en Crête et mercredi, je suis monté (en solo) au sommet du Psiloritis. 2456 mètres, selon la définition française, ça doit déjà être, ou pas loin d’être, de la haute montagne.

Je n’avais aucune idée de l’état du site et je n’ai pas réussi à avoir l’info. J’avais juste vu en arrivant en avion que le sommet était blanc et que la météo était parfaite.

Je suis donc arrivé sur place pour constater que le chemin de randonnée était totalement ou presque recouvert de neige. C’est cependant un chemin facile à suivre, une longue ligne droite puis une seconde. impossible de se perdre ou de se tromper, rien ne cache le sommet qu’on voit du début à la fin. Les pentes semblent assez douces et pas de gros rocs, uniquement des pierriers recouverts de neige sur disons 60% de la zone donc alternance de randonnée facile et de marche dans la neige. L’ascension s’est faite sans histoire. Deux ou trois personnes étaient passées par là, je me suis mis dans leurs traces et je suis arrivé en haut en environ 2h30 pour un peu plus de 5 km et 1000m de d+. J’ai perdu un peu de temps à chausser/déchausser les yaktrax et au bout de la 5e fois, j’ai choisi de ne plus les mettre et comme c’était plat et facile, il n’y a eu aucun problème.

Pour redescendre je n’ai pas voulu repartir dans mes traces car j’avais fait un peu de rab mais d’essayer de suivre le chemin officiel que d’en haut je percevais comme partant un peu plus à gauche. Des traces de pas dans la neige me le confirmaient. J’ai commencé à mettre mes baskets dans ces traces (sans les yak) et j’ai dévissé. J’ai d’abord glissé sur disons 5 mètres et je me suis raccroché avec un de mes bâtons de trail que j’ai utilisés comme un piolet. Heureusement, il n’a pas plié. Ce n’était pas une pente de fou. En me relevant, j’ai à nouveau glissé mais j’ai pu me freiner et me caler. J’ai sorti les yaktrax et comme un gros boulet, l’une d’elle ma échappé des mains et à roulé vers une bande de cailloux, 30 mètres plus bas. J’ai chaussé l’autre et je suis descendu pas par pas. Je n’ai pas paniqué, mais je n’en menais pas large. J’ai atteins la bande de pierre et j’ai retrouvé et chaussé ma yak. Mais j’étais désormais loin du chemin et au milieu d’une pente. Pas glop.

Aurais-je du faire le deuil de ma yak et ne pas tenter de descendre mais plutôt remonter vers le chemin pour sortir le plus rapidement de la pente ?

J’ai voulu continuer à descendre jusqu’à ce que je me rende compte que c’était beaucoup plus facile et sans doute moins dangereux de monter (est-ce une impression ?).

Je vous passe les détails mais en gros, j’ai réussi à remonter et à retrouver le chemin et les traces de pas en avançant pas à pas, en creusant des appuis dans la neige avec la pointe de mon pied ou le talon selon le mollesse de la neige qui était de dure comme de la glace à mou comme de la poudreuse fraiche selon les endroits. éprouvant.

Je n’ai jamais paniqué mais à un moment, la pente était vraiment flippante et je me suis demandé si je n’étais pas en train de faire un truc parfaitement con et si je ne m’étais pas mis dans une situation périlleuse de façon stupide et irréfléchie.

La fin s’est passée sans encombre, en courant dans la neige.

Rétrospectivement je me pose de nombreuses questions.
était-ce complétement con de partir ainsi sans piolet (que je n’ai pas et que je ne sais pas utiliser), sans crampons (si ce n’est les yaktrax qui au final ont fait le job), sans casque (je n’y ai pensé qu’après ma glissade qui aurait pu finir dans les cailloux si je ne m’étais pas freiné) ?

Est-ce que ma glissade peut-être imputée au fait que j’avais juste une semelle de chaussure de trail et que c’est surtout le fait de ne pas avoir mis les yaktrax qui était stupide ou bien est-ce du au fait que ce matos n’est pas adapté pour de la balade dans la neige ?

Me suis-je surestimé en tentant cette balade qui sur le papier me semblait être tout sauf un défi périlleux et qui au final m’a quand même provoqué deux trois montées d’adrénaline.

Merci d’avance aux courageux.ses qui auront lu jusqu’au bout et qui accepteront de me donner leur avis.

Bonjour,
Lecture rapide qui me laisse à penser que l’erreur principale est d’avoir envisagé une randonnée avec des conditions hivernales en baskets. De bonnes chaussures de randonnée avec une semelle crantée rigides ou au moins semi-rigides auraient sans doute été nécessaires suffisantes.
J’ajoute en outre que ces pseudo-crampons « Yaktrax » ou assimilés, peuvent donner une fausse sensation de sécurité sur un terrain où ils n’ont pas leur place.

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Probablement, vu que tu viens poster ici. Merci pour cette démarche de partage, qui sera constructive pour certains, et bravo pour la remise en question, qui est la clef de la progression.

Difficile de juger sans connaître l’état du terrain, mais tu manquais probablement d’expérience sur ce type de terrain avec ce matériel. Il était par exemple peut-être possible d’éviter les zones plus dures, ou d’ aller à la pente plus douce en minimisant l’exposition.

Du coup, il fallait sûrement un meilleur équipement : par rapport à des vrais crampons, les yaktraks arrêtent moins (pas ?) une chute, et une semelle plus rigide pour tailler des pas facilite la progression.

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Bonjour miklc !

Merci pour ce petit RETEX ! Avant toute chose, je précise que j’ai 22 ans et suis encore assez neuf dans la discipline, mon avis est donc à prendre avec des pincettes et je compte sur les autres contributeurs pour me contredire si besoin.

En bref : Contrairement à B.A, je pense qu’il t’as juste manqué un (petit) piolet et la technique qui va avec.

Maintenant dans le détail :

Difficile à dire malgré les précisions de ton message. C’est un cas d’intelligence de situation qui fait intervenir de nombreux paramètres (fatigue, distance restant à parcourir, qualité de la neige …) Si tu as choisi de descendre, c’est probablement que tu le sentais bien et alors c’est la bonne décision.

Techniquement, je dirais que non, c’est juste psychologique. Le cas « classique » du chat qui monte dans l’arbre et ne sais plus comment redescendre sans utiliser l’échelle des pompiers.

Je pense que pour du trail, la combinaison baskets + Yak est assez bonne sur des neiges faciles, comme tu sembles l’affirmer (Attention toutefois au bottage sur ce type de « crampons »). La rigidité d’une semelle ne changerait rien d’après moi. Pour des neiges plus changeantes, des « crampons » plus adaptés auraient probablement des pointes comme sur l’Ice Master de Camp.

En revanche, un piolet léger (type Petzl Gully) et la technique pour s’arrêter en cas de dévissage aurait été d’une aide précieuse. D’autant plus que sa panne aurait pu tailler les marches, c’est plus pratique que le bout de la basket.

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Je veux bien une explication de l’intérêt du piolet (surtout un « petit », c’est à dire qui a un manche de 30 à 50 cm) quand les chaussures n’accrochent pas, voire quand les pieds sont plus ou moins libres dans la chaussure, ce qui est le cas avec les baskets de trail.

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Déjà, « n’en mener pas large » ne prouve pas qu’il y a du danger …
Si la peur n’évite pas le danger, elle ne le crée pas non plus.
Une pente de neige, pas trop raide et pas trop longue, avec des cailloux en bas, il y a de grandes chances si tu glisses sans paniquer, que tu te mouilles les fesses, te rapes un peu les mains si tu n’as pas de gants mais un vrai gros accident, il n’y a pas plus de chances/risques que sur de l’herbe l’été (ça glisse bien l’herbe et on s’en méfie moins …)
Quant au matos à avoir ou pas … rien ne remplace un peu de technique, de l’école de neige pour apprendre à s’arrêter en cas de glissade. Déjà c’est une technique qui fonctionne bien mais en plus elle permet de relativiser le danger potentiel et moins on a peur et mieux ça passe en général …
Donc, un club, un peu de formation et ça roule …

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C’est curieux comme ce récit fait penser au tien…

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Les pieds ne sont pas libres dans une chaussure de trail mais la semelle même Vibram est souple ,pour un arrêt piolet sur pente de neige raide mieux vaut avoir déjà fait une école de neige avec ,ce n’est pas si facile de s’arreter

Avec ce genre de pompes, il n’y aura jamais une solidarité pied/chaussure, indispensable pour assurer une prise de carres franche et efficace, et je ne parle même pas d’un névé béton.

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D’accord avec @B.A. Les chaussures de trail ne sont pas adaptées aux déplacements sur neige, sauf cas particuliers (pente faible, neige molle, environnement peu dangereux…). Quant aux crampons, ça va très bien pour aller chercher le pain en cas de verglas mais il ne faut pas leur demander plus. Des crampons forestiers seraient plus adaptés. En résumé, dans ce genre de terrain, rien ne vaut une bonne paire de chaussure rigide et bien crantée.

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La paire de chaussures rigide ne te sauvera pas toute seule si tu ne sait pas t’arrêter de toi même dans une pente en neige dure …après cela dépend de ce qu’il y a en bas de la pente

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Merci à toutes et tous pour vos réponses et merci pour le lien vers le récit qui présente quelques similitudes troublantes et répond à plusieurs de mes questions, dommage que je ne l’ai pas lu avant… Moi la cloche je l’ai faite sonner par contre et j’ai même la vidéo pour le prouver :smiley:

D’ailleurs son expérience et vos commentaires répondent à l’une des questions que j’avais posée dans mon récit de départ et que j’ai finalement choisi de ne pas poster. Aurais-je du me laisser glisser. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus fait gamberger dans la voiture au retour mais j’ai eu peur de passer pour un imbécile en la posant, j’aurais dû.

J’ai en effet sincèrement envisagé la glissade car tout en bas, il y avait le chemin et cette pente là, en ski, j’y serai allé les yeux fermés. Mais la luge sur les fesses, je ne maîtrise pas et surtout, je n’avais aucune idée de la prise de vitesse que cela entrainerait et j’ai évacué l’idée mais je me suis demandé si c’était une question légitime ou une sorte d’élan « suicidaire ».

Je m’explique, ma principale crainte est la réaction idiote de néophyte qu’a très bien résumé Antoine avec son image du chat qui grimpe à l’arbre. Est-ce que c’était raisonnable d’envisager la glissade contrôlée ou bien est-ce que c’était une réaction animale… En tout cas, je suis content de ne pas l’avoir fait, volontairement ou par accident, ma méthode improvisée et qui semble être la bonne (créer des marches dans la neige) a été fatigante mais payante.

sinon, concernant les chaussures vous m’avez convaincu. Les yaktrax que j’ai sont un peu plus performantes que celles du lien et j’ai déjà fait plusieurs trails blancs avec mais comme je cours derrière 250 gugus qui ont fait la trace, je n’ai jamais trop à réfléchir à où je dois mettre mes pieds ^^

Je dois d’ailleurs en avoir au pied pour le Vignemale, je comptais les louer mais si ça sert aussi pour ce genre de rando, je vais peut-être investir.

Pour le piolet, je vous laisse continuer à débattre, je me ferai mon idée en fonction :slight_smile:

Il faut être pragmatique et lucide. Avec des chaussures souples, sur une neige béton avec un peu de pente, aucune chance de s’arrêter, même avec un gros vécu d’école de neige. Seul le piolet, utilisé efficacement dans les premières secondes, peut te sauver. Mais une fois arrêté, il faudra agir, et c’est là que la problématique « chaussures souples » se posera à nouveau pour la suite.

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Merci de ne pas asséner ces propos juste parce que vous n’avez pas l’habitude/ compétence d’utiliser des chaussures de trail. Une première étape, c’est de savoir resserrer les lacets au bon moment. Une deuxième, ça peut être de connaitre l’état d’usure de sa semelle.

Une semelle rigide permet une meilleure prise de carre, mais réduit la surface de contact par rapport à une semelle lisse. Très nul sur des rochers mouillés un peu lisse, par exemple. Ça permet aussi de cramponner … sans avoir peur de casser la barrette du crampon.

Ce n’est donc pas une question de chaussure, mais de ce que tu as dans les mains.

La meilleure technique, c’est d’utiliser le haut (poignée) du bâton plutôt que le coté rondelle : ça permet un arrêt a peu près aussi efficace qu’avec un piolet sur une pente possible à descendre (ie pas en glace vive). Il ne faut pas hésiter à se tester dans une « pente école », c’est à dire une pente sur un névé (pas glacier!) qui s’adoucit pour un arrêt naturel sans obstacle (attention à avoir les manches longues :wink: )

C’est une option, qui peut même être ludique quand maitrisée. Les paramètres à prendre en compte, c’est la pente et la dureté de la neige (= prise de vitesse et facilité à freiner), et surtout l’arrivée : absence d’obstacle, plat pour arrêt naturel … enneigé ! Si tu perds la maitrise de ta vitesse, tu peux sur neige dure dépasser les 40 km/h et la transition de la neige au sol sera comme une chute à vélo : potentiellement très douloureuse.

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et attachées au gants pour ne pas qu’elles se remontent pendant une glissade
sinon, les bras se retrouvent très vite découverts !

un piolet aurait certainement été utile … à condition de savoir l’utiliser !
un peu d’école de neige est nécessaire
sinon, il y a de grandes chances que l’utilisateur lâche le piolet au moment de s’en servir

la glissade debout (« rutscher », comme disent les suisses ) est une technique assez instinctive et ludique, surtout pour un skieur
en neige ramollie, c’est un plaisir
mais c’est très dangereux sur neige dure
là aussi, un peu d’école de neige et d’expérience est nécessaire

En tout cas @miklc, n’hésite pas à créer tes sorties dans le topoguide : https://www.camptocamp.org/waypoints/241407, quitte à ajouter des itinéraires si nécessaire ou préciser ceux existants ! On sera nombreux à apprécier des infos sur cette belle île méditerranéenne :wink:

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Brrr… @miklc tu as eu chaud, ce genre de glissade peut se terminer tragiquement.
Mon avis : tes crampons forestiers sont à changer.

Il y a sur C2C des trailers, comme Magali et François ( @Passy_Alpirunning ) qui font de belles bambèes sur neige, parfois assez raides, en chaussures de trail et crampons forestiers mais ils sont super entraînés. Ce n’est pas à la portée de tout le monde !

En tous cas ces pseudo crampons avec ressorts il vaut mieux oublier, ça accroche rien du tout.
En crampons forestiers, il en faut avec de vraies pointes acier. Attention : ce ne sont pas des crampons d’alpinisme !!! Mais sur sentier pas trop expo ni trop raide en neige dure, voire même en glace, ça accroche bien.
J’ai les Master Ice de Camp, je les trouve super.
Je les utilisés avec des chaussures de montagne, on peut les mettre sur des chaussures de trail mais avec une moins bonne tenue de pied, il faut avoir des chevilles solides.
Attention au bottage avec ces crampons si on passe dans de la neige molle (humide).

Si tu fais de l’alpinisme tu auras du matériel adapté : chaussures assez rigides de montagne, vrais crampons et piolet !

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Bonjour Mikic,

Merci de ton témoignage. Se retrouver trop avancé avec un matériel inadapté et/ou insuffisant est une situation hyper classique. Je pense que ça a du arriver au moins une fois à chacun des contributeurs de ce site ayant déjà une bonne pratique. Penser au skieur bien engagé dans une pente raide et verglacée qui regrette de ne pas avoir mis les couteaux plus tôt… Heureusement, la plupart du temps, cela se termine bien. Juste une montée d’adrénaline, une grosse frayeur et un constat : « on ne m’y reprendra plus ». Sauf que c’est pas une garantie absolue !!!
Il est néanmoins toujours bon de le rappeler, donc oui, merci pour se témoignage.

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D’abord, merci pour le témoignage.

Je me suis fait avoir de façon similaire il y a deux ans: grosse frayeur, puis je fais plus gaffe dans la neige avec des baskets de trail, surtout en printemps.

Ayant jeté un œil sur les Yaktrax, il me semble qu’il n’a pas des pointes (comme @catherine a notée). Cela me parait assez nul. Des copains m’ont offert des petits crampons forestiers pour mon anniv l’année dernière. Je n’ai pas encore eu l’occasion de les utiliser mais ils ont l’air bien meilleur.

Un petit piolet (type gully or ride) why not - c’est très léger - mais il faut s’entraîner dans une pente école.

Après, dès que ça devient vraiment raide - disons au delà de 30/35 - il faut passer au vrai crampons avec des chaussures adaptés.

Merci pour ce retour et cette analyse.
Formaliser cela sous forme d’un compte rendu dans la base SERAC (en tant qu’incident ou presqu’accident) permettrait à d’autres de retrouver plus facilement ton analyse qui sinon va se perdre dans les limbes du forum.
Merci et bonnes balades prudentes.

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