Posté en tant qu’invité par Flo73:
Jo se réveilla en sursaut à cause de l’énorme charivari occasionné par les trois grimpeurs. C’est que ce trio un peu hétéroclite n’était pas des plus discret. Les trois compères avaient soudé quelques liens avec la proximité que procure une cordée et surtout celle occasionnée par quelques petits verres d’alcool.
« Alors, c’était comment ? » demanda Jo
Sam un peu gêné, ne pipa mot. Il n’avait quand même pas été très performant, surtout par rapport à l’image qu’il s’était construit artificiellement pour épater son entourage. Quant à Tom, il n’osa pas prendre la parole non plus.
Ambroise répondit donc pour eux trois : « Tout s’est magnifiquement bien passé, mes valeureux coéquipiers m’ont merveilleusement secondé, me donnant du mou comme il fallait, pas très rapides dans leur grimpe, mais il faut reconnaître qu’il y avait quelques difficultés dans certains pas»
Jo ricana aussitôt stoppé par l’œil noir foncé de Sam.
Ambroise prit la place du dormeur dans sa chaise et imposa à Sam le rôle de roux de secours car son copain Tom était crevé et même complètement à plat. Quant au ronfleur, pas trop fatigué, il fit office de second porteur.
Cette fois, ils prirent le chemin, plutôt que le raccourci et la descente se fit dans de meilleurs conditions que la montée.
Ils firent bien sûr, comme tous les grimpeurs digne de ce nom, une petite pause au refuge de la Bombardellaz pour se boire une petite mousse reconstituante, les deux pseudos canassons en avaient bien besoin pour terminer le trajet.
Et là, Ambroise intarissable, narra à Jo leur ascension du début à la fin, sans omettre le moindre détail, même pas ses jeux de mots, et encore moins leur petit banquet au sommet de la mamule.
Jo avait du mal à garder son sérieux, mais les regards furibonds de son copain le dissuadaient de rire ouvertement.
Soudain, un peu après qu’ils furent repartis du refuge, Ambroise qui était accoudé à la fenêtre de sa somptueuse chaise, huma l’air ambiant : «C’est quoi cette odeur pestilentielle ? » demanda t-il .
Ne serait-ce pas l’une de mes deux haridelles qui auraient quelques flatulences nauséabondes ? »
« Si c’est toi le roux, on peut dire que quand les roux pètent, ce n’est pas le Pérou, mais si ce n’est pas toi, ce n’est pas le pet roux non plus »
Là, Sam commençait à prendre la mouche, les jeux de mot sur sa tignasse carotte, ça commençait à bien faire.
Il devint tout rouge.
Ambroise essaya de l’apaiser « Du calme, tu deviens de la couleur de tes cheveux, tu as même le cou roux ! »
Et Sam explosa ! Il lâcha la chaise et dégringola au parking.
Jo, qui était devenu la roue de secours, même si il était brun, dut prendre le relais.
« Parfait » dit Ambroise « Tu vas me faire un brin de conduite, la conduite d’un brun est plus tranquille, ça rousse pète moins »
Morts de rire, les deux copains terminèrent le portage de leur étrange partenaire.
Moins frimeurs que Sam, ils trouvaient que finalement, ça ne lui faisait pas de mal d’essuyer quelque quolibets, car il avait plutôt l’habitude d’en donner que d’en recevoir.
Et enfin, ils arrivèrent au parking où Sam attaqua tout de suite
« Bon, maintenant, la paye et que ça saute, l’Ambroise »
« Mon cher ami » déclara Ambroise « Tu as fait du portage, mais moi je t’ai emmené dans une voie où tu étais bien incapable d’aller traîner tes basques tout seul, on est quitte »
« Quoi ? » hurla Sam « C’est quoi cette arnaque ? Sur l’annonce de C2C, tu avais parlé de 15 et 10 euros de l’heure »
« Et bien mon cher, tu es roux laid, tu n’auras pas un sou, ni même de roux pis » et Ambroise explosa de rire, entraînant les deux copains de Sam dans son délire.
« Bon, soyons sérieux, je vais te dire la vérité, en fait C2C me sert d’attrape nigauds, je travaille pour la modération, je suis rabatteur de caquet, mon boulot consiste à repérer les gros frimeurs qui en mettent plein la vue aux autres et qui dénigrent les pauvres anciens alpinistes comme moi, à les piéger et à les remettre un peu à leur place »
Sam devint vert de rage
« Bon t’énerve pas, c’était juste pour rigoler, tu ne vas pas m’en vouloir pour quelques petites roueries, mieux vaut que les roux rient plutôt qu’ils se mettent en colère, non ? »
Les deux autres copains étaient pliés de rire, on ne pouvait pas se fâcher avec Ambroise, c’était trop drôle, surtout qu’il avoua qu’en fait, avant de travailler pour c2c, il était chômeur et qu’il n’avait pas du tout un nom à particule, c’était juste un pseudo.
« Mais, je suis bien payé par camp to camp, venez donc manger à la maison de temps en temps et je vous raconterai mes autres aventures, parfois ça vaut son pesant d’or ! »
Sam réfléchissait, c’est vrai que malgré tout, il avait passé une bonne journée, même si il s’était fait piéger, il avait découvert la montagne, les grandes voies, l’ambiance avait été très conviviale, tout le monde allait se moquer de lui, mais il s’était fait avoir, c’était trop tard, autant le prendre du bon côté.
Et puis, pour les autres histoires croustillantes de c2c, il ne serait plus acteur, mais spectateur, surtout si il devenait l’ami de son bourreau.
Aller se faire quelques bonnes bouffes entre copains autour d’un verre pour parler de tous les piégés des forums de camp to camp, ça avait quand même un petit côté sympathique.
« Ok » finit par dire Sam, en tendant la main à Ambroise « Soyons amis, et même je propose d’instaurer au minimum une rencontre par mois autour d’une bonne bouteille, pour que tu nous racontes les dernières péripéties de C2C et qu’on se paye tous les quatre de belles tranches de rigolade »
Sur ces promesses, les quatre nouveaux amis se séparèrent et Ambroise partit vers de nouvelles missions.
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