Posté en tant qu’invité par catherine:
Bivouac fruité
Il faisait super beau et la météo avait annoncé que ça se dégraderait à partir de samedi soir.
Alors, on a décidé de décaler la sortie « du week-end », et de partir le vendredi soir après le boulot. Objectif : le Dôme de Polset par le Vallon du Fruit, en partant de Méribel.
Un copain l’avait fait plus tôt en saison, j’avais trouvé que c’était une chouette idée, et j’avais réussi à motiver un gars du club ; seulement, nous on n’avait pas de copain avec un appart’ à Méribel, donc on s’est dit : « on va bivouaquer pas très loin de la voiture », comme ça le matin, on remettra les affaires de bivouac dans la voiture et on montera « léger ».
C’est ainsi qu’on s’est retrouvés vers 10 h du soir ce vendredi, Charles et moi, après avoir pic-niqué sur le parking, pas très loin des immeubles, à chercher un endroit où poser nos duvets.
A la lumière des frontales, on a vu des panneaux qui disaient un truc comme « réserve naturelle » ou « espace protégé » …enfin un truc de ce style, mais surtout c’était suivi de « bivouac interdit ».
Bon, on s’est dit, on va aller un peu plus loin, de toutes façons on se lèvera tôt, personne ne nous verra, donc pas de problème.
Pour ne pas se faire repérer, on a éteint les frontales. C’était presque la pleine lune, mais elle n’était pas encore levée, on voyait plus ou moins bien (plutôt moins que plus), et on est parti à la recherche d’un coin pour poser les duvets. En fait, si on avait étudié scrupuleusement la carte pour la partie « sérieuse » de la rando (passage sur le glacier de Gébroulaz très crevassé etc …) on n’avait pas fait attention au début de l’itinéraire « évident ».
C’est ainsi qu’on a découvert qu’au départ il y a un lac, et là c’était super humide. D’ailleurs Charles a failli tomber dedans parcequ’avec les reflets de la lune on voyait bien que c’était plat, mais ça ressemblait juste à de la terre mouillée, et on a failli couper par là !
Bon, on a continué, d’ailleurs on ne voyait pas ce qu’on pouvait faire d’autre, et puis ça semblait s’arranger parce que le chemin enfin localisé (qui en fait était une piste de jeep) commençait à monter. Donc, on s’est dit : on va s’élever, ça sera moins humide, puisqu’on pensait que l’humidité venait du lac. Pour s’élever, ça on s’est élevés !!!
La piste se redressait tellement que je me demandais comment un véhicule, fusse t-il 4X4 pouvait tenir là-dessus ! Bon, peut-être qu’on perdait le sens de la verticale et que ce n’était pas si pentu. L’effet combiné de la faible clarté avec le poids de nos gros sacs expliquait peut-être cela. Parce que les sacs, ils étaient plutôt lourds, même si on les avait allégés du dîner, qu’on transportait maintenant au niveau de nos estomacs. On avait quand même dedans, dessus, et autour dans le désordre : duvet, skis, peaux, couteaux, baudrier, arva, pelle sonde, réchaud, gamelle, corde, jumar, sangles, broches, goretex, polaire, pic-nique, enfin, bon, toute la liste des trucs obligatoires, et sûrement des trucs en plus.
On cherchait désespérément sur le côtés si on ne pouvait pas enfin se poser parce que ça commençait à être fatigant physiquement et moralement, et j’entendais les réflexions désobligeantes que devait se faire dans sa tête ledit Charles envers ma personne. Car c’était moi qui avais eu l’idée …
Enfin, on est arrivés sur du plat ! ! ! oui, tout d’un coup c’est devenu tout plat … mais là, il y avait de la neige, enfin, plutôt de la bouillie, de la gadoue de neige. Pas question de s’allonger là-dedans ! Alors là, j’ai eu une idée (il était temps parce que le moral des troupes commençait à prendre un sacré coup) : sur la droite, je devinais une pente, et à tâtons, elle s’est avérée piquante ! oui, elle était sans neige, mais elle était parsemée de trucs piquants, des sortes de genévriers, mais secs. Charles a un peu grogné quand je lui ai suggéré de monter là-dedans, ça piquait les jambes, mais en fait mon idée, elle était géniale (je me demande encore comment je l’ai eue) parce que en fait s’est retrouvés sur un monticule, et en haut, devinez ce qu’il y avait ?
Je vous le donne en mille : un emplacement de bivouac ! oui, un vrai de vrai, comme les anciens de dans le temps savaient les faire : un rond, entouré d’un muret de pierres, et en plus tenez-vous bien : un tapis d’herbe comme sol ! De l’herbe tout ce qu’il y avait de plus confortable et sec !
Alors là, le Charles il en était baba ! Là, j’ai senti que j’avais regrimpé 4 à 4 tous les échelons de son estime (il était temps) et on s’est posés pour la nuit. Il était quand même autour de minuit !
Le matin, on a failli oublier de se réveiller tellement on était bien, c’était un super bivouac ! On a laissé des affaires cachées dans des sacs poubelles qu’on a cachées dans les buissons alentour, on ne savait pas trop si on avait le droit de bivouaquer … On a fait une super rando à skis, tout seuls, avec un temps magnifique, et à la descente on a eu un peu peur : on ne trouvait plus les affaires, on les avait trop bien cachées ! « T’es sûr que c’est sur cette bosse ? » parcequ’en fait des emplacements de bivouac dans le coin, y’en avait tout plein !
Voilà, c’était finalement vraiment bien, et ce qui nous a fait plaisir, c’est que la météo ne s’était pas trompée du tout : dès le soir, c’était le déluge !