Comment faire une bonne photo ?

Et question subsidiaire: est-il techniquement possible de photographier le soleil en face sans surexposer totalement la photo sur cette région et en permettant encore de voir d’autres choses dans la photo qui ne soient pas du coup complètement noires ? Je ne trouve pas les mots techniques, mais ma question porte sur les possibilités techniques d’avoir à la fois le soleil et le sujet en contre-lumière et le tout dans une progression entre 100% expo dans le seul pixel le plus exposé et 0% dans le seul pixel le moins exposé.

… et ben, j’ai trouvé ma réponse sur chatGPT: le High Dynamic Range, et les filtres dégradés.

Ce serait donc ça que l’on s’attendrait à voir dans une bonne photo soleil en face, non ?

Excellente question — et très bien formulée, en fait ! Tu parles ici du plage dynamique ( dynamic range ) d’une image : c’est la capacité d’un capteur à enregistrer à la fois des zones très lumineuses (comme le Soleil) et des zones très sombres (comme un sujet en contre-jour), sans que ni les hautes lumières ne soient “brûlées” , ni les ombres “bouchées”.

:sun_with_face: Le problème physique de base

La luminance du Soleil direct est immensément plus élevée que celle de n’importe quel objet éclairé par lui — l’écart peut dépasser 10^9 fois (plus de 30 EV , ou stops d’exposition).
Or même les meilleurs capteurs photo actuels (plein format dernière génération) capturent environ 14 à 16 EV de plage dynamique réelle.
:point_right: Donc, non , on ne peut pas photographier le disque du Soleil et un sujet en ombre profonde dans une seule exposition brute sans que l’un des deux ne soit perdu.

:gear: Les solutions techniques possibles

1. HDR (High Dynamic Range)

La méthode la plus courante :

  • Tu prends plusieurs photos à des expositions différentes ( bracketing , par exemple –3 EV, 0 EV, +3 EV).
  • Tu les fusionnes (dans Lightroom, Photoshop, ou directement dans ton boîtier si c’est prévu).
    Résultat : une image avec une progression douce entre les extrêmes, sans zone cramée ni totalement noire .

:camera_flash: C’est la solution réaliste pour avoir à la fois le Soleil et des détails dans les ombres.

2. Filtres physiques

  • Filtre ND (Neutral Density) : réduit la lumière globale (utile pour les éclipses ou le disque solaire, mais pas pour le reste de la scène).
  • Filtre dégradé ND : assombrit seulement la partie haute de l’image (le ciel/soleil), laissant le bas plus clair.
    → Très efficace en paysage quand le Soleil est au-dessus de l’horizon.
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Pas forcément. Sur cette photo de Maurice Baquet par Doisneau on ne distingue pas de détail dans les noirs. Sur cette autre, une zone est au contraire surexposée. Est-ce que ce sont de mauvaises photos ?

C’est une discipline artistique, comme la peinture ou la musique, il ne faut pas y chercher des règles strictes et intangibles. La technique doit être au service de l’artiste, pas l’inverse.

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Selon moi, une photo techniquement parfaite est parfaitement insipide s’il n’y a pas « autre chose ».

C’est exactement pareil que dans n’importe quel domaine « artistique ». Ce n’est pas parce qu’on ne fait pas de faute d’orthographe ou de grammaire qu’on est écrivain. Des photos techniquement parfaites j’en vois tous les jours, des photos sur lesquelles je m’arrête un moment c’est une autre histoire.

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Oui, je pense qu’on est une majorité à penser que la technique doit servir l’émotion.
La recherche d’une sorte de pureté technique qui tomberait pile dans les bons critères ne serait qu’un exercice de style.
La connaissance technique permet juste d’éviter certains défauts et d’améliorer le résultat final. C’est important, mais pas essentiel : au départ, il y a une idée et un cadrage, la technique pour moi ne vient qu’après.

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Depuis le début tu nous cites des règles comme immuables (celle ci, le coup de la couleur et du NB, les tiers, la photo parfaitement nette) comme si elles étaient immuables et qu’on ne pouvait s’en affranchir, en oubliant totalement qu’un paquet des clichés les plus marquants de la photographie prendraient un zéro pointé suivant ces critères. La question n’est pas de respecter absolument ces règles mais de les connaitre dans leur raison et leur finalité et de s’en affranchir sciement pour le bien de son cliché et pas par flemme ou manque de compétence.

Le non contre jour pour une photo comme règle, c’est quand tu apprends à un enfant à prendre un cliché, ensuite tu découvre la mesure spot avec mémorisation d’expo et le contrejour devient ton meilleur copain pour certaines scènes…

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Hier j’ai regardé une très bonne vidéo technique sur la colorimétrie. J’ai bien aimé la conclusion qui reprend ce que pensent plusieurs d’entre nous: « Ce qui est important dans une photo ce n’est pas l’aspect technique mais l’émotion que vous véhiculez; il vaut mieux une photo qui n’est pas parfaite techniquement mais qui véhicule quelque chose qu’une photo 100% parfaite techniquement mais qui n’évoque rien »

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Je suis d’accord mais il faut quand-même un minimum de qualité sinon ça gâche l’émotion (horizon penché, premiers plans flous…)

Du moment que le sujet principal est net, quelle importance si ton 1er plan est flou ?

Oui ça peut marcher dans certains cas. Mais il y a des limites. Deux gros troncs noirs flous qui prennent cinquante pour cent de la photo pour moi c’est trop …

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Je suis sûr qu’en cherchant un peu, on trouverait une photo qui déclencherait chez toi des tas de choses, alors-même que l’horizon est penché et que les premiers plans sont flous…
Souvent la photo et ce qu’elle représente sont secondaires: à l’arrivée elle provoquera une association d’idées, déclenchera une forme de rêverie qui stimule l’imaginaire et lui donne une valeur qu’elle n’a objectivement pas.
C’est la même chose pour un morceau de musique.

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A la différence qu’un morceau de musique a beaucoup plus de liberté dans sa réception, dans la mesure où il n’est pas soumis à une représentation du réel.

Ok dans ce cas j’en ai plein que j’ai faites qui déclenchent en moi plein d’émotions horizon penché résolution pourrie mais qui évidemment ne méritent aucun prix. Faut quand-même arrêter avec la relativisation à l’extrême de la qualité. Tout le monde a compris que l’émotion était importante …

Mais si: sauf que c’est un réel sonore, et pas visuel.
Les yeux n’ont pas plus d’importance que les oreilles.
L’esthétique, au sens étymologique, c’est la perception du beau. C’est valable autant pour les mirettes que pour les esgourdes.

On s’en fout, des prix.
On parle de réception et d’émotion; y’a bien des gens qui pleurent en écoutant Lara Fabian; elle beugle peut-être, mais faut respecter cette spontanéité (bon d’accord, y’a des limites… :innocent:)

L’histoire de l’Art, ses chefs d’oeuvre, ses génies et ses grands noms, est fondée sur un consensus qui ne reposent pas toujours sur des éléments parfaitement objectifs. Dans les décennies à venir, par exemple, je suis sûr qu’on va un peu bousculer l’ordre des choses quand on regardera cette histoire sous un angle moins « patriarcal » et masculin que celui qui l’a définie; en peinture, musique, photographie, cinéma, etc…, il y aura des rééquilibrages qui mettront à mal nombre d’idées reçues.

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Je parlais plus du fait que la musique peut nous emmener beaucoup plus loin que la photo, parce que la photo, même si elle est artistique, nous rattache malgré tout à quelque chose de concret, que l’on peut voir ou au moins imaginer voir en réalité.
La musique, si elle n’est pas jouée, correspond rarement, même de loin, à des perceptions que l’on peut expérimenter concrètement.

Je suis plutôt d’accord avec Nethou, n’importe quel sens stimulé peut réveiller avec une grande force un sentiment, souvenir. Je ne compte plus le nombre de fois où juste frôler une matière en la caressant me procure une plénitude, ou des odeurs perçues ça et là qui me font oublier ma vue et activent des trucs dans ma tête assez primaires, cette sensation est très puissante, on se sent exister fondamentalement et pas juste être sur place avec des pensées.
Il faut je pense accepter de mettre en retrait sa vue et son ouïe, être plus réceptif aux stimuli de tous genre sans se laisser envahir par une imagination ou des fantasmes (je ne parle pas de spiritualité ou autre, j’en suis à mille lieues, je suis très très pragmatique).

C’est un point de vue, mais je pencherais plutôt pour le contraire.
La perception physique (et donc concrète), je la trouve plus avec la musique qu’avec la photo (le lien avec le corps, la danse, voire la transe).

Et encore, on ne parle que de la vision et de l’ouïe.
Et la madeleine de Proust, hein, qu’est-ce que tu en fais ?

(par exemple, il m’arrive, mais rarement, qu’une odeur me ramène subitement à un très vieux souvenir olfactif datant de mon enfance; c’est fugace, mais le ressenti est très profond).

Mais je n’ai pas dit le contraire, ou du moins pas voulu dire autre chose que ce que tu dis …
Alors je vais essayer de reformuler plus clairement :
La photo expose des objets, paysages, etc … qui existent dans une réalité concrète, puisqu’ils sont devant l’objectif. Même s’il y a une mise en scène, des réglages techniques, etc …
Donc au départ, l’oeuvre s’appuie sur cette réalité, et il me semble qu’en tant que spectateur, on ne peut pas l’occulter, même si on peut la dépasser et se laisser aller à des émotions.
Pour la musique, à de très rares exceptions près ( utilisation de sons particuliers comme des chants d’oiseaux, du ressac, des clochettes, etc … ), l’oeuvre n’expose rien qui corresponde à une réalité concrète. ( Je fais abstraction des paroles d’une chansons, qui délivrent un message qui peut, lui, être très explicite et concret, ou au contraire être de la pure poésie « abstraite ».)
Donc sa perception est beaucoup plus émotionnelle, et donc personnelle, et donc

même si l’auteur ( et l’interprète, voire le chef d’orchestre, dimension supplémentaire par rapport à une photo qui est livrée « sans intermédiaire » entre l’auteur et le spectateur ) a pu vouloir faire ressentir un type d’émotion particulier ( ce à quoi il arrive souvent bien ! ).

Donc pour résumer mon propos, ce que je mets dans le terme concret ne correspond pas aux effets produits par l’oeuvre sur le spectateur, mais au rattachement de l’oeuvre à un objet ou une situation.

En espérant avoir été plus claire cette fois-ci.

Si tu ne l’as pas vu il y a récemment eu un excellent documentaire et visible en replay sur Arte sur Kandinsky, « voir la musique, réinventer la peinture », cela devrait faire écho à ta remarque.

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