Comment faire une bonne photo ?

Ici:
https://www.camptocamp.org/images/1821007/fr/-concours-photo-sophie-2025-breche-de-roland

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Ah, OK.
(je posais la question pour la photo en NB; celle en couleur est un scan d’une diapositive Kodachrome (snif !))

J’entends ton attachement Ă  certains critĂšres classiques de construction d’image. Maintenant, j’aimerais te partager ce qu’elle me fait sentir: la difficultĂ© Ă  identifier le sujet me plonge dans l’expĂ©rience d’observation de la faune, la photo demande un effort du regard, comme dans la vraie vie. Le choix du noir et blanc Ă©limine l’attention au couleur, souvent enivrantes, qu’on peut trouver en montagne. Il ne reste plus que le contraste entre le sous-bois sombre, d’oĂč je suppose que la photo a Ă©tĂ© prise, et le champ dans lequel pose tranquillement le cerf. La photo est-elle parfaite? Non. M’émeut-elle? Oui? Quelques corrections pourraient-elles amĂ©liorer cette impression? Sans doute? Est-ce essentielle pour me satisfaire? Non.

Merci pour ce partage !

Il y a, dans cette photo, une puissante impression d’ĂȘtre Ă  la place de celui qui voit le cerf. Le point de vue du photographe. Cette sensation que doit Ă©prouver le chasseur embusquĂ©, lorsque d’un coup la proie tant pistĂ©e traverse son champs de vision. Une montĂ©e l’adrĂ©naline. Suivi d’un questionnement : dois-je tirer sur la gĂąchette ? C’est quand-mĂȘme le roi de la forĂȘt qui est lĂ  !
L’uniformitĂ© des noirs met les espĂšces dans le mĂȘme panier : la peau de l’animal a la mĂȘme matiĂšre que celle de l’arbre. Ni l’un ni l’autre non d’yeux. Les bois du cerf ressemblent aux branches des arbres.
Les arbres, piliers protecteurs, sont bien plus grandement dimensionnĂ©s que le roi lui-mĂȘme, petit, au centre du cadre.
Les arbres et l’animal forment un mĂȘme monde. L’humain, lui, est-il invitĂ© ?

Belle interprétation, qui est la tienne.
Qu’a voulu faire passer comme message l’auteur de la photo ?
L’un et l’autre sont subjectifs, et peut-ĂȘtre se rejoignent, se complĂštent, se contredisent ?

Bien sĂ»r, c’est subjectif, ça peut ĂȘtre contredit ou dĂ©battu.
Je ne sais pas quel message a voulu faire passer l’auteur, hĂ©hĂ©. Car le truc, mĂȘme si la tentation est grande, c’est d’éviter de parler de son auteur.

Tu penses donc que le spectateur peut entiùrement s’approprier l’Ɠuvre ? ( Personnellement je le pense, mais ce n’est pas le cas de tout le monde )

HĂ©hĂ©, bonne question Ă  laquelle je n’avais jamais songĂ©, je ne sais pas.
Ce que je pense c’est qu’une oeuvre est libre, autonome et vivante. Elle n’appartient plus Ă  l’auteur. L’auteur a Ă©tĂ© juste un artisan qui a permis Ă  l’oeuvre de naĂźtre et d’ĂȘtre montrĂ©e au spectateur. L’oeuvre est plus puissante que l’auteur.
Ce qui compte, en tant que spectateur, c’est de dĂ©crire ce que l’on a, lĂ , devant les yeux. En s’appuyant sur des outils peu subjectifs, pour le coup.
Qu’y a t’il dans cette photo du cerf ?

Qu’est-ce qui la fait vivre ? Le regard du/des spectateur(s) ? Et du coup, l’Ɠuvre en tant que telle c’est quoi ? Ce n’est pas la rĂ©alitĂ©, qui a juste servi de support Ă  l’auteur. Mais il y a alors un peu de l’auteur dans l’Ɠuvre quand mĂȘme. Non qu’elle lui appartienne, mais d’ailleurs ce serait plutĂŽt l’inverse


Ou dans le ventre ? Les émotions. Pas forcément besoin de les justifier par une analyse objective, non ?

Salut Ă  tous,
C’est moi qui ai fait la photo « entre les ombres ». Je dois d’abord dire qu’en tant que photographe dĂ©butant (Je viens de m’acheter mon premier boĂźtier) je suis extrĂȘmement heureux de vous voir dĂ©battre, discuter et apporter des angles de vue auxquels je n’aurais pas pensé  C’est plaisant et je vous en remercie.

Je vais essayer de faire un bref « récit » de la photo:
Je l’ai prise pendant la pĂ©riode du brame, il y’a environ 1 mois lors d’un stage d’amm organisĂ© par ma fac (je suis en DEUST activitĂ©s de pleine nature) ce stage Ă©tant le dernier, il avait une saveur particuliĂšre pour plusieurs raisons. C’était le premier avec mon boĂźtier, il Ă©tait en plein dans la bonne pĂ©riode pour voir les cerfs, et bien sĂ»r
 C’était le dernier.
C’est pendant le dernier affĂ»t, sur le chemin du retour aprĂšs 2h d’attente Ă  ne rien voir qu’on les voit soudain
 2 biches et un cerf Ă  mĂȘme pas 200 mĂštres de nous.
On s’allonge, on se tait, et on profitera pendant une demie heure dans cette ambiance irrĂ©elle brumeuse, aux derniĂšres lueurs du jour.

Pour ce qui est de la photo maintenant, j’ai tout de suite voulu la prendre lorsque le cerf Ă©tait au milieu des 2 arbres. La vision du roi de la forĂȘt si petit, presque chĂ©tif entre les deux arbres, et Ă  la limite du grotesque avec son bois en moins (j’ai quand mĂȘme attendu qu’il tourne la tĂȘte du bon cĂŽtĂ© pour ne pas voir son bois manquant) alors qu’on le cherchait depuis 3 jours contrastait tellement avec notre attente que ça m’a semblĂ© Ă©vident de prendre en photo ce moment si particulier.
Et pour moi, les deux arbres sont eux aussi les personnages principaux de la photo, eux qu’on voit tellement souvent qu’on ne les voit mĂȘme plus

Enfin, pour le NB, j’ai longuement hĂ©sitĂ© Ă  le rajouter pour deux raisons:

-La luminositĂ© Ă©tait trĂšs particuliĂšre. Des tons oranges typiques de l’automne, associĂ©s Ă  la noirceur de la demie heure qui suit le coucher de soleil et Ă  la brume (qui a dĂ©jĂ  vu le plateau d’ambel sans brume!?). Mais je ne voulais pas qu’elle Ă©loigne l’attention du spectateur des sujets. De plus, le noir et blanc apporte un certain pessimisme Ă  la photo, il enlĂšve le peu de couleurs chaudes qui Ă©taient prĂ©sentes
 Je ne saurais pas l’expliquer mais j’aime ce type de photos.
Ne vous inquiĂ©tez j’aime beaucoup ma vie :joy:.

-Deuxieme raison, j’ai eu du mal Ă  accepter la qualitĂ© de la photo
 Techniquement, je ne l’aime pas beaucoup: mon boĂźtier dĂ©butant Ă  du mal des 1600 isos, et mon objectif ouvre Ă  6.3 Ă  250mm, logiquement vu la luminositĂ© ambiante, le flou de bouger Ă©tait inĂ©vitable sans trĂ©pied. En rajoutant le lĂ©ger bruit qu’il y’a la photo, j’ai donc dĂ©cidĂ© de la mettre en noir et blanc pour gommer les problĂšmes techniques de la photo. Je sais: beaucoup regrettent l’utilisation du nb lorsqu’il est utilisĂ© pour cette raison mais bon, j’aimais cette photo pour son cĂŽtĂ© artistique et je voulais lui laisser sa chance pour le concours, sans compter que la premiĂšre raison que j’explique juste au dessus me faisait dĂ©jĂ  pencher pour le nb.
Merci de m’avoir lu!

PS: j’en profite pour mettre mon Instagram, n’hĂ©sitez pas Ă  me donner des retours si vous voulez: photo.toine

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Merci pour ce compte rendu !

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@ Anizon.
Bonjour et merci pour ce compte rendu trĂšs explicite.
Pour le noir et blanc (que j’apprĂ©cie dans bien des cas), 
 les points de vue les plus contrastĂ©s ne sont pas nouveaux.
On y allait pas avec le dos de la cuillĂšre Ă  l’époque* *(1Ăšre Ă©dition en 2009). Petite citation Ă  propos de la photo qui avait sĂ©duit le jury :

Je pense sincĂšrement, sans mĂȘme voir l’exemplaire en couleur, que tu a fais le bon choix. Ambel en automne, ça peut ĂȘtre bien fade (herbe ni verte ni grise, souvent trĂšs sec
). Bref, c’est comme ceci que tu l’as choisie, et c’est comme ceci que beaucoup l’aime :wink: !

PS : Deust de Lyon ou de Chambé ?

Merci encore pour le retour et que la passion de la photo t’accompagne dans tes virĂ©es en montagne, 
 et ailleurs.

Merci pour cette réponse!
Effectivement Ambel ne propose pas toujours les plus belles couleurs, mais j’aime surtout cet endroit pour les ambiances qui sont souvent magnifiques, avec le brouillard qui joue avec les lumiĂšres. En tout cas, je suis super content que les gens l’apprĂ©cient mais ce dont je suis le plus content, comme je le disais, c’est qu’elle fasse parler. Je n’aurais sincĂšrement pas pensé 
Comme quoi j’ai vu plusieurs personnes dire qu’elles n’ont pas osĂ© participer: je me suis dit la mĂȘme chose, donc dans le doute il faut foncer😂
Sinon pour le deust je suis à Lyon, c’est vraiment une formation exceptionnelle!

Petite disgression par rapport au titre du topic, sur la plateforme FranceTV on peut voir en rediffusion le film/documentaire de W. Wenders sur le travail de Salgado « le sel de la terre ».
Comme j’ai vu passer son nom un peu plus haut et que ça discute photo ici avec des Ă©changes argumentĂ©s, peut-ĂȘtre que qq lecteurs de ce fil seront intĂ©ressĂ©s. Sans doute dĂ©jĂ  vu pour les plus affutĂ©s d’entre vous.

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100 % d’accord, et ça commence par le cadrage.

D’autre part les donnĂ©es issues du capteur doivent d’une maniĂšre ou d’une autre ĂȘtre interprĂ©tĂ©es pour ĂȘtre affichables. Ne pas traiter une photo c’est abandonner ces dĂ©cisions crĂ©atives Ă  la machine.

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Une photo de montagne doit elle ĂȘtre le reflet le plus exact de la rĂ©alitĂ© ou peut’on abuser du post traitement pour que cela corresponde Ă  ce que l’on souhaite ?

C’est sĂ»r que si je rajoute un chamois au bon endroit, je triche !
Mais si je corrige une exposition contre jour, ou si je diminue la teinte bleue, est-ce de la triche ?
Ce contre jour et ces teintes sont fonctions de rĂ©glages, de capteurs, que ce soit volontaire ou non. Qu’est ce que ca change que je fasse le rĂ©glage aprĂšs la prise de vue ? C’est juste un procĂ©dĂ© diffĂ©rent, une maitrise d’outil de traitement peut-ĂȘtre supĂ©rieure Ă  celle de l’appareil de prise de vue, mais est-ce grave ?

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Il ne faut abuser de rien !

Voir le message #53 de @pire, de quelle réalité parle-t-on ?
Quand tu regardes une montagne, tu ne vois pas la mĂȘme chose que moi, et l’appareil photo ne voit pas la mĂȘme chose que toi. Et d’ailleurs tu ne peux pas voir ce que voit l’appareil photo, il faut l’interprĂ©ter.

Pour moi une dĂ©marche honnĂȘte c’est de traiter la photo en essayant de retraduire au mieux ce qu’on a vu et ressenti au moment oĂč on l’a prise, ce pourquoi on a pris la photo.

Ou alors, si on veut faire du photomontage ou une forme de peinture numĂ©rique, l’assumer clairement.

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Pas toujours. Sur mon APN Lumix j’ai un rĂ©glage de scĂšne en monochrome. L’image est enregistrĂ©e en noir et blanc.

Citation
si je corrige une exposition contre jour, ou si je diminue la teinte bleue, est-ce de la triche

Il y a une différence entre les deux.

  • Si j’ai pris une photo en contre jour, j’ai fait une (grosse) erreur. Alors, corriger mon erreur, je trouve que c’est de la triche.
  • Si je diminue le bleu, je transforme Ă  mes gouts/dĂ©sirs la rĂ©alitĂ©. J’aime les photos avec des bleus comme ci, j’ai pris une photo un jour oĂč le ciel Ă©tait comme ça, du coup je transforme pour obtenir un comme ci, mais qui n’existait pas ce jour-lĂ  = je triche aussi.