Donc (le juge questionné n’est ni un chasseur, ni un pro-chasse)…
Non, aucun chasseur n’a jamais fait de la prison ferme pour accident de chasse. Parce qu’un accident de chasse, par définition, reste un accident, un homicide involontaire. Pour terrible que soit le drame, et quelle que soit la personnalité du chasseur incriminé, même si des règles fondamentales de sécurité n’ont pas été respectées, il faudrait prouver qu’au moment du tir le chasseur s’est dit « C’est peut-être quelqu’un mais je prends le risque » (impossible à prouver et on peut raisonnablement penser que ce n’est jamais le cas). Dans l’immense majorité des cas, le chasseur est véritablement et honnêtement catastrophé. La Justice n’étant pas la vengeance, on s’en tient à la loi. Homicide involontaire.
Pour qu’il y ait décision de prison ferme, il faudrait une somme de circonstances aggravantes : récidive (ce n’est jamais arrivé) - ou risque avéré de récidive -, fort taux d’alcoolémie et/ou usage de stupéfiants, etc. C’est la différence avec les poursuites pour homicide involontaire en cas d’accident de la circulation (où peu de chauffards font de la prison ferme, mais malgré tout, certains en font - le juge interrogé a prononcé une fois une sentence de 8 ans de prison ferme) : la somme de circonstances aggravantes est plus fréquente ; à celles déjà citées (surtout récidive et/ou risque avéré de récidive) viennent s’ajouter conduite sans permis, usage du téléphone au volant, conduite en sens interdit, défaut d’assurance, agressions physiques et/ou verbales, etc.
Je cite le juge qui me disait : « On ne condamne pas à des peines de prison, on fait pire, pour un chasseur : on saisit leur arme, mais surtout on leur retire leur permis de chasse pour 5, 10, ou 15 ans - en fonction des circonstances, avec interdiction de participer à tout événement lié à l’activité. Pour un chasseur, c’est comme une condamnation à mort ! ».