Posté en tant qu’invité par doulechamois:
Un hommage à l’un des plus grands qui disparaissait il y a un an. Un exemple de sérénité de courage, une mythologie à lui tout seul. Un texte qu’il aurait pu écrire. Peut-être…
« Seule la Haute Montagne est capable de m’inspirer de l’Amour. La conscience de vivre, c’est là haut que je la trouve et nulle part ailleurs. Le reste n’est qu’une mort qui se prolonge à l’horizontal, au fil des jours. Je vis uniquement de la pierre, du vent, du froid, de la souffrance. Je me rapproche de la mort physique pour être certain que mon esprit existe encore. Car lui alors lutte pour sa survie à l’intérieur de cette enveloppe charnelle en sursis. Il ne m’est rien de crever de faim, de froid, de soif. Mon corps n’est qu’un support qui n’a d’autre fonction que de permettre à l’esprit de rester éveillé. Si le corps meurt, l’esprit disparaît avec lui mais si le corps reste inerte, l’esprit meurt aussi. Lentement et insidieusement. C’est un sommeil éveillé, une simple survie quotidienne. Ici, il s’agit de vivre enfin et de sortir de la torpeur hypnotique des vallées. Je ne veux pas m’endormir dans la succession ronronnante des jours. La Haute Montagne est une muraille qui ne mène nulle part pour le commun des mortels et c’est pour cela qu’elle est le support de ma quête. Car je hais le commun des mortels. Ici je me libère de l’emprise des hommes. Seuls quelques-uns, ceux qui savent, y reconnaîtront une vie. Ma vie.
Il faut s’arracher à la boue des vallées. Là-haut la vie est intraitable. Même si elle ne dure pas longtemps, même si la mort me rattrape, la vie que j’aurai connue aura été si forte que cela justifiera sa brièveté. C’est à moi de ne pas rencontrer cette fin. Tout ce qui m’échappe, j’ai déjà une chance de l’éviter en sachant que cela existe. Mais le reste m’appartient. Absolument. Je dois juste me prolonger jusqu’au jour où j’aurai tant reçu, senti, compris qu’il ne me restera plus qu’à saisir l’ensemble, le nœud commun où se cache la finalité de mon existence. »