Une pendule en VO 2 et 3/3

l’épisode précédent est ici

Lever 8h45, difficile. Le réveil un peu moins étant donné que je n’ai pas vraiment dormi. Eh pourtant on n’aurait pas pu faire plus d’efforts pour se fatiguer ! Mais quand ça veux pas, ça veux pas. Bon c’est pas grave, je me lève pour faire chauffer l’eau. On prend notre temps pour se préparer vu le monde qui part dans Visite Obligatoire. Eh vu qu’on est bien partisan du « doucement le matin pas trop vite le soir » !

Une belle journée ensoleillée en perspective. On commence un peu à flâner au soleil. Juste une cordée au départ ! Aller on y va. On se dirige vers l’aiguille qui est dans la continuité du chemin d’hier soir. Un peu moins de lacets heureusement. Tremplin vers le ciel, limite entre la terre et l’infini.

Au pied de la voie, deux grimpeuses commencent à s’engager. Une suisse et une allemande. Elles nous devanceront toute la journée. Le rythme d’escalade n’est pas très soutenu. L’escalade reste facile et suffisamment bien protégée. Le grand bonheur en fait. Météo parfaite.

Malgré le style très dalleux de la voie, l’unique sac rempli d’eau et de nourriture se retrouve vite attaché à une corde. Le dos du second n’en est que plus ravi. Mais le sac lui n’a pas trop apprécié d’être hisser en frottant contre la paroi à chaque longueur. C’était tout de même un bon moyen pour le second de ralentir notre rythme et d’éviter de rester bloquer au relais avec ces charmantes suisses –allemandes.

Juste devant elles, une cordée de tortue dans la force de l’âge qui grimpe très sûrement.

Les relais de VO se sont vite transformés en un salon de thé.

La première partie se termine, on retrouve la vire Boëll. Carrefour de bon nombre de voies. C’est la cohue. Trois cordée à la suite dans VO (La cordée suisse-allemande, leur prédécesseur, et nous), deux autres dans la Berthet-Boëll, une autre dans la Madier. Eh tout se beau monde se retrouve ici au même moment que nous.

Des cordes se croisent… Nous nous faufilons dans tout ce fourbi, et arrivons sur une vire au départ de LA longueur de la voie. Tout le monde nous en parle depuis le début… L8. De magnifiques écailles, selon beaucoup une longueur d’anthologie. Il y en a même qui ne sont venu que pour elle ! Sortie de la longueur ils redescendent en rappel dans la voie.

La tête de la cordée tortue nous rejoint sur cette vire avec quelques difficultés. Il commence à nous dire qu’il a du mal à tenir les prises avec sa main droite. Elle tremble énormément. Nous lui conseillons de boire et de bien respirer. Pour la respiration il n’y avait pas de problème. C’était la boisson qui péchait. Sa gourde vide, le bonhomme était dans un état de déshydratation avancée. Par bonté, et aussi et surtout pour alléger notre sac nous lui donnons un peu d’eau, tout en lui conseillant de bien réfléchir à la suite de sa course.

Eh c’est reparti ! Je laisse le soin à Alex de passer devant pour cette longueur. Effectivement très belle. Elle a surtout le goût de ne pas être une bonne grosse dallouse comme toutes les autres.

Deux longueurs plus loin une cordée partie un peu plus tard que nous, nous rejoint dans la dalle en 6b. Dalle qui peut très vite se transformer en 5c en allant voire tantôt à droite, tantôt à gauche. Cordée qui ne demande pas son reste, passe devant en nous laissant plantés à un relais. En d’autres circonstances, la voix aurait pu s’élever, mais cela faisait bien longtemps qu’on ne regardait plus la montre.

Allez-y donc messieurs, passez devant ! Nous pendant ce temps on sort la thermos.

Au sommet, nous retrouvons notre cordée suisse allemande, et un guide avec ses clients. Thermos sorti, gâteaux, saucissons, fromage… manque la bouteille de vin ! On aurait pu faire un effort.


C’est l’heure de la descente. Un rappel ou deux. C’est au choix. De toute façon ça passe dans la rampe dièdre de la voie normale. Sauf que le premier est bloqué par les dames. Que peut-il bien se passer 50 m plus bas.

Nous ne voyons qu’une des deux membres de la cordée qui n’a pas l’air dans un état de sérénité parfaite. On se décide alors de lancer notre rappel et de passer par le relais intermédiaire.

Au relais, le guide resté au sommet nous dénoue notre rappel pour plus de rapidité. Il nous est aussi possible de parler avec l’allemande qui nous explique que sa collègue a pendulé et est bloquée.

Non un accident, un vrai… Comment c’est possible ? Je n’en ai jamais vu d’aussi près.

Alex descend, au passage se renseigne sur ce qu’il se passe exactement.

La pendule enfin plutôt l’accidentée suisse est blessée. Elle s’est retrouvée pendu à son machard. L’émotion, le stress l’empêchent de remonter et la panique commence à se voir sur son visage. Du sang coule sur sa jambe, mais elle n’en a cure. Elle veux juste revenir auprès de son amie.

Alex rejoint l’allemande sur la brèche Gunneng. Voici venu le temps de l’horloger. Je descends à mon tour, m’arrête à la hauteur de l’accidentée, elle est 3 mètres en contrebas. Je fais un nœud de vache sur ma corde pour qu’elle puisse se vacher dessus. Alex la tire alors jusqu’à la brèche. Une équipe parfaite jusque dans le sauvetage ! Emballé c’est pesé !

Bon elle n’est pas encore vraiment tirée d’affaire. Il reste toute la descente jusqu’au refuge. Un genou un peu traumatisé, une cheville en vrac, sans parlé de l’égo qui en vient d’en prendre un sacré coup. Malgré tout elle veut tenter. Sortir ce bête accident de sa tête. Accident qui travaille aussi un peu son amie qui s’en veut de n’avoir rien fait. « Mais pourquoi je n’ai pas tenu la corde en bas ! Ach Scheisse ! »

Le guide nous rejoint sur la brèche. Il nous demande comment on compte procéder pour la suite. Je lui fais un peu petit topo de la situation et lui dit qu’on va tendre une main courante entre la brèche et le névé pour la rassurer.

Alors que tout est installé, il me demande pourquoi on ne l’a pas moulinée jusqu’au pied de la brèche. Ah ben ça c’est une bonne question. On n’a pas trop pensé à cette solution. Enfin ce n’est pas trop ça qui va tout changer. L’accidentée à beaucoup de mal à marcher, elle est choquée. On ne va pas y couper, l’hélico va devoir se déplacer.

Encore faut-il que la principale intéressée soit d’accord. Ce qui n’est pas une mince affaire. Appeler l’hélico ou non pour une simple petite entorse ? Ils sont aussi là pour ça rétorque le guide.

Sous les clochetons nous prenons pied sur le névé. Le névé, j’avais dis à Alex qu’il avait fondu. Lui qui ne voulait pas voir de neige. C’est raté. Mais bon lui avait des baskets au moins. Alors que l’allemande était en sandale pieds nus ! Sans chaussette ! Oui oui ! Ça fait bizarre de voir des sandales sans chaussette dans les pieds d’un allemand.

Deux pas dans la neige molle et notre blessée est plus que découragée sur ces chances d’arriver au refuge. On discute, le guide supervise derrière et réussi à convaincre, enfin, la blessée d’appeler les secours.

Aucun des portables ne capte un quelconque réseau. Tous sauf un, le seul qui n’est pas français. Vive la technologie allemande. Les secours prévenus, nous essayons de notre côté de nous organiser un peu. Qui reste avec la blessée, qui descend au refuge ?… Le guide ne peux pas laisser son client et les deux autres ont déjà bien entamé la descente, Alex veux absolument voir le « sauvetage », moi de mon côté, moins je vois d’hélico mieux je me porte. Je voulais descendre préparer le repas pour Alex et moi, mais il s’inquiétait pour le chemin du retour.

Du coup, le guide craque, il reste, Alex reste et moi aussi. Tout le monde est resté sur le névé à attendre l’hélico. 6 personnes à attendre les secours mais une seule en a besoin. Autant dire qu’on optimise au maximum les chances du blessé.

L’Alouette arrive, se pose. Bonjour, au revoir. La donzelle héliportée vers un endroit plus propice pour sa cheville, pour nous c’est direction la salle hors sac du refuge. Enfin je vais pouvoir manger !

Grosse journée donc ! Je crois qu’on a explosé tous les records de temps pour Visite Obligatoire, de refuge à refuge. Quasiment 12h00 !

Nous on aura gagné une bière, et de mon côté une lampée de chartreuse offerte par le guide. Hum !

Eh demain ! On fait quoi ? Grande question qu’on se pose avec Alex. Je propose une voie aux pointe de Burlan, Alex lui est plus chaud pour un repos et une descente à la voiture tranquille. Après une très mince réflexion on tombe d’accord sur le repos.

Le lendemain nous donnera raison. Alors que les cordées sont déjà engagées sur la Dibona, la pluie se met à tomber. Une petite pluie fine qui mouille aussi bien le rocher que le grimpeur. Les cordées commencent alors leurs descentes en rappel. Une heure après les premières gouttes tout le monde se retrouve au refuge. Ce jour là, une seule cordée est arrivé au sommet, par la voie des savoyards. Ce sont nos camarades du hors sac de la veille.

La fenêtre météo aura été parfaite pour nous. Alex est prêt à revenir en Oisan, mais pas pour un week-end. Il m’a un peu maudit pour les 5h de routes, mais aussi l’approche du refuge, le névé. Un avant gout de la vrai montagne en somme.

:slight_smile:
Bien sympa ton récit Flo! Merci de nous faire partager tes aventures montagneuses!

Mais rien que d’entendre parler de cette marche d’approche, mon mal de genou reprend: quelle bavente!
et de nuit en plus ça devait être quelquechose!:confused:

Ca me rappelle étrangement ma dernière visite dans le cirque du Soreiller:
2heures de voiture + marche d’approche à l’aube, voie des Savoyards dans la foulée+ erreur d’itinéraire + record de durée 8h environ + retour de nuit au refuge avec une demie-frontale+ projet d’enchaînement avec tête du rouget avorté!..mais au final que de bons souvenirs quand même! :lol:

Comme quoi, sous ses aspects dibonnaires, ce sommet doit s’envisager vraiment comme une vraie course en montagne! :lol:

Ah, là, là la Dibona, que de souvenirs!
Moi, c’est l’orage que je me suis pris dans visite, juste avant les 2 dernières longueurs, alors la descente a été plutôt rapide :wink:
merci pour ton récit.

Et oui, toujours riches d’enseignements ces récits en montagne !!

merci