Posté en tant qu’invité par iSwiss:
La rupture d?une corniche à l?origine du drame
Selon le responsable de la colonne de secours, aucune imprudence n?est à l?origine du drame qui a coûté la vie, jeudi, à deux Vaudois et à un Fribourgeois. Toujours hospitalisés, les deux blessés sont hors de danger.
« Cette fois, c?est vraiment la malchance. » Responsable de la colonne de secours de Blatten-Belalp, Peter Schwitter est catégorique: le groupe de 13 membres de la section Jaman du Club alpin suisse (CAS) en randonnée jeudi dans la région du Geisshorn (VS) n?a commis aucune imprudence. « D?habitude, c?est bien de finir tôt mais là ils auraient pu passer à 8h et vivre le même drame », assure le guide.
Car contrairement à ce qui a été évoqué hier, ce n?est pas une avalanche qui a été fatale à trois des membres du groupe (un Fribourgeois de 68 ans et deux Vaudois de respectivement 25 et 49 ans, tous domiciliés dans la région veveysanne) mais bien la rupture d?une corniche. « Vers 16heures, une corniche s?est détachée dans la pente en amont des cordées. Deux d?entre elles ont été emportées par le bloc en chute sur une distance de 150 à 200 mètres », explique Peter Schwitter. « Alertés par un des randonneurs rescapés, nous les avons rapidement retrouvés, certains sous une faible couche de neige déplacée par leur chute », explique le guide de montagne, « Partis de la cabane de Concordia, ils se rendaient à celle d?Oberaletsch. A cet endroit, à environ 3500 mètres, le choix de leur itinéraire était le seul possible. » Partis pour une semaine de randonnée à skis dans les Alpes bernoises et valaisannes, le groupe vivait son avant-dernier jour de course.
Bien équipés et expérimentés
Héliportés sur les lieux du drame par deux appareils d?Air Glacier, la colonne de secours (17 hommes accompagnés de chiens) a vu son travail facilité par le fait que les randonneurs, qui effectuaient un passage à pied lors de l?accident, étaient bien équipés. « Tous étaient encordés et équipés d?un détecteur de victime d?avalanche », précise Peter Schwitter.
Membre de la section Jaman du CAS, Christian Toffel il n?a pas participé à la randonnée , compare: « La corniche est tombée dans la pente au-dessus d?eux, un peu comme des cailloux auraient pu leur dégringoler dessus. »
Des deux cordées composées de randonneurs expérimentés, l?une s?en tirera sans trop de dommage, glissant sur la pente. La seconde, composée de quatre personnes, fera deux chutes d?une quinzaine de mètres, dues à des cassures (des sortes de rimayes). Chutes fatales pour trois d?entre eux.
Blessés hors de danger
Hier, les deux blessés, une femme de 45 ans et un homme de 53 ans, étaient toujours hospitalisés à Brigue. « L?homme va bien, il est sur pied mais restera encore quelques jours d?ici à ce qu?il soit totalement rétabli. Il souffre de contusions et est évidemment choqué », expliquait hier son médecin. Quant à la femme, si ses jours ne sont pas en danger, il semblerait que des problèmes de vertèbres nécessiteront une opération. Elle devrait pour ce faire être transférée au CHUV.
«Nous sommes une grande famille, c?est très dur»
RÉACTIONS Après le drame, l?émotion au CAS Jaman est vive. Un débriefing sera mis sur pied.
« Nous sommes quelque 800 membres mais peut-être septante ou huitante à participer régulièrement aux courses. Le groupe qui s?est rendu au Geisshorn jeudi était composé d?amis très liés et très expérimentés en haute montagne. Pratiquement tous étaient des chefs de course. C?était vraiment le noyau central de la section. » Membre de la section Jaman du Club alpin suisse, Christian Toffel ne cachait pas son émotion hier, au lendemain du drame qui a emporté trois de ces amis, dont un avec qui il était en montagne tous les week-ends. Il est d?autant plus sous le choc que le chef de course, qui avait effectué la préparation de la semaine dans les Alpes bernoises et valaisannes, avait dû renoncer à participer à celle-ci pour des raisons professionnelles. « Je sais qu?il y a une part de risque résiduel en montagne pour les gens bien formés. C?est cette petite part de fatalité qui les a touchés. On l?accepte mais c?est très dur », expliquait hier Christian Toffel.
« Triste », « dur », « fatalité », les mots reviennent dans la bouche de plusieurs membres de la section. Une section qui mettra prochainement sur pied un débriefing pour les participants à la randonnée, les familles directes des trois disparus et les piliers de la section: « Le chef de course, un jeune aspirant guide, expliquera les circonstances du drame. Ce sera dur pour lui: il y a perdu son frère. » Une mise à plat pour aider à libérer les émotions.
La prévention est la meilleure des protections
RANDONNÉE Une bonne préparation et un équipement adéquat restent les meilleurs atouts pour la sécurité.
La malchance connue par le groupe de veveysan, correctement équipé et préparé, ne doit pas faire oublier les règles élémentaires de prudence lors des randonnées hivernales en montagne et qui plus est en haute montagne, à skis particulièrement. La préparation est capitale: définir un itinéraire, s?informer auprès de l?Institut de prévention des avalanches mais aussi auprès du bureau du guide local par exemple, sur les conditions de neige et les conditions météorologiques. Prévoir éventuellement un itinéraire de rechange: il est plus facile de renoncer à un projet lorsqu?il peut être remplacé par une autre course.
Avant le départ, communiquer son itinéraire à une personne de contact. Sur le terrain, le matériel doit être adéquat et en parfait état. Le détecteur de victime d?avalanche (DVA, souvent nommé Barryvox, du nom de la marque) doit être enclenché et placé sous les habits, afin de ne pas être arraché. Chaque randonneur accompagnera celui-ci de son propre matériel: une sonde et une pelle. Enfin, des vêtements chauds, un ravitaillement et une radio (le natel ne passe pas partout) complètent l?équipement.