La traversée intégrale des Aravis par les arêtes est un projet particulièrement engagé, tant par sa longueur que par la continuité du terrain. Les rares récits que j’ai lu concernent surtout des guides ayant un très solide niveau en alpinisme rocheux et en escalade de terrain d’aventure ainsi qu’une endurance hors norme. A ma connaissance, seul un homme non professionnel l’a réussi complètement de manière estivale c’est @math74 en 2013 dans le sens sud nord et en tirant un nombre impressionnant de rappel. En alpinisme hivernal il n’y a que les guides Patrick Bérault et Christophe Frendo qui ont réalisé en janvier 2000 une traversée hivernale des Aravis en commençant par Areu.
A ski il y a l’exploit du trio Jornet / Jacquemoud / Brosse en 2012 dans le sens sud nord en démarrant au Charvin et en s’arrêtant à la PP.
Pour être totalement complet il faut aussi citer deux références qui servent de repères en FKT : Anne-Lise Rousset a établi en 2020 un temps de 10h36, et Simon Paccard a porté la référence masculine à 8h59 en 2025, sur un itinéraire d’environ 50 km et plus de 6000 m de D+, très technique et majoritairement hors sentier. Attention ces performances ne sont pas directement comparables à une traversée intégrale des arêtes des Aravis dans un style alpin continu, qui relève d’un registre et d’une logique d’engagement différents.
Sans connaître votre expérience, il serait utile de préciser votre niveau en escalade, votre aisance en pente à chamois, terrain péteux et sur les arêtes aériennes, ainsi que le découpage envisagé (en une seule fois ou en plusieurs étapes). Cela permettra probablement à ceux qui connaissent l’itinéraire de vous donner des conseils adaptés selon les sommets.
Le film Aravistique est inspirant, mais il ne faut pas sous-estimer l’ampleur de la traversée : organisation et travail d’équipe, orientation et connaissance des échappatoires, longueur des sections et gestion de l’engagement sont souvent les points les plus critiques. L’eau et l’alimentation aussi.
À titre de retour d’expérience, certains itinéraires ont beaucoup évolué au fil des années grâce à des reconnaissances successives et des ajustements de passage. Sur certaines sections des Aravis, des variantes ou contournements ont pu être utilisés selon les conditions ou les choix d’engagement, notamment autour de la Pointe Longue en début de traversée ou des Aiguilles du Mont en fin de parcours. J’ai participé activement avec ma femme à la démocratisation de la Traversée Areu Arbenne en l’équipant il y a quelques années ! Nous avons trouver l’accès face W de Pointe Longue et avons équipé son arête sud. Cela permet une traversée de ce sommet rarement réalisé en raison de son rocher pourri, probablement le plus dangereux des Aravis, le plus beau aussi !
De même, plusieurs passages entre Chombas et Charvet ont été progressivement mieux définis avec le temps et l’équipement de Michel Lanne, avec parfois des variantes d’accès selon les équipes et les périodes de reconnaissance. Nous avons nous même trouver un passage encore plus direct (mais plus lent) par l’arête nord du Charvet l’année dernière.
Dans ce type de projet, la compréhension de l’itinéraire se construit souvent sur plusieurs années, par essais successifs, ajustements et partage d’expérience entre pratiquants. Cela fait la richesse et la complexité de cette traversée qui dépasse l’image créé par les réseaux ou un film. Pour faire simple c’est un projet d’alpinisme avec gestion de l’engagement sur la durée. Pour certains c’est le projet d’une vie où il faut au contraire…ralentir.