Posté en tant qu’invité par Francois:
Dans la nuit étoilée, la blonde Phoebée déversait sa ténébreuse lumière sur les monts endormis. La douce Morphée m’enveloppait tendrement dans ses bras accueillants et je rêvais…
Alors là, je mets des petits zoiseaux pour aérer un peu le texte…
Cui ! cui ! cui ! krâââ ! krâââ ! …tchip ! tchip ! tchip !.. (gazouillis de petits zoiseaux)
Lorsqu’une voix criarde m’en tira (de ses bras)
-Dis donc toi, faut te secouer un peu, gars ! y’a tes copains qui attendent ! allez hop ! au boulot !
C’était Melpomène, cette garce ! juste au moment où mon rêve devenait intéressant.
-Ta gueule, Mel, t’as vu l’heure qu’il est ? tu vois pas que je dors ? P…, t’arrive toujours au bon moment, toi…
Bon, maintenant que je sui réveillé, autant se mettre au boulot. Je regarde par la fenêtre : il gèle à pierre fendre, les impatiens sont ratiboisées. Heureusement que j’ai rentré les géraniums.
-Prépare-moi du café, Mel.
Pas de réponse, Melpomène a fichu le camp. Me réveiller, elle sait mais pour le café, plus personne. Pffff…je vais en faire moi-même. Deux cuillères d’Arabica, de l’eau…glou, glou…la cafetière modèle ultra perfectionné…putain, la notice ! où elle est ? ah, voilà !..alors voyons…oui, bon…gloub ! gloub ! râââââhhhh …râââââââ…crouîîîîîîîîkkk…pschhhhhh…pschhhhh…ploc ! et voilà, pas plus compliqué que ça. Hum ! ! ! fameux ! ! ! ce petit kaoua…
Mon bloc…mon stylo…la page blanche…
…bon, qu’est-ce que je mets ?..
…j’en étais où ?..
…
…allez, encore un petit kaoua…
…pfffff, je ferais mieux de retourner me coucher…
…Alors qui va se faire la première longueur ? Je n’aime pas, j’abhore, je déteste, je hais la première longueur. Il fait froid, les muscles sont froids, le rocher est froid, le bout du nez est froid, les mains sont froides, tout est froid. On n’a qu’une envie, hiberner plié en quatre dans un coin en attendant les premiers rayons du soleil…ce qui peut mener jusqu’à quatre heures de l’après-midi, suivant l’orientation de la face. Encore heureux qu’on n’a pas ici, comme en Oisans, des dalles d’érosion glaciaire bien lisses, bien compactes, improtégeables en ces temps où les spits étaient considérés comme le diable, parcourues de traînées d’humidité noirâtres et glaciales…t’es sûr que c’est par là ? Mais oui, regarde ! c’est dans le topo " attaquer par des dalles d’érosion glaciaire… " c’est même pas coté !
C’est bien ce que je dis, quand c’est pas coté, c’est là qu’il faut se méfier.
Bref, revenons babiller sur nos Babillons. Moyennant de savants et hypocrites calculs (regarde, si tu veux faire les passages intéressants en tête, il faut que tu fasses la première longueur), des arguments de parfaite mauvaise foi (ça va pas aujourd’hui, j’sais pas ce que j’ai) et de feintes indifférences (bon, bin t’y vas ?) je parviens généralement à fourguer la première longueur au copain. Ca ne fonctionne pas toujours, quelques fois il y en a qui font la mauvaise tête, qui disent que y’a pas de raison, qui avancent des arguments spécieux…bon alors dans ce cas-là on s’engueule et celui qui gueule le plus fort a raison. C’est pas nouveau mais ça réchauffe.
C’est donc Tartine qui s’y colle. Ca racle un peu, ça tremble un peu, c’est un peu crispé mais enfin ça ne se passe pas trop mal. A mon avis. De toute façon, moi, je m’en fous, qu’elle se démerde. Je la regarde monter, mains dans les poches, bonnet sur les yeux, je fais un peu semblant d’assurer. Quelle gourde ! elle s’y prend comme un manche…
-Fais gaffe, hein !
-Ouais, ouais, vas-y (je me gèle, moi, ici)
Il n’y a pas de point intermédiaire, alors tu parles si je l’assure…je suis bien content d’être à ma place.
-A toi, vas-y !
A ton tour, mon gars. Ca racle, ça coince, ça tremble…merde ! comment elle a fait pour passer ? je suis vraiment nul, ou quoi ? m’écorche un doigt dans une putain de fissure à la con, ça saigne, un bout de peau qui pendouille mais je ne sens rien, trop froid aux doigts. En définitive, j’arrive au relais en soufflant comme un phoque. Le premier de l’autre cordée grimpe sur mes talons. On se retrouve tous les trois au relais où il y a de la place. Il fait froid, le soleil attendu ne se manifeste pas, au contraire. Les nuages faméliques de ce matin ont pris du poids et les quelques traînées étiques qui musardaient à l’horizon se sont transformées en bonhommes Michelin gros, gras et bien nourris. Le ciel se bouche. Rien d’étonnant, vu la région. J’ai des inquiétudes quant à la suite et je sens la panade qui se pointe à toute vitesse. En fait, j’en ai déjà marre de cette course. Il fait gris, il fait sombre, mon doigt commence à me faire souffrir, je ne m’amuse pas. De son propre chef, Martine est partie dans la deuxième longueur sans rien demander et ça doit se voir sur mon visage que je me fait chier et que je fais la gueule.
Troisième longueur. Le gars est toujours derrière moi et une idée diabolique, éclairée d’une lueur sulfureuse, me vient à l’esprit. Tartine a disparu de l’autre côté d’une arête secondaire, je ne la vois plus. J’en profite pour machiavéliser un peu mon idée.
Bon, les gars, il est 22 heures. Je suis allé au resto avec ma fille (salade, pizza fruits de mer, citron givré, un petit Kir et un pichet de rouge cuvée du patron) et je trouve que j’ai bien du mérite de m’être remis au clavier après tout ça. Surtout que je ne tiens pas l’alcool, deux verres de rouge et hop ! je roule sous la table. Alors maintenant, dodo.
