Posté en tant qu’invité par Gilles:
Sophie, non je ne suis pas à proprement parler quelqu’un du coin, de Ceillac par exemple. Des Hautes-Alpes certes et par choix, mais c’est plutôt dans le cadre de mon job que j’interviens sur ce type d’aménagement.
Le cas des Hautes-Alpes est un peu particulier cette année puisque ce département connait je crois les plus forts investissements des Alpes (et montagnes françaises).
Maintenant il faut distinguer 3 types de travaux :
- les remontées mécaniques,
- les dépenses pour la neige artificielle,
- les mise en forme des pistes de ski.
Pour les remontées mécaniques, la réglementation (qui est l’expression du besoin de la sovciété en sécurité des usagers) impose des mises en conformité extrèmement coûteuses et comme les engins vieillissent, souvent la solution au bout de 30 ans et plus c’est une remontées neuve (i.e. Ceillac). Par ailleurs on voit les stations substituer à 3 ou 4 téléskis, un télésiège qui occupera moins de place au sol, sera éventuellement moins agressif visuellement et aussi pour les volatiles (tétra-lyre en particulier) et aura un débit supérieur (comme le demande les skieurs de piste qui constituent, qu’on l’admette ou non, le plus grand nombre dans nos montagnes hivernales).
Pour la neige artificielle, je ne suis pas un spécialiste, mais sans ces équipements récents je crois qu’un certain nombre de stations de ski des Alpes du Sud (de La Grave à Isola 2000) auraient dû mettre la clé sous la porte ces qqes. dernières année. Il faut comprendre que ne tourner que de janvier à février avec très peu de neige, c’est laisser au chomage (en déc- mars- avril) les saisonniers (perchmans, conducteur d’engin, pisteurs, moniteurs de ski, prof. de la montagne, serveurs de restau et autres vendeurs de magasins, hôtels, gîtes, etc…). Beaucoup de saisonniers sont des cultivateurs du coin, des gens des bleds avoisinnants, des personnes comme toi et moi qui tentent de vivre au pays. Je ne défends pas la neige de culture à tout prix (vu qu’elle a qqes. effets non négligeables sur la ressource en eau et peut-être à terme sur la végétation, à vérifier !) mais il faut bien avouer que sans cette innovation, les Alpes du Sud seraient depuis longtemps bien sinistrées (d’autant plus avec le réchauffement climatique annoncé).
Les terrassements des pistes de descente sont voulues je crois par les stations pour offrir à leur clientèle qqe. chose de simple et facile à skier, de varié, de ludique, d’organisé où on ne conduit pas tout le monde dans un entonnoir comme autrefois , et surtout sans danger ; les clients sont de plus en plus exigeants et les médias en rajoutent sans cesse.
Dans le même registre les amateurs de ski de randonnées admettent de moins en moins bien les accidents, les avalanches meurtrières, les « naufragés des neiges », etc. idem pour l’alpinisme l’été ; il n’y a guère que les glaciéristes qu’on laisse tranquillement s’exposer, pour combien de temps encore !!? Bref, on va vers de + en + de sécurité, c’est une notion qu’on comprend avec l’âge. Et les usagers des pistes sont des skieurs moyens je pense, et de toute façon chacun a été un jour un débutant.
Quant à répondre sur le fond à ta question « faut-il privilégier ce type d’équipement ? », je n’ai pas la réponse, c’est un trop vaste débat ; mais quand on voit le mouvement de protestation des élus des zones de Parcs Nationaux et le relatif abandon de l’Etat en perspective dans une future loi, on voit bien que faire des parcs partout c’est impossible et que les parcs ne sont pas vraiment la réussite pour tous qu’on suppose quand on se ballade sur un GR. Les habitants des petis hameaux montagnards sont le plus souvent laissés pour compte.
La solution ça reste dans le tourisme, et de proposer des activités (sportive, ludique ou culturelle …) à des clients en majorité citadins. Ne rien faire, c’est mourir ! Mais je suis bien d’accord la Croisière Blanche à travers le Champsaur c’est l’erreur hautement condamnable. Les écolos et autres MW restent cependant très présents et actifs, il n’y a qu’à se rappeler le débat public récent sur l’A51 Sisteron-Grenoble pour se rendre compte que les Hautes-Alpes risquent bien de rester encore longtemps la région, peut-être la plus préservée, mais surtout la plus enclavée du territoire français.
Pour le reste j’ai de la chance, je suis de ceux qui pratiquent au fil de l’année toutes les activités que m’offre la montagne tout près : hiver skating et rando à ski voire cascade, printemps escalade, été alpinisme, automne rando et escalade.
Et je connais les coins tranquilles, comme toi sans doute !
Bon ski et bonne fête de Noël.