Posté en tant qu’invité par AlbanK:
" Ne chantez pas la Mort, c’ est un sujet morbide .
Le mot seul laisse un froid aussitôt qu’ il est dit.
Les gens du show-bussiness vous prédiront le bide.
C’ est un sujet tabou, pour poète maudit …"
Léo Ferré
"- Zean ! Hoho ! Zean ! "
Jean, il a mis son beau sourire sous son regard d’ enfant surpris.
Ce n’ était pas innocent, ce petit détour, là, juste à l’entrée de Chantelouve.
Je le sais bien, je ne lui en veux pas.
"-Oh ! Pâpo, que je réplique
-Ouh ! l’ ami, lo Zean et l’ Alban ", qu’il nous envoie, Pâpo.
Le voilà qui descend de cette petite butte d’ herbe douce, là, vous savez bien…
Pâpo, vieux cep, tordu, quelques pas d’ une très vieille danse, il est là, au devant de nous.
Les deux là, ils sourient…
" Viens de là, qu’ il nous invite Pâpo, tous deux ! "
On marche un peu, on descend, avalés par la porte noire, dans cette cuisine noire.
Un soleil de miel enrage l’ obscurité, au fond, le " fuel " ronronne.
Napoléon, le roux, dort en boule sur un fauteuil.
A notre arrivée, il saute sur ses pattes et vient se frotter à nos jambes d’ hommes, miaule un peu et s’ enfuit vivement, chassant l’ ombre du temps qui passe.
Pâpo, d’ autor, il nous a mis le blanc.
Le vin danse dans les raies de lumiére d’ or.
"- Alors, mon Zean, qu’ il dit le Pâpo et sa main claque la cuisse forte de mon ami.
Il existe un fil invisible qui lie ces deux là.
Aujourd’ hui ( en 1984 ), Pâpo, il est déjà d’ un autre siècle.
Firmin, c’ est son prénom, il est d’ Entraigues, il y est né en 18…, qui le sait ?
Marié puis veuf, il n’ a eu qu’ un enfant, une fille, l’ Elizabeth.
Elle s’ est marié à La Mure à un bon de Ponsonnas, grand joueur de clairon, ce qui ne fit que rajouter à son charme.
Mariage d’ Amour, heureux, elle gantière, lui mineur de fond, ils eurent un fils : Jean, mon ami.
Firmin, lo Pâpo, il l’ a gardé souvent et longtemps le Jean, ici, à Chantelouve, en pleine montagne.
Jean, il en a appris beaucoup du Pâpo, c’ est avec lui qu’ il a connu les sentiers et les chemins, les sommets environnants…
C’ est Pâpo qui lui a offert ses premières grosses, sa fameuse corde, ils sont allés la chercher ensemble, à La Mure, chez Terras…
Dans les contreforts de l’ Armet, c’ est Pâpo qui lui a montré comment ficher ses premiers clous, car son Pâpo, au Jean, il a toujours eu la passion d ‹ enjamber les sommets qui l › entourent, de toutes les façons possibles…
Aujourd’ hui, il a un peu passé la main, sa passion, il l’ a bien foutue à l’ interieur du Jean, bien tâssée, ça ne va pas ressortir comme ça.
Maintenant, il s’ enfonce doucement dans le nuit.
De la maison, il voit encore le panneau, là-bas, après, c’est plutôt autour que ça se gâte…
« C’ est pas bien grave », qu’ il pense, et on en parle pas.
On lui en dit, on lui en raconte un peu, au Pâpo, et puis on parle de La Meije, du Taillefer, alors il est content.
Napoléon est rentré, vaincu par l’ indicible, au fond, le " fuel " vibre doucement, la neige est au Rochail…
Bartholomé, c’ est le frère du Pâpo.
Lo Bârtho, qu’ on lui dit, et on a les yeux qui brillent.
Lo Bârtho, c’ est le cadet au Pâpo, mais quel cadet !
Lo Bârtho, c’ est deux hommes, ou un ours, comme ça vous arrange.
Il habite à Sainte Luce, la grosse maison, haut fond, après la grande courbe qui mène au Parquetou, celle-là justement qui ressemble à un château, avec ses bassins.
D’ ailleurs, on dit : " le château ".
Lo Bârtho, il a la passion des bassins, il en a creusé trois, tout seul.
Dans le plus grand, il y a des carpes et un petit ponton, autour, des joncs, de l’ osier, un saule et des boulots.
Au printemps, y poussent des [i)craous[/i] majestueux.
Au " château ", avec Lo Bârtho, vivent la Marthe, son épouse, Marie-Elise, leur fille , enfin Amélie, leur petite fille.
Les bassins, c’ est pour elle, le ponton, c’ est pour elle, les joncs, l’ osier, les saules et les boulots, pour elle aussi.
Mélie, quand on parle d’ elle, on baisse un peu la voix, on prend des mines.
Mélie, cheveux rouges, une barre de feuiiles de menthe zèbre son regard d’ eau profonde.
Mélie…
Au " château " , j’ y suis allé, plusieurs fois avec ma douce Maman.
Maman, elle aimait bien Marie-Elise, elles se parlaient longtemps.
Moi, j’ allais aux bassins avec Lo bârtho, il me faisait hurler de rire avec ses grands mots et sa voix de tonnerre.
Là-bas, sur un banc, Mélie.
On lui parlait tendrement, Maman lui disait : " petite ".
Un soir, quelqu’ un a dit de Mélie un mot que j’ ai répété à Maman.
Elle m’ a mis la main sur la bouche et m’ a regardé d’ un air tendre et triste.
" Simple " , que j’ avais entendu…
Jean et moi, on sort souvent ensemble.
J’ aime bien son style et mon pas lui " va ".
Ensemble, on a ouvert une belle ligne, au Clapier du Peyron, une belle ligne claire, évidente, au milieu de clochetons invraissemblables.
Jean, c’ est le cousin de Mélie, lointaine et inaccessible, on a tous les trois, à pêu près le même âge…
à suivre
[%sig%]