Posté en tant qu’invité par Cisou:
Ce n’est déjà pas simple de se rendre à Tiniteqilaaq, Groenland, mais si la SNCF s’en mèle avec une des grèves dont elle est coutumière !!! Enfin nous parvenons tous à Roissy où notre accoutrement et nos skis sont un signe de ralliement sans équivoque. Première étape à Reykjavik, avec un merveilleux bain en plein air (0°C) dans les sources chaudes aux odeurs souffrés. La brume laisse entrevoir les rondeurs des belles islandaises, mais nous ne sommes pas venus pour cela… Nouvel avion pour Kulusuk dont l’approche par beau temps est une pure merveille, d’abord la banquise, puis des sommets à perte de vue et bientôt ces derniers nous encadrent à gauche et à droite, tandis que de gros icebergs aux couleurs bleutées semblent figées dans la banquise qui défile sous nos ailes. La piste unique est couverte de neige et le batiment moderne en aluminium gris est bondé. La tempête a sévit durant trois jours et cela fait bien une semaine que l’aéroport n’a pas reçu d’avion. L’hélicoptère fait la navette depuis le matin tôt avec Tasiilaq, la grosse ville du coin avec ces 1500 habitants. Déjà 16 rotations, les pilotes fatiguent et la nuit tombent, nous ne traverserons pas ce soir. Oûtre l’hotel pour tourisme à quelques encablûres de l’aérogare, se trouve sur cette petite île un authentique village de 150 âmes. Des petites maisons de bois aux couleurs chaudes s’étalent sur deux collines en bord de mer. Dans cet univers minéral, il n’y a pas de terre, rien que des pierres. Autour du village, à deux pas des maisons des croix blanches se dressent pour ceux qui sont partis… La lumière chaude du couchant, éclaire les derniers traineaux qui rentrent avec le produit de leur chasse. Il y aura du phoque au menu chez celui là, ce soir.
Dimanche, encore un peu d’attente pour l’hélico. Une expé part pour quatre semaines vers l’intérieur des terres à l’assaut d’un « big wall » avec 900kg de matériel pour quatre grimpeurs. Ca met dans l’ambiance. Enfin Tasiilaq, où nous retrouvons Max et Aja qui nous attendent depuis deux jours avec leur traineaux et leurs chiens. A cause de la neige fraiche, ils ont dû faire la trace pour venir nous chercher depuis leur village. Douze heures de marche, quand cinq peuvent suffire. Mais parfois la tempête peut bloquer les traineaux plusieurs jours. C’est enfin le départ, skis aux pieds à travers la baie gelée, tirés derrière nos deux traineaux. Au petit matin les flocons volletaient autour du gîte, maintenant le soleil brille de tout ces feux, plus un nuage en vue. Les choses sérieuses commencent, la région est prometteuse. Premier camp de base au Lac 2 (66m d’altitude !). Les tentes sont confortables, mais les duvets un peu encombrés par les peaux et les chaussons. Il fait un froid raisonnable, -15° voir -20° la nuit, et on s’approche de 0° sans l’atteindre en journée. Depuis le camp fixe, on rayonne vers la gauche, vers la droite. La neige est le plus souvent poudreuse, parfois ventée. Les pentes sont douces, la carte érronée, et les paysages sans cesse renouvelés. Du sommet du Mittivakkat, l’émotion nous saisi face à l’Islandsis étincellant qui barre l’horizon de l’autre coté du fjord. 1000km de large sans rien que la neige et la glace, un défi pour aventuriers !
Nous levons le camp pour l’extrème nord de l’île d’Amgmassalik, un dernier bras de mer couvert par la banquise nous sépare de Tiniteqilaaq. Des enfants du village sont venus à notre rencontre, sourire, éclat de rire, ils s’accrochent à nous en équilibre sur l’arrière de nos skis et se laissent entrainer par les chiens. Le soleil couchant fait chatoyer au loin des pics élancés et des glaciers suspendus, un petit air de Patagonie. Nous dormirons au chaud pour quelques nuits, dans ce petit village de 150 habitants à l’unique magasin, qui vend TV, fusils, vétements, pellicules photos et bien sûr nourriture. Ravitaillé seulement par la mer de juillet à octobre, la gestion des stocks doit être un vrai casse tête. Nous avons profités des derniers morceaux de fromage. Bien sûr il n’y a pas l’eau courante, mais certains ont la télévision et même le téléphone. Le réservoir du village qui est rempli en fin d’automne suffit à la consommation de l’hiver. Dans d’autres villages, il leur faut parfois encore faire fondre la neige. Les maisons sont en bois et les meubles y sont rares. Au pied du réservoir, une maison collective permet de prendre une douche et de laver son linge, en semaine et le matin seulement ! Une douche pour 50 habitants et il n’y a pas la queue… Pour les cabinets d’aisance, chaque jour la seule moto neige du village, tirant sur une remorque un grand bac, fait le tour des maisons pour vider le seau réservé à cet usage. Si vous la croisez, prudence, la trace est cahotique, gare aux éclaboussures. Pour l’hotel, désolé il n’y en a pas, mais les groenlandais sont très acceuillants. Immersion totale garantie, vous vouliez du dépaysement, en voici. Ne ratez pas le civet de phoque, un délice et ne croyez surtout pas un icelandais qui vous dirait le contraire, il ne connait sûrement que les phoques de son pays et ceux ne sont pas les mêmes ! Le Flétant est un pure délice de finesse. Testez aussi le haddock séché, qu’il faut machouiller un bon moment avant de pouvoir l’avaler. Toutes les vitamines sont dans la tête, alors on mange tout ! Facile a emporter en ballade, il parfume juste un peu le sac, mais au point où vous en serrez avec vos propres odeurs !
Autour du village, il n’y a pas de pentes, le Fjord Sirmilk à l’est, un bras de mer à l’ouest, pour aller skier on prend encore le traineau. A 7km/h derrière les chiens, c’est moins fatiguant qu’à pieds, mais au bout de deux heures il commence à faire froid. Pour la technique, on peut varier, on tient la corde bras tendus, comme en ski nautique, on fait une boucle et avec les batons sous les fesses on se confectionne une pioche de téléski, mais le mieux s’est de s’attacher directement sur le baudrier, ça autorise toutes les fantaisies dont celles de prendre des photos en route. Cependant, gare aux démarrages brusques, spécialités des groenlandais ; je parle des chiens, car pour les hommes il en va assez différement. Le groenland se rapproche de l’Afrique dans son rapport au temps. « Aujourd’hui » ça peut vouloir dire demain ou plus tard. Les jours se ressemblent, pas de stress, pas d’urgence, c’est une notion inconnue là-bas… alors relax !
Les pentes et les paysages montent encore d’un cran. A trois cents mètres d’altitude à peine, sur une pente raide suspendue au dessus du fjord gelé, blanc et démuni de tout repère, la sensation de vide est extraordinaire. Le sommet n’est qu’à mille mètres, mais on est partis de la mer, et la pente fait 33° de moyenne sur 1000m, avec trois ressauts de 100m à 45° que nous remontons à pieds. Nous regrettons presque les crampons et piolet qui sont restés en France. Evidemment, personne ne croyait qu’il y avait des pentes dans ce pays… Un merveilleux couloir, se termine sur des dalles de granit verglacées recouvertes d’une fine pellicule de neige fraiche, saut de 20m obligatoire, dommage, nous remontons ! Juste en face une forêt d’aiguilles élancées encadrent un glacier suspendu qui laisse s’échapper une cascade de glace de 200m de haut. Un peu engagé sans doute, vu les séracs en haut ! Nous repérons le col sans nom, comme tout le reste, qui sera l’objectif du lendemain. Comme chaque jour, du sommet suivant nous en apercevons d’autres encore plus beaux, plus au nord, plus isolés et plus attirants les uns que les autres. Le séjour s’achève, il faudra revenir…