Posté en tant qu’invité par Francois:
Devant la baisse générale du niveau en orthographe, on a pu adopter les positions les plus opposées. Certains esprits, et des meilleurs, n’ont pas hésité à crier haro sur l’orthographe elle-même et nul n’a été plus sévère, à cet égard, que Paul Valéry, qui maniait pourtant une langue d’une rigueur éblouissante, et peu suspect de transiger sur l’orthographe :
" L’absurdité de notre orthographe qui est en vérité une des fabrication les plus cocasses du monde, est bien connue. Elle est un recueil impérieux ou impératif d’une quantité d’erreurs d’étymologie artificiellement fixées par des décisions inexplicables. "
A cette rigoureuse sévérité répond le cri passionné de Colette :
" Je ne veux pas qu’on abîme les mots, qu’on leur enlève leur relief et leur fierté. "
Il peut paraître simple, puisque l’orthographe française est trop compliquée, de la simplifier. Mais en vérité, il n’est pas simple de simplifier. Relisons Raymond Queneau :
" Mézalor, mézalor, késkon nobtyin ! Sa dvyin incrouayab, pazordinèr, ranversan, sa vouzaalor indsé drôldaspé dontonrvyin pa. On lrekonê pudutou, lfransè, améla pudutou…On népa zabitué, sétou. Unfoua kon sra zabitué, saira tousel… "
Eh non ! La question n’est pas simple. Elle n’est pas neuve non plus. En 1740, une réforme orthographique a déjà " corrigé " sérieusement les fautes d’orthographe de Racine et sur beaucoup d’ouvrages de la seconde moitié du XVIIIe, on peut lire la mention : " imprimé selon l’orthographe de Voltaire. " A croire que chaque auteur avait la sienne ! C’est une réforme de 1835 qui nous fait écrire " enfants au lieu de " enfans " et " j’étais " au lieu de " j’étois ". Toujours est-il qu’on pourrait certainement supprimer quelques bizarreries de la langue.
Il est cependant à craindre que des réformes autoritaires n’ajoutent quelques exceptions aux règles et quelques règles aux exceptions.
Après tout, tel qu’il est établi, le code de l’orthographe est une convention collective qu’on peut s’efforcer de respecter à peu près, comme le code de la route. Le code de la route n’est pas simple non plus et si nous le respectons mieux que le code de l’orthographe, c’est que les sanctions dues aux infractions sont plus importantes.
Dans un autre ordre d’idée, l’orthographe a pu apparaître à certains moments comme une marque de classe, destinée à distinguer l’aristocratie des gens de lettre d’avec les ignorants et le menu peuple. Agir ainsi, c’est faire jouer à l’orthographe un rôle très discutable de critère privilégié, social ou intellectuel.
Si vous avez lu jusqu’à la fin ce baratin assez long, je vous félicite et vous avez droit à toute mon admiration et ma considération.