Posté en tant qu’invité par Baltardive:
Mont Blanc : des voies à basse altitude
Supposons que vous êtes à Chamonix, pendant ou après une période de mauvais temps. Vous connaissez bien la face Sud de l’aiguille du Midi, la pointe Lachenal, et autres escalades de la Vallée Blanche. L’M, le pilier Rouge de Blaitière, les dalles du Peigne sont encore enneigées pour un bout de temps et puis elles sont bien mal exposées. Faut-il vous dérouter sur le massif des Bornes-Aravis qui détiennent de très belles escalades (Bargy, Col de la Colombière, Pointe Percée, Sapey….) ? Eh bien maintenant non ! J’essaie ici de faire le bilan de voies que j’ai personnellement parcourues, et qui sont en quelque sorte une réserve en cas de mauvais temps
Aiguilles Rouges
La grande nouveauté de cette saison a été la découverte de nouvelles voies dans les Aiguilles Rouges. Surprise ! la plus grande partie de ces voies ont été ouvertes par des guides de Chamonix qui ont effectué un travail de déblaiement à la hauteur de ceux de Jean Michel Cambon. Toutes ces voies ont des caractères communs Exposition Sud, soleil généreux Excellent équipement bien pensé : en général le rocher ne permet pas la pose de coinceurs : donc emmener ceux-ci est vraiment facultatif. Le tracé de ces voies cherche les plus beaux passages de rocher et, de fait, les voies sont peu engagées (encore que certaines échappées par des vires herbeuses peuvent réserver des surprises) Le cadre face au Mont Blanc est fabuleux (Rebuffat l’avait bien compris) La météo n’est pas à négliger : les orages touchent souvent les Aiguilles Rouges avant le massif du Mont Blanc Les topos de toutes ces voies (sauf indication contraire) sont dans le guide " Les Aiguilles Rouges : escalade au soleil " de G. Perroux et Th. Dulac (environ 187 F).
Depuis le téléphérique du Brévent :
Brévent : Voie Frison Roche
Clocher du Brévent :Crakoukass
Clocher de Planpraz : Voie Cocher Cochon
Aig de la Charlanon : Pour 75 cents de plus : ne pas sous-estimer la descente en début de saison
Depuis le téléphérique de la Flégère :
Index : voie de l’an d’Emile : le topo n’est pas dans le Guide des Aiguilles Rouges de God. F. Pallandre professeur à l’ENSA a signé là une belle réussite. Topo à l’OHM.
La Cathédrale : Au bord du gouffre : le rocher nous a paru moins bon que dans les autres
Grande Floria : Asia : c’est une voie Piola mais elle est dans l’esprit des autres
Et puis des voies qui ne nécessitent pas de téléphérique (intéressant hors saison)
Depuis le Col des Montets :
Julanie : cette voie nous laissera le souvenir d’une marche d’approche horrible dans les rhododendrons, les voies correspondent mal au topo, bref ce ne sont pas des objectifs majeurs.
Dans le vallon de Bérard :
Razmoquet : une voie en dalles pour le plaisir. Topo à l’OHM.
Rocher du Passet :
Mille et une pattes Rocher du Passet : Tout ça pour ça
Barberine :
Sylvie Phobie : l’ambiance école de cette voie est effacée par son intérêt
Quittons le Aiguilles Rouges pour la
Suisse
Dorenaz
(près de Martigny)offre 6 voies intéressantes de 6 longueurs. Ouvertes en majorité par les frères Rémy donc escalade plus engagée et cotations dures ! Équipement en goujons. Ce site est intéressant lors de gros mauvais temps car à très basse altitude.
La Lie Blanche
(topo dans Vertical) est le mouton noir de cet ensemble. Certes l’équipement est bon mais le rocher cède la place à l’herbe et aux éboulis. A éviter à tout prix !
La dalle de l’Amone
a été rééquipée de façon raisonnable (demandez à Claude Vigier ce qu’il pense de l’équipement d’origine de l’époque Darbelay) : à éviter en cas d’orage et en début de saison (neige au sommet)
Près du refuge de La neuve
(3 heures de montée)
Le grand Darrey : 2 voies Piola très belles (7 longueurs) se terminant sur un vrai petit sommet : attention coinceurs et Friends indispensables.
Revenons dans
le Massif du Mont Blanc
D’abord 2 voies faisables depuis le premier train du Montenvers (en aller retour, ou en montant au refuge de l’Envers)
les Contes de la Folie Ordinaires :
Dans les dalles au dessus de la Mer de Glace, à gauche d’Essorage Express, à ne pas manquer
Tour Verte : le Pont des Soupirs
Attention équipement Piola : coinceurs et friends utiles.
Puis une voie faisable depuis le premier train du Montenvers(en aller retour, ou en montant au refuge du Couvercle par le sentier balcon) une magnifique création de Piola qui se termine sur un petit gendarme du versant SW du Moine (je ne connais pas le nom de la voie)
Dans le même secteur aux Flammes de Pierre, le Joyau et le Lotus (topo dans Vertical) ne m’a pas convaincu , équipement un peu léger, lichen. Mais cette info date de 2 ans : peut-être que F. Pallandre est revenu terminer son œuvre. Si vous avez des renseignements plus frais, faites-moi signe.
Le rééquipement des voies Piola, Vogler…
Les premières voies Piola datent de 1984 : elles ont été ouvertes au tamponnoir avec des spits de 8 : pour ces raisons et d’autres qu’il qualifia d’éthique (avoir une éthique c’est souvent montrer aux autres qu’on est le plus fort) Piola a planté un minimum de spits. Nombreux étaient les passages de cette époque très engagé, conduisant à une mauvaise chute. Et puis si vous n’aviez pas le bon coinceur pour compléter cette assurance tant pis pour vous ! De plus la sécurité apportée par ces spits était minimum (1000 DAN). Mais les voies Piola étaient tellement belles, elles apportaient un tel renouvellement de l’escalade en granit que nous avons été des centaines à jouer le jeu et à dire bravo Piola, Vogler… Évidement Piola n’était pas le seul et il faudrait inclure toute l’équipe qui a travaillé avec lui. Romain Vogler, bien qu’ayant ouvert avec Piola occupait une place à part ( occupait car il nous a quitté il y a 5 ans : Romain, on n’oubliera ni ta gentillesse, ni ton style d’escalade en fissure notamment !) . Mais ce sont ces deux équipes genevoises qui réaliseront presque toutes les voies intéressantes : Les frères Rémy (sauf dans la région d’Orny et au petit Clocher du Portalet) T. Renaud, O. Ratheaux…n’ont pas ouvert de voies majeures. Faisons une exception d’importance pour M. Mioto qui a ouvert (parfois avec Piola) des voies mer veilleuses à Dalmazi et sur le versant italien
Il est notoire que cet équipement est devenu franchement dangereux, après 25 ans passé à 3000 m d’altitude ou plus.
Dès 1992, j’ai alerté le COSIROC et la FFME du caractère dangereux de certaines voies : personne n’a voulu m’écouter car les uns (Taupin) étaient absorbé par les magouilles dans l’institution, d’autres comme Denis Garnier ne sortaient plus de leur couennes du Midi, d’autres trouvaient, comme Fara, qu’ « il était nul de grimper des voies de plusieurs longueurs » (oui, je sais, Fara est revenu à Presles équiper des voies de 200 m : on a le droit de changer d’avis !), d’autres comme G. Decorps, pourtant professeur à l’ENSA, pensait que cela risquait de leur donner trop de travail. Seuls certains guides de Chamonix, comme Arizzi, étaient conscient du problème : ils l’ont montré depuis. Piola, quant à lui s’estimait propriétaire de ses voies : il avait peur qu 'on les trouve trop faciles et puis il avait du travail ailleurs : ouvrir des voies cela n’attend pas. Je ne parle même pas de quelques croulants, qui n’avaient jamais mis les pieds dans une voie Piola et prétendaient qu’on y trouvait un spit tous les mètres. Je passe également sous silence certains très bons grimpeurs, comme F. Masigny et P; Gabarou qui se précipitaient pour refaire les voies Piola, mais affirmaient qu’ils étaient tellement forts que cela ne les concernait pas (version de « Comment ils la font et comment ils la racontent » de Samivel…avec les légendes inversées).
Bref, pour ces raisons j’ai décidé de ne plus jamais remettre les pieds à la FFME.
En 90 la situation s’améliore, Piola utilise le Perfo et les goujons de 10 (parfois en inox) sont plus solides, résistent mieux dans le temps… et sont un peu plus nombreux (n’oubliez pas vos Friends malgré tout !).
Mais les anciennes voies restent dangereuses.
En 98 Piola a une initiative malheureuse, il contacte différends sponsors (dont la revue italienne) et lance l’opération « Monte Bianco sicura ». Cela me fait doucement rire : en dehors des relais les voies Piola ne comportent pas plus d’un ou deux spits par longueurs. Est-il la peine de médiatiser une opération qui revient à changer une trentaine de spits par voie ? A Presles nous en avons fait dix fois plus sans sonner les trompettes. La réaction ne se fait pas attendre : tout ce que comporte le GHM de vielles gloires qui n’ont plus mis les pieds en montagne depuis des lustres, tous les aigris de l’Alpine Climbing Group, qui ne doivent pas savoir que l’Angleterre n’est plus une île, montent au créneaux. L’opération n’aura pas lieu : Piola ne sera pas payé royalement pour rééquiper mais le fera discrètement et avec l’aide de quelques donateurs peu soucieux de publicité comme Babeth la gardienne du Refuge de l’Envers.
Je vais témoigner de quelques rééquipement de voies que j’ai parcouru, étant entendu que je ne joue pas à l’inspecteur des travaux finis.
Pointe des Nantillons : voie Guy Anne :
Piola a remodelé l’ancienne voie, ce qui donne une succession de passages en fissures sans beaucoup de protection en place (ne pas lésiner sur les coinceurs à empoter) et de passages en dalles sur knobs protégés modernes. Comme dans toutes les voies Piola rééquipées le matériel mis en place est fait pour durer (inox). Pour résoudre le problème des rappels qui se conçaient souvent un grimpeur italien a équipé une ligne de rappels indépendante attention se renseigner au refuge sur les longueurs de corde.
Aiguille de Roc : Children of the Moon
Là aussi remodelage de la voie, mais comme on se trouve dans un secteur où d’autres ouvreurs ont sévi il est très difficile de suivre la voie, aussi bien à la montée qu’à la descente. Peut-etre faudrait-il netoyer le secteur ?
Aiguille de Roc : Ambiance EigerWand
Bon rééquipement.
A noter que Piola a ouvert une suite à « Ambiance » et une autre à « Children », au dessus des vires très proches l’une de l’autre, qui vous amènent près du sommet de l’aiguille de Roc. Cela donne une course fantastique.
Aiguille de Roc : Sonam
Le rééqupement de cette voie a été effectué par deux grimpeurs du Caroux, qui visiblement n’avaient pas l’habitue des problèmes de la montagne.
Ils ont rééquipés en tiges de tendeurs les 3 premières longueurs : avec des points placés là où il fallait pour cette voie assez facile : du bon travail ! Puis ils sont rentrés chez eux !
Au dessus il reste 3-4 longueurs avec un équipement complètement pourri. Avec les coinceurs on s’en sort, mais cette voie est un PIÈGE.
Face ouest de Blatière : Nabot Léon
Excellent rééquipement : ne pas manquer les 2 longueurs au dessus de la Brèche. A noter qu’en 2001 une autre ligne aurait été ouverte au dessus de la brèche : pas de renseignement.
Laawrence d’Arabie aurait été rééqupée, mais je n’ai pas de renseignements.
La face Ouest de Blaitiaire est pleine d’équipements en ruine, relais sur un seul point (un rivet Simond sur lequel il faut descendre en rappel) et de rééquipement sauvages, faits à la va vite, qui ne dureront pas. Cela montre bien qu’une concertation aurait été nécessaire, car le secteur « Diamants du Président » commence à se dégrader.
Je cherche d’autres renseignement de première main, pas des « on dit », sur toutes les voies équpées ou rééquipées dans le Massif du Mont Blanc. Toutes vos remarques seront bienvenues.