Bonjour,
J’ai lu « En quête de plus grand », l’autobiographie de Jean Bourgeois (Belgique). J’en sors avec beaucoup de questionnements… Jean Bourgeois a dû apporter plein de choses à beaucoup de monde, mais ce livre je trouve tend à le desservir…
L’avez-vous lu ?
lorsque l’on se rend à Freyr, sur le panneau d’entrée, il y a les citations à propos de Freyr de 2 alpinistes : Sean Villanueva et Jean Bourgeois. Je me disais donc que ce dernier devait avoir un palmarès à la hauteur d’un double lauréat du piolet d’or. Or cela ne semble pas totalement le cas.
Que représente donc Jean Bourgeois pour les belges ? Qu’a t il apporté ? Car il semble avoir beaucoup apporté.
Son bouquin est une belle plongée dans l’alpinisme des années 60 et 70, les trajets en stop jusqu’à Chamonix et en camion jusqu’en Himalaya, c’est bien marrant.
D’emblée, en matière de performance en alpinisme, il s’annonce comme faisant partie de l’élite :
- 1958 (20 ans) : « une nouvelle étoile est née apparue dans le ciel de l’escalade belge » ; "ma notoriété grandissant, les caïds de l’époque s’intéressent à moi"
- 1960 (22 ans) « [Beppi le gardien de Locatelli] me considère d’emblée comme un grand » et les médias remarque son été comme "un exploit sensationnel à l’actif de l’alpinisme belge"
- 1961 (23 ans) : "Jose Luis Fonrouge est rapide, je le suis aussi"
- 1965 (27 ans) : "je n’ai jamais vu que deux gars grimper comme toi : Louis Lachenal et Michel Vaucher" dixit Lionel Terray. « Ainsi, après 5 ans d’alpinisme, un des plus grands me considérait comme un grand »
- Il se dit membre du GHM - (mais je ne l’ai pas trouvé dans la liste sur www.ghm-alpinisme.fr)
- Plus tard, en 1982, à l’expédition à l’Everest, il est celui qui apporte sa « mâturité », du « souffle » à une équipe avec Metzger, Batard, Ghilini, Piola, PA Steiner… « qui [ont] besoin du soutien de l’homme mûr [qu’il est] ». Pour Michel Piola, il serait « l’initiateur rêvé, image idéal de père »
- Quand il fait des conférences en 1982 au Palais des Beaux-Arts, il faut revenir en 1951 et Herzog et l’Annapurna pour avoir une même affluence
- En fin de vie, il refuse une rencontre avec… Walter Bonatti, se disant que la conversation ne serait pas intéressante
Il réussit des ascensions (comme 4° ascension de la Directissime suisse à la Cima Ovest) et dans le cadre d’un rassemblement international d’alpinistes :
- 1965 - voie des Parisiens à la Pelle (ouverte 1961)
- 1965 - éperon NE du Mont Aiguille (1957)
- 1965 - Face ouest des petites Jorasses (1955)
Mais par contre beaucoup de ses ascensions semblent devenues assez « classiques » quand il les réalise :
- 1960 - Spigolo Giallo - Cima Picola - voie Comici (ouverte 1933)
- 1961 - Nant Blanc - Aiguille Verte (1935)
- 1961 - Aig du Chardonnet - « face nord » (donc arête Forbes ou éperon Migot ?)
- 1964 ou 1965 - Face NO cima busazza (1933)
- 1964 ou 1965 - Face ouest de la cima tosa, avec C. Barbier (1936)
- 1974 - Yosemite : Sentinel Rock : Steck - Salathé (1950)
- 1974 - El Capitan, mais il ne précise pas par quelle voie (Nose ou Salathe Wall) (1958/1961)- -
- 1981 - dièdre philip flamm Civetta (1925)
- 1981 - voie davaille aux courtes (1955)
Une de ses ascensions est plus au top de ce qui se fait, mais il y a du coup une erreur dans le livre :
- 1961 - face E du grand capucin - voie Bonatti - « ouverte par Bonatti 2 ans auparavant" "parmi les plus dures escalades du moment » - En fait, c’est 10 ans, pas 2 ans
Il s’affirme comme rapide… même si c’est difficilement vérifiable :
- 1960 - la voie des Français au Pouce (TD+) : "les 1ers ascensionnistes avaient passé bcp de temps […] mais nous l’effectuons tellement rapidement que nous sommes au sommet en fin d’AM" (Mazeaud et Kohlmann pas cités)
- 1960 - Enchaînement cima ovest - FN - voie Cassin (1935) - 4h30 et Cima grande - voie Comici (1933) - 4h20
- 1981 - Hasse Brandler cima grande 5h35 ce qui serait un « record absolu »
Il a aussi finalement pas mal d’échecs
- 1981 échec FN Eiger
- 1982 échec piola ghilini FN Eiger
- S’il ne va pas au bout, c’est plusieurs fois à cause de ses compagnons (1° hivernale de la Desmaison au pic de bure ; ouverture sur une « grande paroi près du lac de garde »)
En Himalaya et dans les Andes :
- 1975 echec au Pic Paiju
- 1976 pas de tentative au Yerupaja
- 1976 échec au Nevado Carnicero
- 1982 échec à l’Everest
- 1989 échec Minya Konka
Et donc seulement
- 1966 - 4° ascension du Noshaq, et 1° d’un sommet satellite de ce dernier
- 1976 - Cerro Trapecio, au Pérou, qui ne semble pas « majeur »
Certaines de ses ascensions sont un peu mystérieuses :
- 1960 - Punta di Frida - voie Preuss ?
- 1961 - A Freyr, « J’ouvre plusieurs nouvelles voies dans les zones les plus difficiles ». Le topo de Freyr n’indique que 3 voies ouvertes par J. Bourgeois (1959 - La Physique solaire - 6a/7b+ - Le Pape ; 1985 - Traversée Bourgeois - 4c - 5 ânes ; 1987 - Nougat Roc - 6a+ - Jeunesse)
- 1964 ou 1965 - Smisurato Portale, à côté d’une "voie réputée entre toutes comme la plus difficile des Dolomites". « Curieusement, cette voie n’apparaîtra jamais dans aucun topo-guide »
On a du mal à voir son niveau max escalade : 1983, 6c ? (voie de l’enfant Freyr)
Personnalité intrigante, prêt à laisser ses compagnons de cordée pour partir seul :
- 1959, jeune, au Mont Blanc, il reste quand ses compagnons descendent
- 1961, au Nant Blanc, il les (Gunn Clark et Peter Bell, britanniques) laissent en plan
- 1966, au Noshaq, il descend tout seul : « Andrzej Heinrich réprouve ma décision » (futur compagnon de cordée de Zawada et Kukuczka)
- 1982, à l’Everest. Passage le plus intrigant du livre. Il est clair qu’il était fasciné par le Tibet : est-il sincère dans le fait qu’il devait vraiment descendre côté Tibet pour rester en vie ? Au fond de lui, n’avait-il surtout pas envie d’aller au Tibet ?
En outre,
- Il ratiboise bien ses chefs d’expéditions : Michel Metzger (Everest), Jean Fréhel (Pic Paiju)
- Il règle un peu ses comptes avec pas mal d’institutions scientidfiques (archéologique, astronomique, médicale) se sentant incompris, non respecté)
Bon enfin voilà. Je serais heureux d’avoir des témoignages positifs sur Jean Bourgeois, ce qu’il a apporté, car la manière avec laquelle il a rédigé son autobiographie le fait très malheureusement passer pour qqn d’un peu vantard et d’individualiste (outre qq passages sexistes et un un peu homophobe)