Posté en tant qu’invité par Francois:
Le couloir est une espèce de canal, une voie de passage en forte pente, une prison toute en longueur dans laquelle on reste enfermé. De part et d’autre, un décor de rochers impraticables. La solitude y est beaucoup plus intense, les jeux de sons et de lumières beaucoup plus fantastiques. Et puis il y a tout le charme de l’intimité, le même que l’on goûte en paroi, en gravissant dièdres et cheminées, une intimité tout à fait semblable à celle d’une chambre à coucher ; et par la magie de laquelle les langues de neige, les cavités, les blocs de pierre, les baldaquins aériens, prennent une expression presque humaine. On dirait que quelqu’un vous attend, vous épie entre les rochers. Chaque recoin, chaque creux, chaque anfractuosité semble vous inviter à rester en vous promettant de mystérieuses béatitudes. C’est dans les couloirs, non sur les parois ou sur les crêtes, que vivent les elfes, les gnomes, les anciens génies de la montagne.
A travers ce fabuleux décor, la pente s’incurve, s’élargit, s’ouvre en gradins vertigineux, se ramasse en creux de cuiller, vous laisse reprendre souffle, puis se resserre à nouveau, se cabre comme si derrière cette bosse s’ouvrait un impossible abîme. Mais même ce rétrécissement abrupt fait tout ce qu’il peut pour ne pas vous décourager, exactement comme les virages relevés de nos bons vieux vélodromes ; au contraire, il amène en douceur les skis à faire d’eux-même d’harmonieux virages. Puis la pente s’élargit à nouveau en amphithéâtre majestueux dont chacun a sa lumière particulière, son expression et son atmosphère propre.
Et c’est là que la fièvre vous reprend. Vite […] retourner jusqu’au sommet, chausser à nouveau les skis, se précipiter à nouveau sur cette fabuleuse glissoire, écrire sur l’indicible cataracte blanche solidifiée entre les éboulis rocheux sa vaine petite illusion personnelle. Jusqu’à quand ?
[%sig%]
Merci.