Le couloir

Posté en tant qu’invité par Francois:

Le couloir est une espèce de canal, une voie de passage en forte pente, une prison toute en longueur dans laquelle on reste enfermé. De part et d’autre, un décor de rochers impraticables. La solitude y est beaucoup plus intense, les jeux de sons et de lumières beaucoup plus fantastiques. Et puis il y a tout le charme de l’intimité, le même que l’on goûte en paroi, en gravissant dièdres et cheminées, une intimité tout à fait semblable à celle d’une chambre à coucher ; et par la magie de laquelle les langues de neige, les cavités, les blocs de pierre, les baldaquins aériens, prennent une expression presque humaine. On dirait que quelqu’un vous attend, vous épie entre les rochers. Chaque recoin, chaque creux, chaque anfractuosité semble vous inviter à rester en vous promettant de mystérieuses béatitudes. C’est dans les couloirs, non sur les parois ou sur les crêtes, que vivent les elfes, les gnomes, les anciens génies de la montagne.
A travers ce fabuleux décor, la pente s’incurve, s’élargit, s’ouvre en gradins vertigineux, se ramasse en creux de cuiller, vous laisse reprendre souffle, puis se resserre à nouveau, se cabre comme si derrière cette bosse s’ouvrait un impossible abîme. Mais même ce rétrécissement abrupt fait tout ce qu’il peut pour ne pas vous décourager, exactement comme les virages relevés de nos bons vieux vélodromes ; au contraire, il amène en douceur les skis à faire d’eux-même d’harmonieux virages. Puis la pente s’élargit à nouveau en amphithéâtre majestueux dont chacun a sa lumière particulière, son expression et son atmosphère propre.
Et c’est là que la fièvre vous reprend. Vite […] retourner jusqu’au sommet, chausser à nouveau les skis, se précipiter à nouveau sur cette fabuleuse glissoire, écrire sur l’indicible cataracte blanche solidifiée entre les éboulis rocheux sa vaine petite illusion personnelle. Jusqu’à quand ?

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par Fr@nçois:

je crois que c’est le plus beau des couloirs de Belledonne!!!

Posté en tant qu’invité par Claude M.:

Je ne connais les couloirs qu’à la montée…Mais comme c’est vrai ! Tu devrais nous mettre ça sur le forum littéraire, François…

Posté en tant qu’invité par Francois:

Dirais-je que ce texte n’est pas de moi, mais de …???

Posté en tant qu’invité par gros moërell:

Anselme? Jean-Marc? Daniel?

Posté en tant qu’invité par Laurent:

catalogue des magasins Lapeyre?

Posté en tant qu’invité par Rai:

Le couloir c’est le « tube » du glisseur de pente raide : la recherche du couloir en bonnes conditions c’est un peu comme la recherche de la vague parfaite, au bout de la remontée en crampons ou de la longue rame dans la passe : lisse, presque « mécanique », verticale et creuse qui te propulse vers la lumière comme le couloir te propulse vers la rimaye en virages aériens et qui te rempli l’organisme de montées d’adrénaline jusqu’à te rendre accro.

Allez j’arrete, ça fait 24h que je n’ai pas ridé et je suis déjà « à cran »…

Posté en tant qu’invité par arnaud:

ça fait 24h que je n’ai pas ridé

mais t’es tu déridé ?

Posté en tant qu’invité par luc:

si c’est pas de toi, c’est plutot mieux comme ca :Je n’ai pas retrouvé ton style habituel et le resultat me parait moins interessant, moins original

Posté en tant qu’invité par Francois:

luc a écrit:

si c’est pas de toi, c’est plutot mieux comme ca :Je n’ai pas
retrouvé ton style habituel et le resultat me parait moins
interessant, moins original

Diable! diable! alors là, je me pose des questions métaphysiques et existentielles…
car ce texte est de Dino Buzzati: Le Montagne de Vetro (Montagnes de Verre)

Posté en tant qu’invité par Claude M.:

<" Diable! diable! alors là, je me pose des questions métaphysiques et existentielles…">
Comme quoi, on ne sait jamais rien d’une réputation…:-)) !!!
Mais à propos, « Le montagne di vetro »…à quand remonte l’édition ??? Le doute me saisit, m’étreint, m’effraie : est-ce un recueil de nouvelles ou d’articles, un roman…? J’ai beau scruter la biblio de Buzzati… :frowning: Merci.

Posté en tant qu’invité par Martine:

textes écrits entre 1932 et 1971
réédités en version française chez Guérin en 2002

Posté en tant qu’invité par Claude M.:

Merci, Martine !
L’ennui avec Buzzati, c’est qu’ayant tellement écrit de récits, articles, nouvelles dans la presse ou ailleurs, les éditeurs font périodiquement leur marché dans tout çà en sortant un bouquin de compilation au titre à chaque fois différent…(cas typique chez Mondadori)
Bonnes lectures.

Posté en tant qu’invité par Francois:

Ed. Denoël 1979. Textes rassemblés par E. Camanni.
Ceci dit, je suis surpris de ta remarque, Claude. Buzzati était d’abord et avant tout journaliste. Dès lors, quoi d’étonant à cette pléthore de textes et articles en tous genres?
Il est vrai que sa partie de prédilection, le domaine où il excelle est plus le pessimisme noir que l’optimisme béat…c’était pas un rigolo, Buzzati, ses réflexions sur la fuite du temps, la mort…mais je l’aime bien quand même!

Posté en tant qu’invité par Claude M.:

Salut, François.
Je ne m’étonnais pas tant de l’abondance des textes, bien connue, que de la propension de certains éditeurs (faut vendre du papier…) de truffer les rééditions de fragments empruntés au volume précédent, et la proportion peut aller jusqu’au tiers de « redites » ! Peut-être une question d’ ayants-droits posthumes qui font leur cuisine…Contrairement à d’autres auteurs comme Primo Levi pour qui son éditeur (Einaudi) ne fait pas de macédoines.
Quant à la remarque de je ne sais plus qui sur les variations dans la vigueur du texte, il se pourrait que la traduction en soit responsable.

Posté en tant qu’invité par Bertrand:

J’ai lu « Le Montagne di Vetro » en Italien (que j’ai trouvé extraordinaire…mais j’ai du mal à être objectif avec Buzzati qui est l’un de mes auteurs phares), je l’ai du coup offert à mes parents en Français…et en parcourant le texte j’ai effectivement été très déçu de la traduction, plate et bien trop près de l’original. Certains passages de Buzzati justifieraient à eux seuls d’apprendre l’Italien…enfin c’est un avis personnel !

Dans un style un peu différent, ses articles (réunis dans un livre non traduit à ma connaissance) sur les étapes des Dolomites du Giro 1949 (la lutte à mort entre le vieux Bartali sur le déclin et la jeunesse insolente de Fausto Coppi) sont aussi assez bouleversants.

Posté en tant qu’invité par Claude M.:

<" j’ai effectivement été très déçu de la traduction"> …CQFD, hélas ! et le type qui disait traduction=trahison a malheureusement souvent raison. Kafka a été traduit par Vialatte (tout comme Nietzsche), Poe par Baudelaire, les cas sont rares tout de même.
Ma dato che hai la fortuna di leggerlo in italiano, niente male…Buona lettura…:wink:

Posté en tant qu’invité par luc:

beotien sans nul doute, je persiste et signe : ce texte m’emmerde. Il ne correspond absolument pas à mes propres images de couloir, et m’envoie je ne sais pourquoi, (salut sigmund ?) des reminiscences de tristes montagnes jaunatres par mauvais temps. beurk.
Tant pis si je compare san A et hugo, dans ce cas, je prefere san A, sa vision de la montagne me parait + saine.

Posté en tant qu’invité par Claude M.:

Luc, tu n’as pas lu ce qui s’est écrit depuis 8h16 sur le sujet… ?

Posté en tant qu’invité par Gegout:

Bravo pour ce texte, j’ai éprouvé maintes fois ce sentiment en remontant ou descendant à skis certains couloirs ,et j’ai retrouvé cette magie dans le couloir que je nomme « couloir caché » .
Ce couloir entre Pacally et Tardevant est la discrétion même, pas arrogant ni fier pour 2 sous. Ce couloir se dessine tel le sillon du…S C Mastoidien…! affublé d’un crochet virgule qui le dissimule.
Ces zones érogènes méritent mieux que nos caresses…
…quelles soient extremités de spatules ou autres…